La bulle du démon de l’argent

Les restrictions imposées sur nos libertés individuelles en raison de la pandémie ont maintenant franchi le cap d’une année.  En fait, nous venons d’entamer la deuxième année.  Depuis le début, nous nous sommes retrouvés à devoir distinguer l’essentiel du non-essentiel.  Dans nos déplacements, sortir de la maison pour se rendre au travail ou pour s’approvisionner en produits essentiels. Éviter les sorties non essentielles. Ouais, la question de l’interprétation s’est rapidement invitée dans le débat. La période du 26 décembre 2020 au 8 février 2021 est particulièrement intéressante à cet égard. Les commerces jugés non essentiels ont dû fermer. Les grandes surfaces sont demeurées ouvertes mais à condition de restreindre l’accès aux produits non essentiels. Ces restrictions ont entraîné moult discussions entre les employés et les clients. Pourquoi ne suis-je pas en mesure de remplacer la cafetière qui m’a abandonné ce matin? Vous me demandez en quoi un café est essentiel le matin? Ce genre de discussion a perduré pendant ces longues semaines. Cependant, lorsque l’on se livre au jeu des comparaisons entre l’essentiel et le non-essentiel, il semble qu’un élément très important dans nos vies fut évacué de la discussion. Une évacuation volontaire ou involontaire, allez savoir.

Dans cette chasse aux essentiels, il semble que le logement soit passé sous le radar. Nous assistons actuellement à une hausse fulgurante du prix des propriétés offertes sur le marché immobilier.  Il en va de même pour les logements offerts en location, le prix des loyers connait une hausse vertigineuse depuis quelques années dans le Grand Montréal mais également dans plusieurs autres grandes villes, incluant Québec. Plusieurs rassemblements de citoyens dont le FRAPRU (Front d’action populaire en réaménagement urbain) dénonce depuis des décennies la quasi-disparition de logements abordables. Au cours des dernières décennies, les gouvernements, tant fédéral que provincial, ont échafaudé toutes sortes de programmes d’accès à la propriété visant particulièrement les jeunes désirant accéder à l’achat d’une première maison. La nouvelle dynamique de hausse des prix vient donc mettre du plomb dans l’aile de l’accès à la propriété. Cette hausse sans précédent trouve vraisemblablement une explication dans le vieillissement de la population. En effet, plusieurs ainés songent à vendre leur propriété. L’entretien général du terrain et de la propriété font qu’ils ont tendance à opter pour la copropriété ou pour la vie en résidence avec tous les services. Toutefois, cela ne suffit pas expliquer cette hausse du prix des propriétés toutes catégories confondues.  Cela n’explique pas non plus la hausse du prix des loyers.

Mon meilleur ami avait publié un article à la fin des années 70 ou au début 80 concernant le développement de la rue Monkland dans lequel il qualifiait les spéculateurs de cancrelats qui gangrènent les restaurateurs et les gens qui tentent de mener à terme des projets sortis de leur imagination en faisant en sorte de faire augmenter artificiellement le prix des loyers. L’intervention des agences immobilières visant à augmenter à tout prix le nombre de transactions et ainsi augmenter l’assiette des commissions contribue certainement à la hausse des prix. Une relation de cause à effet. Un phénomène relativement nouveau a fait son apparition et contribue à la hausse des prix des propriétés : la surenchère. Cette nouvelle donne est de plus en plus présente lorsque l’on examine l’ensemble des transactions. Surenchère, abandon de l’inspection conditionnelle à l’achat, modification des clauses de vice caché, le marché immobilier semble maintenant obéir aux lois de la jungle des spéculateurs de tout acabit.

Le marché du logement locatif représente assez bien cette transformation. La pression sur le parc de logements locatifs pour entraîner des hausses suggestives est époustouflante et surtout exercée par des gens narcissiques et avides de profits. Ainsi, la nouvelle pratique de la réno-viction a mis à la rue un grand nombre de locataires qui, jusque-là, bénéficiaient d’un logement relativement abordable dans un quartier paisible. Le nombre de logements situés dans les anciens quartiers ouvriers et qui ont fait l’objet de réno-viction est proprement hallucinant. Les quartiers ouvriers s’embourgeoisent comme en fait foi le quartier Hochelaga-Maisonneuve que l’on appelle désormais Homa.

Un clin d’œil à Claude-Henri Grignon, il semble, pour notre plus grand malheur, que ce personnage bourru nommé Séraphin Poudrier, sans empathie et d’une cruauté sans nom, soit sorti du monde des contes et se soit reproduit à l’infini…

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
Cet article a été publié sous le thème Économie.
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