Devenir conducteur en 2022

Photo : Jerry Kavan sur Unsplash (ɔ)

Par économie et simplicité, par idéologie aussi, je m’étais jusqu’ici passé de posséder une voiture. Il faut dire que j’ai grandi en ville, où c’est facile de s’adonner aux transports actifs que sont la marche, le vélo et le bus. Je remercie évidemment mes parents pour les petits lifts, et les courageuses personnes qui prennent encore des gens sur le pouce pour les plus grands lifts.

Sauf que voilà, plus récemment j’ai regretté cette fameuse fois où mes parents m’ont proposé de payer mes cours de conduite à 16 ans, il y a belle lurette : j’avais prévu compléter mes cours de conduite pile au moment où tout s’éteignait en 2020, juste avant mon arrivée dans le Bas-Saint-Laurent… mauvais timing, comme on dit! On ne vit pas dans un village comme on vit en ville, il était temps que j’embraye sur devenir conducteur et, ma foi, ce fut une sacrée expérience de consommation!

Cours de conduite

Connaissez-vous une bannière d’écoles de conduite qui s’annonce comme présente partout au Québec, aux quatre coins de la province? (Oui oui, celle-là!) Ayant commencé mes cours dans une autre région, j’avais choisi cette compagnie en prévision de mon déménagement, sans vérifier leur prétention – j’ai déchanté en cinquième vitesse en constatant avoir été victime de marketing, leur école la plus au nord étant à Québec, la plus à l’est à Lévis… Je vous épargne le récit de mes tentatives de remboursement des crédits non utilisés, mais je ne vous cache pas mon ressentiment! J’ai appris de cette erreur.

Dans mon nouveau coin, bien que le marché des écoles de conduite soit petit, j’ai tout de même comparé les compétiteurs en cherchant le meilleur prix et les meilleures disponibilités. À mon dernier cours de conduite, en février, j’ai eu la surprise de me faire exiger par l’école le paiement d’un extra, une surprime pour compenser le prix du carburant, un ajustement du prix déjà payé. Une bonne cagnotte, si on multiplie le montant par le nombre d’élèves inscrit·e·s!

Or, puisque le contrat signé ne mentionnait rien sur un possible ajustement du prix, j’étais en droit de refuser : la Loi sur la protection du consommateur nous dit bien qu’un frais doit être prévu et détaillé dans le contrat pour pouvoir être réclamé (article 12), et qu’un commerçant n’a pas le droit d’exiger un prix plus grand que ce qui a été annoncé (article 224c). Et l’école n’aurait pas pu se donner le droit de modifier unilatéralement le contrat, sauf à des conditions expressément détaillées, avec un préavis écrit et la possibilité pour l’élève de contester la modification (article 11.2). Plusieurs semaines plus tard, je me demande combien d’élèves-client·e·s ont accepté de payer ces frais sans connaitre leurs droits…

Je fais un grand bond pour sauter l’épisode de l’examen de conduite –essentiellement composé de mains moites et de l’angoisse de manœuvrer dans le rond-point– qui s’est heureusement conclu avec un permis en poche!

Recherche d’une voiture

Pas facile, le marché automobile en temps de pandémie! Il y a eu pénurie de voitures neuves, donc une plus forte demande vers l’usagé, dont le bassin de voitures n’a pas été renouvelé puisque depuis deux ans plusieurs personnes préfèrent garder leur voiture plutôt que de risquer le marché en pleine pénurie… et le serpent se mord la queue. Les prix ont gonflé de manière générale, c’est l’impitoyable loi de l’offre et de la demande, avec son petit frère l’appât du gain! Quiconque espère mettre la main sur l’une des rares voitures annoncées à un prix décent doit veiller au grain et mettre les turbos pour contacter la personne qui vend, puisque dès son apparition l’annonce risque de disparaitre d’une heure à l’autre.

Avant d’acheter

Après plusieurs semaines de recherche à me demander si je ne devrais pas dépasser mon budget, j’ai trouvé la voiture convoitée, disponible et à un prix honnête. Étant parfaitement nouveau dans le domaine, je trouvais important de faire les choses dans les règles de l’art, sans me presser et risquer d’acheter un citron.

Les services-conseils automobiles de CAA-Québec (il faut appeler avec une personne membre) m’ont été utiles pour avoir un avis sur le prix et connaitre les particularités et petits défauts du modèle, la disponibilité des pièces et le coût d’éventuelles réparations, etc. En parallèle, j’ai demandé à mon père de faire les mêmes vérifications auprès de son garagiste.

En étant renseigné sur la voiture et conforté dans mon intérêt, j’ai pu planifier une visite, faire une première inspection visuelle et essayer la voiture, puis le vendeur et moi avons signé un contrat de vente basé sur le modèle de Protégez-vous!, avec une annexe maison pour clarifier le dépôt. Contre un petit acompte la voiture m’a été réservée une semaine, le temps de procéder à une inspection mécanique professionnelle (essentielle!) et à des vérifications sur le passé du véhicule : le CPIC pour m’assurer qu’il n’est pas volé, le BAC pour m’assurer qu’il n’a jamais été déclaré accidenté ou sinistré, le RDPRM pour m’assurer que le vendeur en est entièrement propriétaire, le site du fabricant pour connaitre les rappels de sécurité passés, et éventuellement le service commercial Carfax pour un rapport détaillé recoupant ces informations et même plus (en sachant toutefois que Carfax a ses lacunes). Si les résultats des vérifications avaient comporté de mauvaises surprises, le dépôt m’aurait été remboursé et le contrat se serait auto-annulé.

Cette semaine de mise de côté m’aura aussi été nécessaire pour magasiner des assurances et programmer leur activation le jour de ma prise de possession. Pour faire baisser le coût de la prime je ne manquerai pas d’informer mon assureur des changements à mon statut ces prochaines années… et surtout je n’aurai pas peur de renégocier ou de magasiner annuellement, une manière parmi d’autres de faire de réelles économies dans le budget auto.

Chemins d’avenir

Me voilà devenu un automobiliste! Je ne sais pas ce que j’en pense : j’ai l’impression d’avoir choisi la facilité, mais une facilité qui nous enchaine. Je ne me sens pas automobiliste, et je reste songeur. Notre vaste territoire ne saurait justifier l’absence d’un transport collectif répondant aux besoins et aux préoccupations du plus grand nombre : la population vieillit, les inégalités se creusent, la conscience climatique grandit, les services se centralisent hors des villages, les carburants coûtent cher, les modes de vie changent, etc. Le tout à l’auto, même dans les contrées où elle parait essentielle, est une vieille idée. Au fond de moi, j’espère qu’un jour je pourrai faire le choix d’abandonner mon permis et ma voiture sans pour autant abandonner la région ou mon autonomie. J’espère qu’un jour l’offre aura évolué, insufflée d’une volonté politique, d’un financement adéquat et d’une vision commune qui sauront dynamiser et enrichir nos réalités rurales.

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À propos de l'auteur : Félix Gingras Genest

Intervenant en défense des droits à l'ACEF du Grand-Portage
Cet article a été publié sous le thème Économie.
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