Le jeu de l’autruche

L’Europe connait présentement une des pires vagues de chaleur de son histoire. Dans plusieurs capitales européennes, la température atteint et même dépasse les 40 degrés centigrade. Il y a quelques semaines, je croisais à Québec un résident de l’Inde venu visiter son fils au Québec. Il venait de quitter New Delhi où la température avoisinait les 50 degrés. Cette canicule s’accompagne de nombreux morts, et cela même dans les rangs des pompiers chargés de combattre les incendies de forêt.

Le Québec est pour l’instant relativement épargné par cette vague de chaleur. Dans la région du Kamouraska, nous sommes enfin sortis d’une série d’étés très secs avec une pluviométrie très faible. Nos sommes passés à l’autre extrême. La pluie est tombée en abondance et peut-être même en trop grande quantité retardant les semis à plusieurs endroits. La terre était tellement gorgée d’eau que les agriculteurs ne pouvaient y circuler avec leur machinerie.

Le constat est partout le même sur la planète : le réchauffement climatique amène des problèmes importants. Des événements climatiques extrêmes qui ne se produisaient qu’à l’occasion deviennent de plus en plus fréquents à cause des changements climatiques. Rien ne sert de se mettre la tête dans le sable comme l’autruche.

Le négationnisme

Parmi les climatosceptiques, il est de plus en plus difficile de nier ce réchauffement climatique. Certes, il y a encore des purs et durs qui refusent de voir la réalité. Après tout, il y a bien des personnes qui croient que la terre est plate.

Il y a encore des personnes qui, sans nier les changements climatiques, les considèrent comme normaux et sans lien avec l’activité humaine. Donc qui justifient ainsi l’inaction et le laisser-faire.

Mais le consensus scientifique est là. Il y a un réel réchauffement de la planète et cela est causé en majeure partie par les activités humaines qui émettent des gaz à effet de serre.

Et l’auto électrique…

La solution passe par un changement majeur d’orientation, une conversion écologique radicale et la voiture électrique n’est pas la solution miracle que certains essaient de nous vendre. D’une part, sa production n’est pas sans impact sur l’environnement et d’autre part, dans la plupart des pays du monde, l’électricité est produite en grande partie en brûlant des carburants fossiles. Mais là n’est pas le plus grand inconvénient du maintien d’un parc automobile. L’auto, qu’elle soit électrique ou à essence, occupe de l’espace, modifie le paysage urbain, facilite l’étalement urbain et ne règle pas le problème de la congestion routière.

À la suite d’Ivan Illich dans Énergie et équité, André Gorz avait compris qu’il ne faut «jamais poser le problème du transport isolément, toujours le lier au problème de la ville, de la division sociale du travail et de la compartimentation que celle-ci a introduite entre les diverses dimensions de l’existence » (1). Tant Illich que Gorz avaient fait ce constat un peu paradoxal : si aucune société ne se déplaçait aussi vite dans l’histoire de l’humanité que la nôtre, aucune société ne passait autant de temps à se déplacer. L’automobile a modifié le paysage urbain en augmentant les distances à parcourir, créant des embouteillages par endroits que la vitesse ne parvient pas à compenser. Et cela, c’est sans compter le temps passer à travailler pour payer l’achat, l’entretien et l’essence de la voiture ainsi que le temps passé au garage pour la faire réparer. Et n’oublions pas le temps et les vies perdues lors d’accidents. Bref, nous payons près cher cette illusion de liberté que nous procure l’automobile en milieu urbain. Mais il ne faut pas espérer de changements des usagers tant qu’on ne leur offrira pas une véritable alternative.

La solution passe, entre autres, par un transport collectif efficace et convivial. En milieu urbain, avec une réelle volonté politique, son implantation ne représenterait pas de défi insurmontable. En milieu rural, il nous faudra faire preuve d’une plus grande imagination et accepter que, dans bien des cas, l’automobile demeure encore un moyen incontournable de se déplacer. Ce qui ne veut pas dire de baisser les bras et de ne pas chercher des solutions pour diminuer son utilisation. Depuis des années, nous voyons l’offre de transport interurbain dans nos régions se rétrécir comme peau de chagrin. Nous sommes entrés dans un cercle vicieux où moins d’offre de services induit une diminution de la demande et cette diminution de la demande justifie de nouvelles coupes dans les services.

La solution sera collective et politique

Certes, chaque petit geste compte. Mais la solution sera collective et politique. Si les gens ne sont pas prêts à abandonner leur automobile même en ville, c’est notamment parce que nous ne leur offrons pas d’alternatives. Et ces solutions de rechange ne se feront pas sans une réelle volonté politique. Ce qui se passe dans la ville de Québec est une belle illustration du défi qui nous attend. D’une part, des citoyens essaient d’empêcher la réalisation du tramway et d’autre part d’autres citoyens, souvent les mêmes, appuient la construction d’un troisième lien entre Québec et Lévis.

Il ne faut pas sous estimer la force de ce qu’André Gorz appelait «l’idéologie de la bagnole». Les banlieusards imaginent mal leur vie sans automobile. Et il faut bien admettre que vu l’état du transport en commun, l’étalement urbain et la configuration de la ville, notamment des services de proximité, l’automobile leur apparaît comme un incontournable. Nous sommes loin du quartier urbain d’il y a plusieurs décennies où une personne pouvait faire la majorité de ses déplacements à pied.

Don’t Look Up

On se croirait parfois dans ce film récent où une comète s’apprête à percuter la terre en y éliminant toute vie. Après avoir finalement réussi à convaincre les dirigeants de la réalité de la menace, les deux héros doivent affronter des personnes encore plus dangereuses que ceux et celles qui niaient le danger : ceux et celles qui ayant découvert que la comète contenait des métaux précieux vont préférer mettre en péril l’avenir de la planète dans l’espoir de s’enrichir encore plus.

Car il ne faut pas se le cacher, il y a des personnes qui prônent le discours qu’il nous faudra apprendre à vivre avec les changements climatiques et qui espèrent continuer à s’enrichir. À n’en pas douter, ce seront les plus pauvres de la planète qui seront les premières et les plus grandes victimes du réchauffement de la planète.

Comme le dit le Pape François dans Laudato Sì : « (…) l’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes qui le provoquent ou l’accentuent » # 23

Et si l’on en croit les sondages, les Québécois et les Québécoises s’apprêtent à voter en grand nombre pour un gouvernement qui est loin de faire de l’environnement une véritable priorité et qui prône même la construction d’un troisième lien décrié par les organisations environnementales.

Misère…

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
Cet article a été publié sous le thème Environnement, Politique.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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