Le colleux de tout les colleux

Depuis mars 2020 nous respectons, pour la majorité d’entre nous, les consignes sanitaires émises par l’INSPQ[1]. Nous sommes passés du confinement total, mise de l’économie sur pause pour employer l’expression du premier ministre Legault à un déconfinement partiel. Dans une certaine mesure, des couleurs sont apparues dans notre quotidien. Des masques fabriqués par monsieur et madame tout le monde ont fait apparaître des formes et des coloris parfois inusités. La première vague a frappé fort. Elle nous aura surtout démontré le côté horrible de la réalité de la vie ou devrions-nous dire de la non-vie des ainés en CHSLD ou en RPA. Une réalité qui ne nous était pas étrangère. Étions-nous plusieurs à ignorer que la qualité de vie en résidence publique ou privée était au mieux très passable et au pire exécrable? Évidemment, il ne faut pas généraliser car il existe des résidences qui s’en sont mieux sorties mais elles ne sont pas légion. À l’aube de rendre hommage aux victimes de la COVID-19, soit plus de 10 000 personnes au Québec, nous aurons un devoir de mémoire. Nous devrons partager la lourde tâche de nous rappeler qu’en cette année 2020 des gens sont morts de soif, de faim et d’avoir été abandonnés dans leurs excréments. Aurions-nous pu imaginer un pire scénario de fin de vie pour ces femmes et ces hommes qui ont construit une partie de notre Québec?

Évidemment, cette crise sanitaire n’avait peu ou pas de précédent. Voilà pourquoi il faut demeurer sobre lorsque vient le moment d’adresser des critiques aux différents paliers de gouvernement. Un état de crise tous azimuts avec en toile de fond ce que Jacques Parizeau appelait « un océan d’orteils ». Il avait en effet utilisé cette expression lors de son passage à l’émission TLMEP[2]. L’animateur Guy A. Lepage lui avait demandé de résumer en quelques mots ce qu’il retenait de son passage en politique. Un océan d’orteils, ça résume assez bien l’ensemble des gens qui demandent des assouplissements, des exceptions, des contournements, des permissions et tutti quanti. Le problème pour plusieurs réside dans l’inexistence du « bouton pause ». Le premier ministre, le chef de l’État nous a dit : « nous allons mettre l’économie sur pause ». Alors, lorsqu’un restaurateur reçoit un appel du proprio de l’immeuble dans lequel est situé son restaurant fermé depuis la « pause », pour connaître les raisons pour lesquelles il n’a pas versé son loyer, pouvait-il répondre « mais tu n’as pas compris, nous sommes sur pause ». Idem pour la banque, la carte de crédit, le paiement hypothécaire, tout est sur pause ou peut-être pas. La PAUSE aura possiblement une sémantique à géométrie variable entraînant des effets tout aussi variables.  Le passage de cette première vague nous laissera en face d’un paysage dévasté pour un grand nombre de petites entreprises, de petites organisations qui employaient à elles seules beaucoup de femmes et d’hommes.

Les experts, infectiologues, immunologues, biologistes, épidémiologistes nous ont mis en garde contre une deuxième vague. Une deuxième qui serait possiblement pire que la première.  Et bien nous y sommes. La deuxième vague est parmi nous avec en prime les variants.  Ces mutations du coronavirus sont souvent plus contagieuses et se répandent donc plus rapidement. Alors, nous avions expérimenté le confinement, les barrages routiers entre certaines régions ainsi que la distanciation, le port du masque, alouette. Considérant l’augmentation des cas, plus de 4 000 au quotidien, nous voilà avec de nouvelles mesures qui se sont appliquées dès le lendemain de Noël, et cela jusqu’au 8 février. Nous sommes revenus au confinement, mais avec des mesures différentes, mais non pas moins irritantes. Mentionnons, sans s’y restreindre, la fermeture des commerces non essentiels, les restrictions imposées aux grandes surfaces et une mesure qui a rappelé à certains d’entre nous la loi des mesures de guerre, les couvre-feux.

Un peu avant la relâche scolaire qui correspond, depuis un bon moment déjà à la première semaine du mois de mars, des mesures de déconfinement sont apparues et sont venues soulager bon nombre de nos concitoyens. À l’exception du grand Montréal et de l’extrême Nord du Québec, tout le monde est passé en zone orange. Il y a également une source d’espoir, une apparence de lumière au bout du tunnel en quelque sorte. Un espoir qui porte les noms de Pfizer Biontech, Moderna, Astrazeneca et, tout récemment, Johnson & Johnson. Les vaccins de la rédemption dirons-nous. Les campagnes de vaccination sont en cours. Il y a des problèmes liés à l’approvisionnement, au transport des doses dans les régions mais rien d’insurmontable. Enfin et sans tomber dans l’optimisme à outrance, nous pouvons, peut-être pour la première fois depuis mars 2020, envisager une forme de libération.

Une libération de quelle nature?  Et bien, en ce qui me concerne, une grande joie est apparue dans nos vie au mois d’août dernier. Une petite fille prénommée Hannah est arrivée dans nos vies. Du coup, mon épouse et moi sommes devenus mamie et papi, notre fille ainée maman et notre cadette tatie. Il nous a été possible de voir ce petit ange une fois en septembre dernier, elle avait alors un mois.  Depuis, nous nous voyons par le truchement des Zoom, Messenger, etc., de ce monde.

Je ne sais pas quand ce sera possible de nous réunir à nouveau… Est-ce qu’il nous faudra compter en mois ou en semaines, je l’ignore. Mais je nous souhaite dans un avenir le plus près de nous possible d’être en mesure de se faire le colleux de tous les colleux! De pouvoir se rencontrer et de se raconter des blagues à se taper sur les cuisses, d’échanger poignées de main et tapes dans le dos. Et peut-être même de s’échanger des bisous!

J’ai parfois l’impression que la chanson C’est beau la vie interprétée par Jean Ferrat sortie en 1963 est plus que jamais au goût du jour.

Tout ce que j’ai failli perdre
Tout ce qui m’est redonné
Aujourd’hui me monte aux lèvres
En cette fin de journée


[1] INSPQ : Institut national de santé publique du Québec

[2]  TLMEP : Tout le monde en parle

avatar

À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
Cet article a été publié sous le thème Hors catégorie.
Ajouter le permalien à mes signets.
avatar

L'auteur(e) de cet article :

Autres articles par le(la) même auteur(e)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.