Ralentir

Le jour du dépassement de la Terre arrive trois semaines plus tard cette année.  Vous savez ce jour où nous commençons à emprunter sur des ressources que la Terre n’est plus en mesure de nous fournir?  Vous noterez que le terme « emprunter«  prend ici un sens pour le moins ambigu.  Car en effet, emprunter sur des ressources qui n’existent pas tient un peu d’un non-sens absolu.  C’est un peu comme la dette des pays qui augmente de façon exponentielle sans que l’on sache vraiment et surtout de manière claire qui sont nos débiteurs.  En France, il y a toujours un compteur qui chiffre les intérêts sur la dette nationale et ce chiffrier tourne tous les jours depuis des années sans pour autant que personne ne vienne dire quoi que ce soit du genre « dans pas long, ce sera terminé« .  Mais non, le compteur tourne encore et encore.

La pandémie aura donc permis un ralentissement de l’économie.  La consommation d’hydrocarbures et de tous leurs dérivés a diminué, entrainant vers le bas le niveau des gaz à effet de serre.  Ce n’est pas forcément génial parce que ce phénomène n’est pas attribuable à notre bonne volonté conjuguée à des efforts réels de transformation de nos comportements.  Mais non, cette situation est essentiellement due au confinement et disons-le à la réduction de la vitesse dans laquelle nous sommes enfermés.  Le tout, tout de suite.  Pas le temps de réfléchir, de penser, de se poser des questions.  Des questions mais pourquoi donc, nous savons tout.  Nous produisons et nous consommons, c’est tout ce que nous avons besoin de savoir, et encore…

J’ai été étonné, médusé même d’entendre des gens de tous les milieux, de toutes origines et de plusieurs obédiences politiques raconter sur différentes tribunes que le confinement leur avait fait réaliser à quel point tout allait bien trop vite.  La fermeture de bon nombre de commerces le dimanche en a amené plus d’un à se positionner sur la question suivante : « Pourquoi ne pas fermer les dimanches? «  Les plus vieux d’entre nous ont connu la journée du Seigneur.  J’en ai entendu plusieurs demander pourquoi ne pas considérer les dimanches comme la journée de la famille ou la journée de l’amitié?  À l’époque où nous avions les dimanches à peu près libres, pour la majorité des gens, le samedi 17 h représentait le moment où tout s’arrêtait pour le reprendre le lundi matin 8 h 30.  Cela permettait les rencontres, les repas en famille ou entre amis.  Mais le plus important demeure sans doute la ligne d’arrêt.  Voilà fort probablement ce que le confinement a créé : une ligne d’arrêt.  Ce que nous n’avions plus vu depuis des lustres.  Arrêter, mais pourquoi?  Les commerces ouverts 24 h et sept jours par semaine avec cela.  Business as usual.  Je me souviens d’un agent d’assurance avec qui mon père faisait affaire.  Ce monsieur prenait des vacances de la mi-juin à la mi-août.  La pêche était sa plus grande passion.  Il s’éloignait à son camp comme il disait à l’époque, ce qui était un chalet mais avec le confort minimum.  Rien d’essentiel ne manquait.  Mais c’était loin du téléphone, loin des bruits de la ville et surtout dans le calme absolu.  Combien sommes-nous à s’offrir des vacances sans cellulaire, ordinateur, télé et même la radio?

Combien sommes-nous à lire des livres plutôt que les versions électroniques?  Parce que le livre est un objet hautement tripatif, combien sommes-nous à l’avoir oublié?  La vitesse à laquelle nous vivons nous fait perdre notre essence propre, nous n’avons plus le temps de se regarder vivre et encore moins de regarder les nôtres vivre leurs vies.  Oh il y a bien l’illusion des Skype, Zoom et textos tout inclus mais c’est bien peu comparer à la force des contacts humains en direct.  J’ose croire, puisque nous en sommes maintenant rendus en phase de déconfinement, que nous retiendrons le point essentiel de cette aventure : la ligne d’arrêt.  Nous nous sommes laissés emballés, que dis-je hypnotisés par tous ces jouets technologiques au point d’y perdre notre âme au point même où nous ignorons le sens de ce mot.  Combien ça vaut une âme?  Est-ce monnayable, échangeable, négociable?  Mais non, c’est l’essence même de ce que nous sommes et qui fait que nous nous sommes tous et toutes uniques.

Je m’en voudrais de ne pas vous révéler que depuis la naissance de mes filles le monde et son développement déraisonnable m’inquiètent au plus haut point.  J’ai maintenant une raison de plus et toute particulière de m’inquiéter davantage.  Elle s’appelle Hannah et elle aura bientôt deux semaines.  Elle est la fille de ma fille ainée Jennifer.

À tous nos lecteurs et lectrices, je vous souhaite une très belle fin d’été!

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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