Le pouvoir et la violence

Nous revoici encore une fois en période électorale. Les élections fédérales qui se dérouleront le 20 septembre 2021 sont le point de départ d’une longue année électorale avec les élections municipales en novembre 2021 et les élections provinciales en octobre 2022.

Les élections au Québec et au Canada sont en apparence exemptes de violence depuis plusieurs années, avec des exceptions notables comme l’attaque au Métropolis en 2012. Ce processus démocratique, malgré ses failles et ses faiblesses, nous permet d’élire un gouvernement de façon « civilisée ».

Lorsqu’on regarde ce qui se passe en Afghanistan, avec le retour en force des talibans, le contraste est frappant. Un retour en arrière qui nous semble inconcevable, incohérent. Un recul flagrant des droits des femmes, imposé par un mouvement religieux et patriarcal. Un retour à l’âge de pierre, comme le dit Isabelle Hachey, dans La Presse1.

Ce parallèle avec l’âge de pierre m’a fait penser à trois de mes lectures d’été et faire des liens entre pouvoir et violence.

Dans Paradis perdus2 d’Éric-Emmanuel Schmitt l’action se déroule justement vers la fin de l’âge de pierre. Malgré le côté romancé du récit, le pouvoir réside entre les mains d’un chef qui doit se battre physiquement pour prendre le pouvoir ou le défendre. La place politique des femmes n’est pas très grande, malgré la présence d’une communauté composée uniquement de femmes.

Dans Sapiens3 de Yuval Noah Harari c’est davantage le point de vue historique des premiers humains qui est décrit, malgré les traces archéologiques limitées laissées par ceux-ci. Un passage du livre tente d’expliquer pourquoi, malgré la diversité des êtres humains vivant à cette époque lointaine et la distance entre les communautés, les sociétés se sont très majoritairement développées sous un modèle patriarcal. L’explication de l’auteur peut se résumer en un mot : violence. Bien que les caractéristiques physiologiques aient exercé leur influence, ce serait la propension plus grande des hommes pour la violence qui leur aurait permis de prendre et de garder le pouvoir sur les femmes.

Enfin, dans Le pouvoir de Naomi Alderman4 la fiction prend le dessus dans un monde imaginé où les femmes ont le pouvoir d’envoyer des décharges électriques à la suite d’une mutation physique. Ce changement dans l’équilibre des forces provoque à long terme une société complètement à l’opposé, où les femmes prennent le pouvoir et où les rôles sont inversés. L’auteur tente visiblement de provoquer une réaction et une réflexion chez le lecteur en faisant subir à des hommes, dans le récit, des injustices et atrocités qui sont ou qui ont été vécues par des femmes, dans la réalité.

En somme, l’actualité politique et les œuvres littéraires peuvent nous rappeler de dérangeantes vérités et nous amener de nombreux questionnements:

Le pouvoir est intrinsèquement lié à la violence dans l’histoire de l’humanité.

Les femmes ont été les principales victimes de cette violence.

La violence est loin d’être exempte des sociétés occidentales, malgré le caractère plus « civilisé ». La vague de féminicides au Québec en est un cruel rappel.

Le « combat » contre la violence est-il perdu d’avance ?

L’Homme est-il fondamentalement violent ?

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1https://www.lapresse.ca/international/chroniques/2021-08-14/retour-a-l-age-de-pierre.php

2https://www.leslibraires.ca/livres/sapiens-une-breve-histoire-de-l-yuval-noah-harari-9782226257017.html

3https://www.leslibraires.ca/livres/le-pouvoir-naomi-alderman-9782702163405.html

4 https://www.leslibraires.ca/livres/la-traversee-des-temps-t-1-eric-emmanuel-schmitt-9782226450227.html

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À propos de l'auteur : Samuel Saint-Denis-Lisée

Intervenant communautaire, citoyen politisé, père de 3 garçons. Ces 3 sphères de ma vie influenceront assurément mes publications sur le Blogue citoyen, mais pas uniquement. Je suis un amoureux des mots et l'inspiration me porte parfois dans des contrées inattendues. Vous êtes avertis!
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Intervenant communautaire, citoyen politisé, père de 3 garçons.

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1 commentaire

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    « La raison du plus fort est toujours la meilleure. »

    Jean de La Fontaine mis en rimes au 17e siècle cette réalité éternelle de notre condition. Et je suis intimement persuadée que quiconque est doté, par nature ou par les aléas de la civilisation, d’une force supérieure à celle de ses voisins sera tenté de s’en servir.

    L’Homme est-il fondamentalement violent, dites-vous? L’Humain l’est, vous répondrai-je, homme ou femme. Bien sûr que l’homme est plus fort physiquement, sa violence est plus évidente. Mais si le pouvoir électrique de Naomi Alderman s’avérait, les atrocités commises par les femmes ne seraient certainement pas moindres que celles des hommes, comme en font foi de nombreux témoignages de rescapées des camps de femmes de l’Allemagne nazie ou, plus près de nous, les rapports accablants sur les traitements infligés aux prisonniers d’Abou Ghraib.

    Il faut combattre la violence où qu’elle se trouve.

    Le combat est-il perdu d’avance? C’est une question d’évolution et de civilisation, et c’est une lutte de très très longue haleine. Si la race humaine ne s’autodétruit pas avant, nous y arriverons peut-être.

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