Pas facile de se dire catholique

En suivant l’actualité de ces derniers jours, pour ne pas dire de ces dernières années, je réalise qu’il n’est pas nécessairement facile de s’identifier comme catholique. Bien sûr, toute proportion gardée, il faut bien admettre qu’il est encore beaucoup plus périlleux de s’identifier comme musulman.e avec cette crainte d’être agressé.e physiquement ou verbalement dans la rue ou simplement en train de prier dans une mosquée. Mais tel n’est pas mon sujet aujourd’hui.

Les nombreux scandales qui secoue l’Église catholique de la pédophilie en passant par le rôle peu glorieux joué par certaines communautés religieuses dans les pensionnats autochtones n’ont rien pour nous rendre fiers à priori d’appartenir à cette église. Pour oser s’afficher comme catholique, il faut oser certaines choses.

Il faut d’abord bien sûr s’assumer comme croyant.e au risque d’apparaître aux yeux de certain.es comme des personnes incapables de faire la différence entre la réalité et le Père Noël ou les amis imaginaires. Il existe effectivement un antithéisme primaire qui se plait à ridiculiser la foi en l’associant à l’irrationalité ou à la crédulité.

Ensuite, il faut s’assumer contre chrétien.ne qui affirme un Dieu incarné, mort et ressuscité par amour pour l’humanité. Ce qui, comme dit Saint Paul, est une folie pour les Grecs et un scandale pour les Juifs.

Et surtout, il faut se dire membre d’une institution qui tout en étant supposée être le prolongement de l’amour du Christ, ne cesse de le trahir par l’action et les gestes de ses membres, notamment par ceux d’une partie de son clergé.


Bien sûr, il y a des nuances. Il y a de réels témoignages d’amour parmi ceux et celles qui se réclament du Christ. Mais disons qu’il y a des périodes d’éclipse où le mal semble porter ombrage à la Lumière. Où à force de vouloir protéger à tout prix l’institution, on finit par s’éloigner de la mission confiée par le Christ.

Lorsqu’il est question des pensionnats autochtones ou des abus sexuels commis par les membres du clergé et surtout cachés par les autorités ecclésiales, on parle de l’Église. Mais ne devrait-on pas parler d’hommes et parfois de femmes, de clercs et parfois de laïcs qui ont trahi justement l’idéal de la mission de l’Église de Jésus-Christ ? Jacques Maritain parlait lucidement de la Sainte Église des pécheurs. Il est vrai qu’il est difficile de distinguer entre les deux, surtout quand ceux et celles qui la trahissent occupent des fonctions importantes dans la hiérarchie, quand justement ils se devraient d’être parmi les témoins les plus authentiques du message d’amour et de justice prêché par le Christ.

Un des graves crimes concernant les pédophiles dans l’Église n’est pas que ces derniers aient cherché à joindre les rangs du clergé notamment dans les communautés qui travaillent près des jeunes. Il n’est pas tellement non plus dans le fait que les institutions ecclésiales n’aient pas réussi à détecter ces candidats. Je me rappelle que dans les années 80 dans le scoutisme, on nous invitait à être vigilant.es à l’égard des pédophiles qui voudraient infiltrer le mouvement. Mais sans nous donner les moyens de le faire et les outils nécessaires pour le prévenir, cette vigilance restait un peu comme un vœu pieux. Nous faisons mieux maintenant, nous nous donnons des règles et des procédures claires de prévention et d’intervention. Et c’est le moins qu’on puisse demander.

Non le crime le plus grave commis par les responsables des communautés religieuses et des diocèses est d’avoir, une fois la situation connue, chercher à protéger la réputation de l’institution et du clergé plutôt que de mettre en priorité la protection et l’intégrité des enfants et des jeunes. Ce crime porte un nom selon le Pape François, il s’appelle le cléricalisme.

Force est de constater que l’histoire de l’Église est parsemée de trahisons par des personnes souvent en situation d’autorité. Et le scandale est d’autant plus douloureux qu’on attend un comportement exemplaire de ces personnes. Mais il nous faut aussi constater qu’elle témoigne aussi d’hommes et de femmes qui ont réussi à rendre témoignage de la foi, de l’espérance et de l’amour du Christ en étant attentif.ve.s à l’action de l’Esprit Saint.

Peut-être que la parabole de l’ivraie et du bon grain prend-elle ici tout son sens. Mais peut-on reprocher aux victimes de conserver une très grande méfiance à l’égard d’une institution qui n’a pas su les protéger des abus ? Surtout devant la lenteur et parfois le manque d’enthousiasme apparent de certaines communautés religieuses et autorités ecclésiastiques à présenter des excuses et à travailler sincèrement à la réparation et à la réconciliation.

