La disparition de Moisson Kamouraska

Je rêve du jour de la disparition de Moisson Kamouraska, du jour de la disparition de toutes les guignolées, de toutes les opérations paniers de Noël. Je rêve du jour où toutes ces organisations seront devenues inutiles, parce qu’aucune famille, aucune personne âgée n’aura besoin d’avoir recours à elles pour satisfaire ses besoins alimentaires. Il y a longtemps que je rêve d’une société où chaque personne aura les moyens de satisfaire ses besoins élémentaires.

Mais il semble que ce n’est pas demain la veille que mon rêve se réalisera. Avec une très grande inflation dans le secteur de l’alimentation, de l’essence et des loyers, de plus en plus de personnes peine à rejoindre les deux bouts. Au Canada, nous assistons à une augmentation de 20% de la fréquentation des banques alimentaires, pour le Québec le pourcentage a atteint 38%. C’est un ménage sur six qui a recours aux banques alimentaires.

L’actuelle pandémie a exacerbé la fragilité de beaucoup de personnes nos sociétés. Il suffit de peu de choses pour mettre à mal le budget de certaines familles : une mise à pied temporaire, une dépense de médicament non couvert par la RAMQ, des frais de déplacement pour suivre des traitements, des soins dentaires, etc. Beaucoup de ménages fonctionnent avec un budget tellement serré que le moindre imprévu suffit pour semer le désarroi. Si on ajoute à cela des revenus qui stagnent et une inflation galopante, nous avons là les ingrédients idéaux pour une crise qui va causer beaucoup de souffrances.

Les personnes âgées, les personnes seules, les enfants sont souvent surreprésentés dans les groupes fréquentant les banques alimentaires. Du côté des banques alimentaires, les bénévoles et les employés sont souvent à bout de souffle et peinent à fournir à la tâche.

Des revenus suffisants pour toutes et tous

Mon rêve ne pourra se réaliser tant et aussi longtemps que nous nous ne nous assurerons pas que chacune et chacun disposent des revenus suffisants pour couvrir ses besoins. Or le salaire minimum, les prestations d’aide sociale, les prestations de l’assurance-emploi, le supplément de revenu garanti, etc., non seulement ne couvrent pas les besoins essentiels, mais ne souvent même pas indexés au coût de la vie.

Personne ne devrait avoir à choisir entre se nourrir ou s’alimenter convenablement. Personne ne devrait devoir choisir en ses médicaments et son panier d’épicerie.

L’écart de revenus entre les riches et les pauvres n’a cessé de croître ces dernières décennies. Ce n’est pas vrai que nous n’avons pas les moyens de remédier à la pauvreté dans nos sociétés. Ce n’est pas une question de moyens financiers mais de volonté politique. Malgré l’adoption de la Loi 7 Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, nos gouvernements n’ont jamais pris l’ensemble des moyens à leur disposition pour enrayer le phénomène de la pauvreté.

En attendant que mon rêve de voir Moisson Kamouraska disparaitre, je me retrouve dans la position de devoir vous inviter à soutenir cet organisme communautaire incontournable dans notre région.

Pour un Joyeux Noël à toutes et à tous, incluant les personnes les moins favorisées de notre coin de pays.

Don

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1835426/banque-alimentaire-hausse-pauvrete-pandemie-bilan-2021

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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2 commentaires

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    « Ce n’est pas vrai que nous n’avons pas les moyens de remédier à la pauvreté dans nos sociétés. »

    Malheureusement, ce qui est vrai, c’est que nous n’en avons pas envie, surtout quand on persiste à croire en ce curieux concept d’ascenseur social, qui ne semble monter que lorsqu’on est déjà en haut…

  2. avatar Par : Raymond Cadrin

    Depuis longtemps, je partage ce même rêve, en ayant été engagé personnellement et collectivement dans la lutte à la pauvreté et des actions de développement social.
    Il faudra continuer la sensibilisation et la mobilisation pour en arriver à une volonté des gouvernements de s’orienter vers des revenus suffisants pour tous et d’assurer ainsi plus la dignité à chaque personne.

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