Rivière-du-Loup : bâtir d’abord, consulter ensuite

Lettre aux Louperivois.e.s absents à la séance du conseil du 22 août

Note de la blogueuse : Après avoir lu le billet de Raymond Cadrin publié le 25 septembre, voilà que je reçois un mot de Jean-François Vallée, professeur de cégep, documentariste et citoyen engagé depuis de nombreuses années, qui souhaite intervenir en partageant avec nous une lettre publiée dans Info Dimanche il y a deux semaines, où il traite lui aussi du thème de l’écoute municipale. Jean-François a suivi le projet Medway avec beaucoup d’attention, et sa vision de l’avenir et du bien commun lui donne des arguments dignes d’intérêt.
Merci à Raymond Cadrin d’avoir généreusement partagé son temps de diffusion pour faire une place à Jean-François.

La séance du conseil du 22 août s’est avérée une fois de plus riche en exemples de l’attitude pro-promoteurs de nos élus. Dès le début, sans préavis, on nous a annoncé l’ajout d’un point absent de l’ordre du jour : il fallait laisser la parole au représentant du groupe Medway, Robert Cooke. Le conseil l’avait appelé en renfort pour livrer les résultats de l’étude de l’entreprise sur l’impact visuel de son propre projet d’immeuble de neuf étages au cœur du centre-ville. Dès lors, comment rêver à des projections et constats objectifs ? C’est donc sans surprise qu’armé de ses lunettes roses, M. Cooke a décrété : « Les gens ne verront presque rien, bien sûr ! » Cette prétention de Medway reposait sur la modélisation d’une dizaine de points de vue à 360˚ autour du site. Selon ce pronostic, les passants n’apercevraient ce mastodonte que de rares angles, un édifice dépassant pourtant la tour principale du Centre hospitalier régional du Grand Portage !

Or, ce qui obstruait la vue de cet édifice démesuré de la plupart des points de vue était… les feuilles des arbres ! Cette simulation n’est donc valide qu’au plus cinq mois par année… Pour Medway, l’automne et l’hiver n’existent pas. Qui plus est, quand on se déplace au centre-ville, c’est en voiture, à vélo ou à pied. On n’est jamais immobile ! Medway a délibérément omis de considérer des citoyens en déplacement. Et curieusement, la nouvelle maison des aînés, déjà énorme et visible de partout avec ses « petits » trois étages, était elle aussi absente de la modélisation présentée.

Une firme indépendante aurait procédé avec plus de sérieux.

« Fraseriser » Rivière-du-Loup grâce aux PPCMOI

Il y a pire : Medway n’est que la pointe de l’iceberg. Décision après décision, projet après projet, le conseil entérine une réédition du modèle de développement qui a trop souvent prévalu à Rivière-du-Loup, soit tout simplement vendre les vues sur le fleuve et sur la rivière au plus offrant. C’est le cas tout le long de la rue Fraser et du boulevard Cartier, où le marcheur ne jouit que de rarissimes points de vue sur le fleuve ou la rivière du Loup… à moins de se payer une chambre d’hôtel ! Modèle aussi du côté nord du boulevard de l’Hôtel-de-Ville, à la hauteur du parc du Campus et de la Cité. Les rues Émilie-Gamelin, des Seigneurs et du Rocher ont toutes décapé et nivelé les caps rocheux surplombant le fleuve pour accueillir des tours à condos.

C’est ce que j’appelle être « Fraserisé ».

Leprojet Medway s’inscrit dans cette tendance. Mais il y avait plusieurs hics : de nombreux aspects comme sa taille et son emplacement contreviennent à de nombreux règlements de la ville… Peu importe, le conseil a sorti de son chapeau un passe-droit pratique, le Projet particulier d’urbanisme, ou PPU, de manière à placer l’ensemble du projet de « pôle de santé » à l’abri de toute contestation, notamment en bloquant la possibilité de tenir un référendum sur la question.

Dans les autre secteurs de la ville soumis à un développement aussi rapide que sans précédent, un autre acronyme permet de déverrouiller les cadenas : le PPCMOI, soit un Projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble…. Il s’agit d’une mesure censément d’exception qui permet, d’un côté, d’ouvrir la porte à des référendums citoyens mais, quand personne ne lève la main pour s’y opposer, de mettre l’ensemble du processus à l’abri des règlements d’urbanisme qui devraient s’y appliquer. C’est le cas par exemple des quatre immeubles prévus entre le 198 et le 202 de la rue Beaubien, qui cadrent peu dans le secteur. Sans référendum gagnant, les résidents n’auront qu’à avaler la pilule, ou à vendre leur maison au plus vite.

Le maire a confirmé que d’autres projets semblables surplombant le fleuve et visibles de partout pousseront sur la rue Beaubien. Même si le promoteur du projet le Panorama, au 124-126 rue Beaubien, a vendu ses terrains, le Projet particulier d’urbanisme a permis en 2020 d’autoriser ce projet même s’il dérogeait à pas moins de 10 règlements de la ville. Nommons les pires : les règlements relatifs au zonage, au nombre maximum de logements et de bâtiments et à leur hauteur, sans oublier la largeur de la zone tampon entre de l’habitation de faible et de forte densité. Le nouvel acheteur aura beau jeu de faire ce qu’il veut.

Triste : à grands coups de PPU et de PPCMOI, les décisions passées et présentes du conseil font en sorte que les jeunes générations ne jouiront jamais d’aussi beaux points de vue sur le fleuve et la rivière et de l’accès aux boisés de la même qualité que leurs aînés. C’est la vérité : les jeunes Louperivois.es grandiront dans une ville à la fois plus étouffante et moins belle que celle qu’ont connue leurs prédécesseurs.

Loin de tenter de freiner cette tendance, les membres actuels du conseil l’accélèrent avec un enthousiasme sans cesse renouvelé.

Chose certaine, à Rivière-du-Loup, les PPU et les PPCMOI ont un avenir radieux devant eux.

Jean-François Vallée
citoyen engagé

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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