Les mots qui blessent, les mots qui tuent

Vous plaignant d’avoir reçu des insultes de la part de quelqu’un, on vous répond que : «le mot chien ne mord pas». Il est vrai que lorsqu’on a une très bonne confiance en soi et que l’attaque vient d’une personne à laquelle on accorde très peu d’importance, l’insulte et l’injure peuvent ne pas vraiment porter à conséquence et même faire sourire. On se dit qu’on a encore affaire à quelqu’un qui faute d’arguments utilise l’attaque personnelle et on tourne la page. Et on peut avoir recours à ces belles phrases de la culture : «La pluie de tes insultes n’atteint pas le parapluie de mon indifférence.» ou un brin insultant à notre tour : «La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe.»

Et si le mot chien mordait

Que l’on prenne des moyens pour protéger son intégrité psychologique en se répétant que le mot chien ne mord pas n’excuse en rien la violence verbale de l’agresseur. Ce n’est pas parce que les mots n’ont pas de dents qu’ils ne peuvent pas blesser et parfois même tuer.

Les mots blessent

Les mots blessent. Ils peuvent détruire l’estime de soi d’une personne. Ils peuvent attirer le discrédit sur quelqu’un, avoir un très grave impact sur sa vie, sa santé, sa carrière, ses proches. Les mots quand ils se transforment en harcèlement peuvent rendre malade et même conduire au suicide.

Oui, les mots tuent

Et entre ceux et celles qui prononcent ces mots qui finissent par tuer et ceux et celles qui tiennent les armes qui sèment la mort, probablement qu’aucun juriste ne réussira la plupart du temps à établir de liens de causes à effet, de liens de co-responsabilité.

Comme le disait Rima Elkouri dans une chronique récente à propos de la tuerie de London en Ontario : « Car c’est d’abord avec des mots que l’on déshumanise des gens. C’est d’abord avec des mots que l’on construit des boucs émissaires, que l’on divise la société en « Eux » et « Nous ». Les mots sont les briques de l’édifice de la haine.»

Qui a fait croire au tueur de la Mosquée de Québec comme à celui de London que leurs victimes étaient des menaces qu’il leur fallait éliminer? Qui donc saupoudre les théories de l’islamisation de nos sociétés, la peur du grand remplacement ou la crainte d’un dangereux prosélytisme religieux à la vue du moindre symbole de la foi ? La désinformation, l’ignorance, le mépris, la peur et la haine sont les enfants d’une même famille. Et avant de se saisir du fusil ou du camion bélier, leurs armes premières sont les mots.

Dénoncer ces mots qui blessent et qui tuent n’a rien à voir avec la censure ou la négation de la liberté d’expression. Il s’agit d’une nécessité vitale pour une société qui se veut solidaire, pacifique, démocratique et juste.

https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2021-06-12/ca-commence-par-des-mots.php


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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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1 commentaire

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    Tous ceux et celles qui ont tâté du travail en groupe savent que ces mots-là sont l’arme privilégiée de ceux qui, n’ayant pas d’idées, s’en remettent au mépris et au dénigrement pour gagner un pouvoir souvent dérisoire.

    Merci pour cette réflexion essentielle.

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