Oser parler de la mort

Un sujet devenu presque tabou

Dans nos sociétés occidentales, la mort et le deuil sont le plus souvent des sujets tabous. Encore plus s’il s’agit de notre mort. Pourtant, pas plus que de faire son testament, parler de sa mort, de ses dernières volontés et de faire ses derniers adieux ne fait mourir. Ce n’est pas parce que nous faisons des efforts pour occulter le phénomène de la mort que celui-ci disparait et, surtout, que les inévitables deuils nous sont épargnés.

Pour les proches de la personne mourante, c’est aussi une occasion de lui faire ses adieux, de lui demander ou de donner son pardon, de lui dire merci, de la soutenir dans ce passage vers la mort, de lui exprimer son amour …

Faire ses derniers adieux

Savoir que la mort se profile à l’horizon nous donne le temps de faire nos derniers adieux, de remercier les personnes qui ont été importantes dans notre vie et parfois de pardonner à ceux et celles qui nous ont blessé ou de demander soi-même pardon.

C’est aussi l’occasion de se demander ce que l’on désire laisser en héritage de vie à nos proches et à nos ami.es. Quel souvenir voulons-nous que les personnes gardent de nous ?

Faire part de ses dernières volontés

Au delà du testament que trop de gens hésitent encore à faire comme si cela allait attirer la mort, nous avons aussi l’opportunité de faire part de nos dernières volontés à propos de nos funérailles et de la disposition de notre corps. Trop de personnes décèdent sans avoir fait connaître leur volonté à ce sujet, laissant leurs proches avec une série de questions sur les décisions à prendre avec l’entrepreneur funéraire. Sans nécessairement faire des préarrangements funéraires, informer nos proches de nos dernières volontés les dégagent de ces soucis qui souvent viennent s’additionner à la charge émotive de faire son deuil. Quels genres de rites funéraires désirons-nous : de nature religieuse, un simple hommage au salon, une célébration de la vie ? Est-ce qu’on désire laisser un dernier message qui sera lu par un proche ?…

Ne pas escamoter les rites funéraires

Il arrive encore trop souvent que des personnes refusent l’exposition au salon et même les rites funéraires sous prétexte d’éviter cette épreuve à leur famille. Et pourtant, les rituels funéraires ont des fonctions importantes dans le processus de deuil. Ils ont pour rôle de marquer le décès d’une personne, d’honorer sa mémoire, de rassembler la famille
et la communauté autour de cet événement, de donner un sens à cette mort et de soutenir les proches qui vivent un deuil.

Durant la pandémie, les familles et les ami.es des personnes décédées ont été privé.es de la possibilité d’accompagner leurs proches durant leurs derniers instants. De même, le nombre réduit de personnes dans les assistances a privé des gens des bénéfices des rites funéraires. Cela n’est pas sans conséquence sur le processus du deuil.

Même en temps normal, il peut être tentant de les escamoter, en pensant faire l’économie de la souffrance ou du processus de deuil. Or, les rituels funéraires ne créent pas de souffrance. Au contraire, ils lui donnent une place et ils soutiennent les proches dans la traversée du deuil qui s’amorce avec le décès de l’être cher.

Bref, faire de la mort et du deuil un sujet tabou risque de faire plus de tort que d’aborder franchement la question avec nos proches et avec soi-même.


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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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