La démocratie:péril en le demeure?

D’entrée de jeu, il nous faut avouer ce que nous savons tous : depuis deux ans, il n’y en a pas eu de facile. De prime abord, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) ont émis et émettent encore des prédictions et des mises en garde qui sont de nature à inspirer les pires craintes même chez les plus récalcitrants. Lorsque l’eau ou le feu vous menacent dans votre cour arrière, il devient difficile d’ignorer les faits. Vous pouvez toujours vous enfouir la tête profondément dans le sol pour ne pas voir, mais quand votre popotin s’enflammera, vous ne pourrez plus nier l’indéniable. La planète est malade.

« La pandémie nous rappelle des choses élémentaires : la vie, la mort. Qui vit, qui meurt. Et nous l’avons en pleine face » (Serge Bouchard, 27 décembre 2020).

Aujourd’hui, 5,96 millions de décès dans le monde, 36 845 au Canada dont 14 040 au Québec et ce n’est pas fini. Quoique, considérant la tendance à la baisse, légère mais constante du nombre d’hospitalisons et de patients aux soins intensifs, il est permis d’envisager que le pire est peut-être derrière nous. Néanmoins, les mesures sanitaires auront contribué à exercer des pressions sur nos institutions démocratiques. Des pressions dont l’ampleur et la nature nous étaient jusque-là inconnues. Nous avons tous été marqués par l’invasion du Capitole par des milliers de manifestants radicaux le 6 janvier 2021. Au fond de nous, se cachait l’idée que ce genre de comportements extrémistes sur fond de haine tous azimuts ne pourraient avoir cours au sein de notre démocratie. Un peu à l’image de nos origines britanniques et françaises, il nous arrive parfois de boire notre bière chaude, mais nous n’assassinons pas nos dirigeants. La solidité de nos institutions démocratiques représentait une forme de rempart contre ce genre de débordement. C’est ce que nous croyions jusqu’aux événements du siège d’Ottawa, du blocage du pont Ambassador reliant les villes de Détroit et de Windsor et du blocage d’un point de passage à la frontière entre l’Alberta et le Minnesota. Des escarmouches provoquées par des citoyens considérant les mesures sanitaires comme des limites injustifiables à leur libre-arbitre nous ont été rapportées dans les médias ça et là mais outre leur côté disgracieux et dénué de toute forme de sens commun, la paix sociale n’était pas véritablement en péril. Cependant, le siège de la ville d’Ottawa s’est rapidement transformé en une sérieuse menace à la démocratie canadienne. Nous savons maintenant que ces activités étaient en grande partie financées par l’extrême droite américaine, mais aussi canadienne. L’objectif avoué par certains organisateurs n’était rien de moins que le renversement du gouvernement Trudeau, un gouvernement démocratiquement élu. Une série d’activités subversives dans le but de déstabiliser le gouvernement fédéral avait pour but de paralyser son économie et sa principale institution démocratique. Nous n’avons pas l’habitude de ce genre d’événements au pays. Notre héritage génétique en matière de démocratie est loin, il nous semble, de ces irruptions barbares.

Quoiqu’il en soit, nous assistons depuis plusieurs années à la montée du populisme, généralement associé aux idées d’extrême droite. Le trumpisme aura coûté cher aux Américains et le pire c’est qu’il y en a bien encore un sur deux qui croit que le retour de Donald serait une bonne chose pour la destinée du pays. Dans la majorité des démocraties occidentales, le populisme est présent de manière suffisamment préoccupante. L’impopularité des mesures sanitaires a servi de carburant à ces groupes. La popularité soudaine du Parti conservateur du Québec en est une démonstration éloquente.

Comme nous le mentionnions précédemment, les deux dernières années furent difficiles. La pandémie a entraîné de nombreux bouleversements, notamment ceux des chaînes d’approvisionnement qui ont mené à des pénuries qui ont contribué à paralyser plusieurs secteurs de l’économie. Les changements climatiques nous indiquent clairement un point de non-retour, mais on ne cesse de reporter leur échéance pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C. Nous y sommes déjà selon plusieurs experts. Alors, alea jacta est! Ouvrons-nous la porte à l’advienne que pourra et au chacun pour soi? Avouons que cela comporte son lot d’incertitudes terrifiantes. Nous savons que nous nous dirigeons vers un lieu où nous ne devons pas aller mais nous y allons tranquillement et résolument.

Les plus optimistes parmi nous dirons qu’avec toutes ces embûches qui nous sont tombées dessus, nous ne pouvons qu’espérer des jours meilleurs.

Il y a neuf jours, le 24 février 2022, la puissante armée russe envahissait l’Ukraine. Depuis, des affrontements sanglants y font rage. Les populations civiles sont bombardées, des équipements publics (centrale nucléaire, usine d’eau potable, réseaux routier, aéroports) détruits partiellement, près d’un million de réfugiés. Le président Putin prétend vouloir dénazifier et démilitariser l’Ukraine. Rappelons-nous ce film de Ernst Lubitsch to be or not to be avec Ann Bancroft et Mel Brooks où celui-ci incarne le personnage d’Hitler en chantant « all we Want is peace, peace, a little piece of Polka, a little piece of France, a little piece of Britain… »

Trêve de plaisanterie, le vieux démon de la guerre en Europe est ressorti des ténèbres. Le président russe a menacé tous les pays qui seraient tentés d’intervenir « des pires conséquences jamais connues dans l’histoire jusqu’ici » entendre le recours à l’arme nucléaire et visant les pays membres de l’OTAN. Les bombes larguées sur les villes d’Hiroshima et Nagasaki les 6 août et 9 août 1945 étaient d’une puissance respective de 15 et de 22 kt (kilotonne de TNT). En comparaison, la Russie dispose d’ICBM (missile balistique intercontinental) de 800 kt. Les estimations restent difficiles, mais entre 100 000 et 250 000 personnes auraient péri dans l’explosion des deux bombes sans considérer les décès ultérieurs en raison des effets des radiations. Imaginez ce que serait le bilan à la suite de l’explosion d’une bombe de 800 kt.

Les deux dernières années ont été consacrées à lutter contre la pandémie. Nous avons réussi à créer des vaccins et des médicaments contre la COVID-19 dans des temps records. Nous craignons devoir consacrer les prochaines années à combattre les dictatures au profit des démocraties. Vivre en jouissant de certaines libertés ou vivre sans liberté du tout voilà l’enjeu qui nous attend.

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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