Systémique, vous avez dit ?

Avec le débat sur la reconnaissance ou non par notre premier ministre et son gouvernement de l’existence du racisme systémique, nous pouvons sérieusement nous demander si nous sommes en présence d’un simple débat sémantique ou d’un refus de reconnaître la réalité du racisme dans toute sa profondeur et dans toutes ses dimensions. Alors que les uns, en se référant notamment au rapport Viens, accepte volontiers de parler de discrimination systémique à l’égard des autochtones, les autres, comme le chef du PQ, préfèrent parler de racisme institutionnel. (Notons que Paul St-Pierre Plamondon, il y a quelques années, plaidait face à Mathieu Bock-Côté l’importance de débattre du racisme systémique (1). Il était même un des signataires avec Alexandre Cloutier et Léo Bureau-Blouin de la pétition qui exigeait une commission sur le racisme systémique.)

Discrimination systémique

Il y a pourtant assez longtemps que le Québec a une loi qui reconnaît l’aspect systémique d’une discrimination. Il s’agit de la loi sur l’équité salariale. Cette législation est née du constat que les métiers occupés par les femmes étaient traditionnellement moins bien rémunérés que ceux occupés par des hommes. Pour corriger la situation, la loi oblige les employeurs à réévaluer chacun des emplois en se servant de grilles d’évaluation dépourvues de biais sexistes. Par exemple, si vous attribuez plus de valeur à un emploi qui exige, entre autres, de la force physique qu’à un emploi qui exige de la dextérité fine ou si vous accordez plus d’importance à l’emploi qui s’occupe des biens matériels plutôt que des personnes, vous allez automatiquement, sans nécessairement que cela soit conscient et voulu, privilégier les emplois de type masculin.

Un autre exemple de discrimination systémique plus ou moins consciente. Il y a plusieurs décennies, une taille minimale était exigée pour devenir policier. Bien sûr, cette exigence pouvait discriminer les hommes de petite taille, mais elle discriminait pratiquement toutes les femmes sauf quelques rares exceptions.

On se retrouve donc face à une discrimination systémique en lien avec le sexe de la personne. Et nous constatons qu’à l’égard de l’utilisation du terme systémique, il ne semble pas y avoir d’enjeu ou d’incompréhension majeure de la part de nos politiciens. Quand nous parlons de discrimination systémique à l’égard des femmes, personne ne se lève pour dire que nous accusons tous les hommes du Québec d`’être sexistes et que la discrimination envers les femmes serait systématique.

L’importance de reconnaître la nature du problème

Bien sûr, le racisme comme le sexisme peuvent se manifester clairement dans des gestes et des comportements individuels. Mais un phénomène comme l’inégalité salariale ne résulte pas uniquement et principalement de comportements individuels. La solution, comme le spécifie la loi sur l’équité salariale, passe par la reconnaissance de l’aspect systémique du problème. Il en va de même pour le profilage racial ou pour le racisme systémique quelque soit le nom que l’on donne à cette réalité vécue par les personnes racisées.

Comme le soulignait la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), le profilage racial et la discrimination systémique des jeunes racisés exigent des solutions systémiques (2).

L’entêtement politique sur cette question ne pourra pas durer éternellement. De plus en plus d’organisations reconnaissent en leur rang la présence du racisme systémique. Il y aura fort probablement du détricotage à faire afin de rétablir la vérité du concept qui a été fort malmené à des fins de politiques partisanes. Peut-être devra-t-on commencer par se réapproprier le concept de discrimination systémique à l’égard des personnes racisées ou des autochtones avant que ne soit acceptée l’expression racisme systémique.

Mais comme le souligne L’IRIS dans un billet (3) : « Le racisme systémique, parce qu’il est plus insidieux, peut être plus difficile à percevoir. La Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) le définit « comme la somme d’effets d’exclusion disproportionnés qui résultent de l’effet conjugué d’attitudes empreintes de préjugés et de stéréotypes, souvent inconscients, et de politiques et pratiques généralement adoptées sans tenir compte des caractéristiques des membres de groupes visés par l’interdiction de la discrimination. »

Mais au-delà de toute la question sémantique, c’est la réalité entière du problème qu’il faut reconnaître.

(1) https://majeur.info/2020/11/24/paul-st-pierre-plamondon-a-retourne-sa-veste-sur-le-racisme-systemique/

(2) https://www.cdpdj.qc.ca/fr/actualites/bilan-recommandations-profilage-racial

(3) https://iris-recherche.qc.ca/blogue/inegalites/qu-est-ce-que-le-racisme-systemique/

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
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