Combien vaut mon vote ?

Il semble qu’en cette période d’élection, plusieurs partis politiques tentent de nous charmer en nous promettant des baisses d’impôt. Ces baisses peuvent apparaître particulièrement alléchante en ces temps d’inflation galopante. Surtout qu’on s’acharne du côté de la droite à diaboliser l’impôt en répétant jour après jour que nous sommes trop imposés. Pourtant, rien ne me semble plus faux et dangereux.

Vive l’impôt

Je sais. Ces quelques mots risquent de me faire passer pour un hurluberlu. C’était le titre d’un article que j’avais écrit dans le journal communautaire de ma communauté il y a un peu plus de vingt ans. Et j’avais eu l’audace, pour ne pas dire l’inconscience de l’écrire en plein mois d’avril, pile sur la période où les contribuables se dépatouillent avec l’élaboration de deux rapports d’impôt.

Or je persiste et signe : vive l’impôt. Pour deux raisons assez simples. La première est que les revenus tirés de l’impôt permettent à nos gouvernements de nous offrir des services publics. Pensons simplement à l’accessibilité à des soins de santé et à des services d’éducation et cela peu importe nos revenus. Il n’y a pas si longtemps, une famille pouvait se ruiner afin de couvrir les frais médicaux et hospitalier d’un de ses membres. Et que dire de l’éducation alors que la très grande majorité des élèves terminaient tout juste leur primaire et que les études supérieures étaient réservées à l’élite.

La seconde est le fait qu’un régime d’impôt progressif est un des meilleurs moyens pour réduire un peu les écarts de revenus entre les personnes. Or depuis des décennies l’écart de revenu entre les personnes les plus pauvres et les personnes les plus riches ne cesse de croître.

Les baisses d’impôt sont un faux remède à l’inflation

Tout d’abord faisons le constat que l’inflation ne touche pas tout le monde de la même façon. Le professionnel qui touche un salaire de 150 000 $ ne vit pas les mêmes problèmes qu’un salarié qui peine à toucher ses 30 000 $ par année. Il y a un certain nombre de personnes pour qui l’inflation peut être relativement bien absorbée dans leur budget sans qu’ils doivent se priver de biens essentiels ou très important.

Or les baisse d’impôt ont justement l’effet pervers de remettre plus d’argent dans les poches des plus haut salariés et de ne laisser que des miettes au bas salariés. Pire encore, environ 35% des Québécoises et Québécois ne paient pas d’impôt. Donc ces baisses d’impôt n’auront aucun effet pour les aider à faire face à l’inflation. Bref, les baisses d’impôt ne profitent réellement qu’à une petite minorité qui pourrait fort bien se passer de cette aide pour combattre l’inflation.

Alors pourquoi promettre de telles baisses d’impôt ? Parce que par le passé, cela a été payant d’un point de vue électoral. C’est une manière d’acheter le vote des contribuables en leur faisant croire que leur sort sera pour autant améliorer.

Et pour permettre cette réduction d’impôt sans augmenter le poids de la dette, certains vont proposer de réduire la taille de l’état, de lui faire subir une cure minceur. Ce qui est une manière détournée de dire que certains services ne seront plus accessibles et que les citoyennes et les citoyens devront soi s’en priver, soit avoir recours au privé et débourser de leur poche pour ces mêmes services.

Donc combien vaut mon vote ? Combien vaut le vôtre ? Ma réponse est toute trouvée : mon vote n’est pas à vendre. Je me méfie des politiciens qui tentent de me charmer par des baisses d’impôt ou des promesses d’argent. Et vous ?

Une baisse d’impôts serait-elle vraiment utile actuellement, La Presse, https://www.lapresse.ca/actualites/2022-09-02/vu-lu-et-verifie/une-baisse-d-impot-serait-elle-vraiment-utile-actuellement.php

S’acheter du vote, Journal de Montréal,https://www.journaldemontreal.com/2022/08/30/sacheter-du-vote

avatar

À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
Mot-clés : , , .
Ajouter le Permalien à mes signets.
avatar

L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

Autres articles par le(la) même auteur(e)

2 commentaires

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    Mon vote non plus n’est pas à vendre, et je me sens méprisée par les politiciens qui pensent m’acheter avec ce genre de bonbons électoraux.

    Il y a longtemps que je le dis : les impôts, ce n’est pas le gouvernement qui vient voler de l’argent dans nos poches. L’impôt, c’est décider de se mettre en gang pour payer ce qui est trop cher pour être payé par les individus. Évidemment, c’est géré par des humains, et donc éminemment perfectible!

    À quand des candidats qui nous expliqueront comment ils entendent corriger les erreurs du système plutôt que de le charcuter pour gagner quelques votes?

    • avatar Par : Pierre Jobin

      100% pour 100% d’accord. C’est également une façon de favoriser l’égalité des chances dans une société fortement inégalitaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.