Sentiment d’horreur et d’impuissance !

Je m’étais dit que j’allais écrire un billet sur la guerre en Ukraine. Les angles d’attaque ne manquaient pas : la dictature de Poutine, la répression des manifestations pour la paix en Russie, le rôle de l’Otan, l’impérialisme américain, la propagande russe mais également celle des pays occidentaux, le déséquilibre entre l’attention portée à ce conflit et les autres à travers la planète, la crainte d’une troisième guerre mondiale et le retour de la menace nucléaire, … Des heures et des heures de réflexion.

Mais au fil de mes lectures, j’ai été saisi d’un profond sentiment d’horreur et d’impuissance face au drame humain qui se déroule sous nos yeux. Ce n’est malheureusement pas nouveau : des milliers de morts et de blessés, des millions de réfugiés, des bombardements aveugles et une destruction inimaginable. C’est un scénario vécu en Syrie, au Yémen, en Palestine et dans de trop nombreux endroits à travers le monde.

Devant ces horreurs, nous comprenons assez vite que ce n’est pas nous, simples citoyens ou citoyennes qui avons le gros bout du bâton. Personne ne nous a vraiment consulté avant le début de ce conflit, pas plus que les peuples ukrainien ou russe n’ont eu à donné leur avis. Et j’ai perdu le goût de discourir sur cette guerre.

Que faire alors ?

J’ai été interpellé par le message de plusieurs organisations humanitaires comme Oxfam. Développement et Paix, la Croix Rouge et j’ai décidé de faire un don que je croyais substantiel pour aider les réfugiés ukrainiens. C’était comme une manière de combattre mon sentiment d’impuissance. Mais devant le flot des réfugiés et la sauvagerie des destructions qui parfois visent même les hôpitaux, j’ai été pris d’un profond découragement en me disant que mon don n’était qu’une goutte d’eau dans un océan de besoins humanitaires.

Alors je me suis rappelé cette histoire que je contais à mes étudiants il y a plusieurs années.

«C’était après une énorme tempête, un grand-père et son petit-fils se promenaient sur le bord de la grève tôt le matin. Les vagues de la mer avait fait s’échouer sur le sable des milliers d’étoiles de mer que le soleil naissant allait bientôt faire mourir. Régulièrement le grand-père se penchait pour saisir une étoile de mer et la rejetait à la mer. Devant l’ampleur de la tâche, le petit-fils finit par lui dire : «Grand-père, les étoiles de mer échouées sont beaucoup trop nombreuses, cela ne fait aucune différence. Tu ne réussiras jamais à toutes les sauver.» Le grand-père se pencha pour ramasser une autre étoile de mer et la montra à son petit-fils en lui disant : «Pour celle-ci, cela fera toute une différence.» (Source inconnue)

Loin de moi l’idée que l’on doive se limiter à ce genre d’action individuelle. Mais j’ai la conviction que la paix commence par la reconnaissance de la dignité de chaque personne humaine. que rien ne justifie la mort violente d’aucune personne et que sa vie a un prix inestimable. Alors une vie sauvée, c’est beaucoup plus qu’une goutte dans l’océan.

Comme le souligne le Pape François dans Fratelli Tutti : « Toute guerre laisse le monde pire que dans l’état où elle l’a trouvé. La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal. »

Alors comme je l’ai dit plus haut, j’ai perdu le goût de discourir sur cette guerre, pour l’instant du moins. J’essaie de conserver intact le goût de comprendre, mais surtout de poser les gestes d’un artisan de paix. Car cette paix exige de nous non seulement un engagement de notre intelligence, mais aussi de notre empathie et de notre sens éthique.

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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2 commentaires

  1. avatar Par : Raymond Cadrin

    Oui, c’est un sentiment d’impuissance partagée. Un don peut aider…et il fait du bien à notre conscience!

  2. avatar Par : Éliane Vincent

    Un sage homme de ma famille, chaque fois que je lui disais avoir des scrupules à écrire, parce qu’au fond, tout a déjà été dit, me répondait toujours : « Tout a déjà été dit, mais pas par toi. »

    Je pense à lui ce matin, en arrivant au bout de votre texte. Il aurait été dommage que vous n’écriviez pas sur la guerre, parce que vos mots à vous ont éclairé ce qui a déjà été dit d’une lumière nouvelle : la vôtre.

    La petite étoile de mer que je suis vous en remercie.

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