Un livre québécois par mois 2021

Comme chaque année, je vous partage mes lectures, faites dans le cadre du défi Un livre québécois par mois. Bonne lecture !

Contemporain : Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie de Sévryna Lupien. Court roman dans lequel on suit Auguste alors qu’il s’évade de l’orphelinat Ste-Marie-des-Cieux. Il fera de charmantes rencontres qui changeront sa vie et vice-versa. C’est une lecture ensoleillée avec une de ses fins qui transforme toute l’expérience.

Romance : Fille facile de Josée De Angelis. J’avais beaucoup aimé Chimie 501 et j’ai apprécié retrouver la même école secondaire avec deux autres jeunes. Cette fois-ci, on suit Jeanne, que tout le monde juge parce qu’elle assume pleinement sa sexualité, et le tranquille Félix. Lorsque celle-ci lui propose une relation sans attache, tout ira plus loin que prévu. Josée De Angelis propose des histoires d’amour saines, mais qui nous réussissent à nous garder en haleine.

Essai : Filles corsaires de Camille Toffoli. L’autrice a retravaillé des textes publiés dans un magazine. Elle mélange habilement ses expériences personnelles et les recherches féministes. On est ici dans ce qu’on pourrait qualifier de « féministe de terrain », où on aborde des sujets moins courants comme la contribution des cowgirls, les plaisirs (et risques) du cyclotourisme au féminin ou la force tranquille des serveuses de « diner ». Une belle lecture pour s’introduire aux écrits féministes ou pour explorer certains angles morts.

Historique : Lettres biologiques — Recherches sur la sexualité humaine du Frère Marie-Victorin. J’avais lu l’an passé le recueil des lettres envoyées par Marcelle Gauvreau. Cette fois-ci, le recueil rassemble celle écrite par l’homme de science lui-même. C’est un rare regard sur la sexualité de l’époque, particulièrement celle dans les communautés religieuses. Les propos sont explicites, mais on reste dans la discussion scientifique (sauf peut-être un ou deux commentaires où l’on se demande si la question vient de l’homme ou du scientifique). Leur amour (platonique) mutuel est plus apparent dans certains passages où ils discutent de leurs travaux ou de leur relation.
Si l’idée d’un religieux qui parle franchement de sexualité et étudie des modèles vivants (prostituées de Cuba qu’il paie pour regarder et discuter) vous scandalise, ce n’est pas le bon livre pour vous. Si vous souhaitiez en apprendre plus sur le Jardin botanique ou les plantes, ce n’est pas le bon ouvrage non plus.
Rappelons aussi que ces lettres n’étaient pas destinées à être publiées alors il y a des sauts dans le temps, des changements de sujet (puisqu’ils se parlaient aussi en personne), des références qui ne sont pas expliquées, etc.
Finalement, pour tout progressiste qu’il était, Marie-Victorin reste un homme de son époque. Certaines de ses hypothèses nous semblent maintenant absurdes, il se montre parfois paternaliste ou insistant, ses théories sur l’homosexualité (masculine comme féministe) démontrent l’ignorance de l’époque et certains choix de mots pour parler de groupes ethniques seraient jugés racistes. Mais globalement, il était assez avant-gardiste. Il considérait la sexualité saine comme étant naturelle et il soutenait qu’elle devait être enseignée et valorisée.

Album jeunesse : La guerre des bébés de Carole Tremblay et Élodie Duhameau. C’est la bataille dans la ruelle. Un couple revient de l’hôpital et tous les enfants du quartier ont une hypothèse différente pour expliquer la venue de ce nouveau bébé. Un album dynamique qui donne une réponse complète à la question « d’où viennent les bébés ? »

LGBTQ : La fille d’elle-même de Gabrielle Boulianne-Tremblay. Autofiction où l’on suit une transsexuelle. La première moitié traite beaucoup du divorce de ses parents. La deuxième moitié aborde la transition d’homme à femme, mais aussi la recherche de soi dans un sens plus large. Pas un gros coup de cœur pour moi, mais c’est bien écrit.

Roman graphique : Le petit astronaute de Jean-Paul Eid. Il s’agit de la bande dessinée que tout le monde et sa mère ont lue cette année et c’est mérité. Le sujet est très touchant et les dessins sont détaillés. On suit la vie d’un enfant atteint de paralysie cérébrale au travers des yeux de sa grande sœur.

