1876

C’est le gouvernement d’Alexander Mackenzie qui adopte la Loi sur les Indiens (Indian Act) en 1876.  Le gouvernement fédéral refond alors toutes les lois antérieures pour créer la Loi sur les sauvages. Cette loi vise l’assimilation des Autochtones vers le français et le catholicisme ou l’anglais et le protestantisme selon la province dans laquelle ils se trouvent. En 1883, MacDonald défendait ainsi sont projet de pensionnat à la Chambre des communes :

  Lorsque l’école se trouve sur une réserve, l’enfant vit avec ses parents, qui sont des sauvages; il est entouré de sauvages, et bien qu’il puisse apprendre à lire et à écrire, ses habitudes, son développement et sa manière de penser restent indiens. Il est, simplement, un sauvage qui sait lire et écrire. On m’a fortement recommandé, en tant que chef de ce département, de préserver le plus possible les enfants indiens de l’influence parentale, et la seule façon d’y arriver serait de les envoyer dans des écoles de formation industrielles et centralisées, dans lesquelles ils pourront acquérir les habitudes et les modes de pensées des hommes blancs.

Les dés en étaient jetés et les peuples autochtones avec dans ce qui allait devenir une entreprise génocidaire d’envergure nationale. Rappelons que de 1883 à 1996 c’est plus de 150 000 enfants qui furent séparés de leurs familles pour être envoyés dans des pensionnats érigés un peu partout à travers le pays et gérés par des communautés religieuses avec le soutien financier du gouvernement canadien.

Les restes humains découverts au début de l’été à Kamloops en C.-B. ainsi qu’à Marieval en Saskatchewan témoignent d’un passé violent qui démontre un manque total de respect pour ces enfants dont on avait la garde. Ajoutez à cela les comportements pédophiles maintes fois reprochés aux communautés religieuses et a fortiori démontrés devant plusieurs tribunaux du pays et nous voilà sur une tonne de TNT. Est-ce que les fouilles en cours et à venir vont démontrer qu’autour ou à proximité des anciens pensionnats il y a présence de charniers? Car c’est bien de cela qu’il s’agit ; un charnier étant défini comme un lieu où l’on entasse des cadavres, des ossements sans sépulture. Heureusement, certains des Pères de la Confédération nous ont laissé ces merveilleux textes où nous sommes en mesure de constater le racisme avoué, le projet génocidaire systémique. « Tuer l’indien au cœur de l’enfant. Rappelons le fait que John A MacDonald alors Premier ministre et responsable des affaires indiennes avait chargé son ami Nicholas Flood Davin de se rendre aux États-Unis pour prendre connaissance du processus d’assimilation rapide et agressive des Autochtones qui semblait obtenir beaucoup de succès. Il reviendra en présentant son Report on Industrial Schools for Indians and Half-Breeds (aussi connu sous le nom de rapport Davin ». C’était en 1879. Existe-t-il encore des gens pour nier la présence du racisme systémique au cœur de l’histoire canadienne? Sans doute, tout comme il existe des gens qui nient encore l’holocauste. Il y a encore des Autochtones vivants que l’on surnomme les survivants des pensionnats. C’est en grande partie grâce à leurs témoignages et à leurs souvenirs horribles que ces nations autochtones ont été en mesure de reconstituer l’histoire de cette tragédie humaine.

Les nazis consignaient tout par écrit, les noms de leurs victimes notamment, et ces documents furent présentés en preuve lors du procès de Nuremberg. En ce qui nous concerne, les problèmes que pourraient créer un éventuel procès sont nombreux et, de l’avis de nombreux juristes, quasi impossibles à surmonter. De prime abord, les archives que détiennent les communautés religieuses sont difficiles d’accès. Par ailleurs, la vaste majorité des gestionnaires des pensionnats, religieux pour la plupart sont décédés. Il demeure néanmoins une piste de solution pour tenter une réconciliation sérieuse et digne de ce nom avec les peuples autochtones. Abolir la Loi sur les Indiens et dialoguer avec les nations de l’avenir ou plutôt de leur avenir tel qu’il le voit, qu’il l’imagine, qu’il le souhaite : ce sera la seule solution pour être en mesure d’entreprendre un réel processus de guérison.

Il y a là de quoi réfléchir, car plus que jamais ce qui ressort encore plus fort c’est que l’homme est un loup pour l’homme…

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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