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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4 commentaires

  1. avatar Par : Louise Condrain

    Excellent papier mon ami!

  2. avatar Par : Éliane Vincent

    Toutes les religions organisées, toutes les cosmogonies de la terre semblent bâties sur une même trame : création, chute, amour, croissance spirituelle, rédemption. Devant tant de Vérités, je ne me sens absolument pas qualifiée pour décider laquelle est la Vraie de Vraie. Sans compter que je n’arrive pas à adhérer aux récits officiels, qui ont été trop évidemment modelés par les humains qui les ont écrits.

    Je ne sais pas non plus si Dieu existe, et je n’ai aucun moyen rationnel de le savoir, puisque Dieu a la fâcheuse habitude de ne jamais se manifester scientifiquement. Néanmoins, je refuse l’athéisme parce que j’ai trop conscience des limites de ma conscience. Qui sait si, derrière le Big Bang, ne trouverons-nous pas une Énergie créatrice bienveillante?

    Alors je m’en tiens à un agnostisme réfléchi, tout en admirant ceux qui peuvent garder leur foi intacte, avec la certitude de la présence divine et le réconfort qu’elle apporte.

    Mais il faut tout de même faire la part des choses. Les humains sont humains, et les religions le sont aussi. Ça donne le pire et le meilleur; et le pire, comme vous le démontrez bien, doit être dénoncé et sanctionné selon les lois humaines. Parce que Dieu ne s’en mêle jamais…

    • avatar Par : Pierre Jobin

      L’objectif de mon billet n’était pas de discuter de la pertinence de l’athéisme ou de la croyance en Dieu, mais peut-être de faire le constat qu’il est parfois plus facile de prêcher la bonne parole ou la morale que de la vivre concrètement et que l’Église catholique à travers ses membres et responsables n’échappe pas à ce constat.

      Il est également vrai que la science se limitant à examiner ce qui est matériel et soumis à l’espace et au temps n’a finalement pas grand chose à dire sur l’existence ou la non-existence de Dieu. De ce point de vue, la position qui peut sembler la plus rationnelle, c’est un agnosticisme. D’ailleurs, même les scientifiques croyants pratiquent un agnosticisme méthodologique et ne font pas intervenir « Dieu » dans leurs recherches scientifiques.

      J’émettrais quelques nuances sur votre premier commentaire à propos des cosmogonies et des religions. Il est vrai que les trois grandes religions monothéismes ont un certain tronc commun. Mais pour la plupart des croyants, les récits contenu dans les premiers livres de la Bible n’ont aucun caractère scientifique ou même historique. Bien difficile d’affirmer avec une grande certitude l’existence de patriarche comme Abraham. En fait, pour bien des récits et des mythes, les auteurs juifs n’ont fait que reprendre ce qui circulaient autour d’eux avec la cosmogonie qui venait avec. Par exemple, le récit du déluge n’est pas propre à la Bible, mais était très fréquent en Mésopotamie. Ce n’est pas le récit en tant que tel qui est le message et encore moins son historicité. Dans les récits mésopotamiens, les dieux ayant créées les hommes pour se distraire finissent par se tanner soit que ces derniers font trop de bruit, soit qu’ils deviennent trop nombreux. Ils décident donc de se débarrasser des hommes au moyen du déluge. Mais le héros de l’histoire déjoue leur plan avec une arche et sauve ainsi l’humanité. La Bible en reprenant ce récit mythologique, y donne un tout autre sens. C’est la méchanceté des hommes qui conduit Dieu à se résoudre au déluge. Mais comme il veut préserver le bien dans l’humanité, il a recours à Noé. D’ailleurs, les récits de déluge n’existent que en Mésopotamie où le Tigre et l’Euphrate en sortant de leur lit cause d’immenses dégâts. Côté égyptien, le débordement du Nil est au contraire un bienfait pour l’agriculture. Nulle récit de déluge en provenance de la civilisation égyptienne. Dans les récits de création, ce n’est pas le comment qui importe, mais le pourquoi. Le comment, même s’il nous reste encore bien des questions en suspend, ne correspond pas au description qu’en font ces vieux mythes cosmologiques. L’objet de la foi est ailleurs.

      Dernier commentaire, c’est un prêtre belge, Georges Lemaître, qui le premier a invoqué la théorie de l’expansion de l’univers. Une belle illustration que la foi et la science ne s’oppose pas. Il occupe simplement un terrain différent.

  3. avatar Par : Éliane Vincent

    Je sens que nous pourrions avoir une conversation passionnante, parce que le sujet est si vaste qu’il est facile de s’accrocher les pieds dans les détails!

    Il reste que je vous rejoins sur le fond : il est bien difficile d’arrimer les babines et les bottines pour la plupart d’entre nous.

    Ça fait qu’on continue…

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