Classique : Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy. C’est mon premier Gabrielle Roy, à part pour la pièce de théâtre sur elle. On y présente le destin tragique de plusieurs membres d’une famille d’un quartier pauvre canadien-français. Je suis contente de l’avoir lue, mais sans m’être ennuyée, je n’ai pas vraiment accroché aux personnages ou à l’histoire.

Jeunesse : Rap pour violoncelle seul de Maryse Pagé. Malik est condamné à des travaux communautaires auprès d’un homme âgé qui ne veut rien savoir de lui ni de personne. Contre toute attente, l’adolescent réussira à percer son armure. Un court roman touchant qui traite de transmission intergénérationnelle.

Nouvelle : Indice des feux d’Antoine Desjardins. Toutes les nouvelles mettent en relation un événement lié aux changements climatiques actuels (ex. : les inondations en Outaouais, la mort d’une baleine ou le désir de réduire son empreinte écologique) à un événement personnel (ex. : la leucémie d’un adolescent, la naissance d’un enfant, un enfant qui multiplie les mauvais coups ou un vieil homme qui contemple sa propre mort qui approche). Les nouvelles sont un peu longues, mais il n’y a pas de longueur. Malgré le sujet, ce n’est pas moralisateur. L’auteur explore simplement le lien affectif entre nos vies et la nature. Je suis souvent déçue par les recueils de nouvelles, mais celui-ci vaut le détour, ne serait-ce que pour le premier texte.

Un vieux livre qui traine dans votre bibliothèque : Discours de réception du prix Nobel de Jean Barbe. Je m’attendais à un court essai sur l’importance de la littérature. C’est ça, mais l’exécution laisse à désirer. Le texte n’est pas fluide. Il est séparé en 3 sections qui se suivent plus ou moins (alors que c’est censé être un discours continu) et est entrecoupé d’anecdotes personnelles qui ne servent pas véritablement le propos. M. Barbe sur généralise, établit des liens de causalités sans fondement et manque de nuance tout en reprochant au monde de manquer de nuance et de culture… Le passage sur la littérature jeunesse m’a particulièrement désolée. Ce qui est particulièrement dommage, c’est que je pense que j’aurais pu être d’accord avec son propos… s’il avait pris la peine de mieux le formuler.

Au choix : L’intrusive de Claudine Dumont. Incapable de dormir, Camille se résout à demander de l’aide à un scientifique qui a créé une étrange machine qui lui permettra d’explorer ses traumas. Mais certaines choses auraient peut-être intérêt à rester cachées… Un livre au sujet difficile, mais l’autrice sait créer une atmosphère de tension sans pareille dans chacun de ses livres.

Flots de Patrick Sénécal. Le récit est raconté en alternance via le journal intime d’une petite fille troublée et le récit d’un travailleur social. J’adore le « trope » de l’enfant qui incarne le mal et Sénécal l’exécute merveilleusement bien. Évidemment, à éviter si vous n’aimez pas les scènes d’horreur graphique.

Là où je me terre de Caroline Dawnson. Autofiction par fragments où l’autrice explore son parcours d’immigrante « modèle » à femme qui embrasse sa diversité et sa complexité dans son ensemble. Le récit est parsemé d’hommages au Québec (entre autres via les titres des chapitres), mais la narratrice se permet de critiquer certains aspects plus négatifs de l’intégration (ex : la manière dont certains clients traitent sa mère femme de ménage ou les commentaires déplacés des enfants qui l’ont incité à ne plus apporter de la nourriture de la maison à l’école).

Mukbang de Fanie Demeule. Kim est prête à tout devenir une youtueuse connue. Lorsqu’elle se lance dans le Mukbang (une tendance japonaise qui consiste à se filmer en train de manger), elle entre vite en compétition avec la reine québécoise de ce phénomène. Les choses vont vite déraper. Avertissement : ce livre contient une scène-choc assez tôt dans l’histoire. Cet étrange objet interactif contient aussi de nombreux liens qui permettent d’ajouter une dimension supplémentaire à l’expérience de lecture.

La seule chose qui intéresse tout le monde de François Blais. Récit de science-fiction qui se passe au Québec dans environ 50 ans. Un expert doit évaluer si une intelligence artificielle a atteint un niveau de conscience suffisant pour être considéré comme « humaine ». L’humour et la passion pour les romans de genre de François Blais transparaissent bien ici.

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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
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