Plus jamais pareil

J’imagine que depuis le début de la pandémie vous aussi, vous avez eu l’occasion de lire cette phrase : «Rien ne sera plus jamais comme avant.» Effectivement souvent de grands changements dans nos sociétés se sont passer à la suite de crise majeure.

Les crises sont souvent une occasion de prendre conscience de certaines réalités négatives et d’y amener les correctifs nécessaires. Mais cela ne se fait pas tout seul et ce n’est pas un automatisme. Encore faut-il que les prises de conscience aient réellement lieu et qu’elles soient suivies par une réelle volonté sociale et politique de changement.

Voici quelques prises de conscience que nous pourrions faire tous ensemble.

Beaucoup parmi nous vivent dans une grande fragilité financière

Malgré la Prestation canadienne d’urgence de 2 000 $ par mois, bien des ménages se sont retrouvés au bord du gouffre. Selon l’organisation de La grande guignolée des médias, deux mois après le début de la crise de la COVID-19, 10 % des Québécois-es avaient dû se rendre à un comptoir d’aide alimentaire afin d’y recevoir des denrées pour eux ou leur famille. C’est donc 650 000 Québécois qui ont été contraints de demander l’assistance d’un comptoir, dont 322 000 pour la première fois. (1)

Dans notre région, Mireille Lizotte et son équipe de Moisson Kamouraska n’ont pas chômé. Heureusement, de nombreuses personnes et entreprises ont épaulé l’organisme. Mais est-il normal que, même en période de crise, la sécurité alimentaire de tant de personnes soit menacée ?

Je nous invite à penser à la situation régulière des bénéficiaires de l’aide sociale qui loin de pouvoir bénéficier de la PCU doivent composer avec la misérable somme de 690 $ par mois.

Des milliers de ménages ont également dû demander un sursis pour le paiement de leur hypothèque alors que d’autres s’arrachent les cheveux afin de payer leur loyer. (2)

Les travailleuses essentielles ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur.

Nous avons constaté durant cette crise l’importance du travail de milliers de personnes souvent ignorées et mal rémunérées. Ces emplois, occupés majoritairement par des femmes, se sont révélés essentiels au fonctionnement de notre société : préposés aux bénéficiaires, éducatrices de service de garde, caissières et commis d’épicerie, buandières, etc.

Personnellement, j’ai gravé dans ma mémoire cette phrase de monsieur Legault lors 25e anniversaire de la marche Du pain et des roses : « On doit se dire la vérité : la crise qu’on vit depuis deux mois et demi, quand on regarde ce qui se passe dans les CHSLD, bien, ce sont beaucoup de femmes qui sont au front depuis deux mois et demi. Et c’est pour ça que, oui, il faut mieux les payer. » (3)

En fait, ce n’est pas seulement dans les CHSLD que les femmes nous tiennent à bout de bras, mais dans pratiquement tous les secteurs où les travailleuses prennent soin des gens, ce qu’on nomme souvent le domaine du « care ».

Il est possible de prendre soin de notre environnement

À tout malheur quelque chose est bon, dit une maxime populaire. Les émissions de gaz à effet de serre auront légèrement reculées durant cette pandémie. Ce sera fort malheureusement à court terme, car elles risquent fort de reprendre de plus belle au sortir de cette crise. Loin de moi l’idée de prétendre qu’il faudrait prolonger la pandémie et les mesures de confinement afin de nous sortir de la crise des changements climatiques. Mais cela nous démontre qu’on peut effectivement imaginer un fonctionnement de notre société et des réponses à nos besoins qui ne viennent justement pas saper les conditions nécessaires à une saine économie. (3)

La crise ne suffira pas.

Nous risquons de vivre encore un bon moment sans retourner à la normale ou, comme certains se plaisent à le dire, de retourner à l’anormale. Car ce que nous qualifions de normalité ne l’est peut-être pas tant que cela. Il est aussi possible que certains changements s’imposent malgré nous, mais sans être une conséquence d’une prise de conscience ou d’une volonté démocratique.

Mais si nous voulons des changements durables qui nous conduiront vers une société plus solidaire, plus juste, plus inclusive et plus respectueuse de l’environnement, cela ne se fera pas tout seul.

C’est comme l’assassinat de Georges Floyd aux États-Unis. On peut toujours espérer une profonde transformation de la société américaine et de la nôtre également. On peut effectivement voir quelques signes encourageants. Mais ce n’est pas suffisant de regarder passer la parade pour faire parti du changement : il faut s’y engager collectivement, mettre la main à la roue, agir quoi!

  1. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1704903/coronavirus-aide-alimentaire-hausse-quebec
  2. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1688705/coronavirus-remboursements-dettes-banques-desjardins-interets
  3. https://www.ledevoir.com/societe/environnement/577552/la-pandemie-entrainera-t-elle-une-baisse-des-emissions-de-ges-benefique-pour-l-environnement

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
Cet article a été publié sous le thème Économie, Environnement, Politique.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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2 commentaires

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    Ce texte mérite d’être placardé sur les murs de la cité.

    Il faudra nous rappeler chaque jour que nous sommes le changement, pour peu que nous ayons la volonté de l’être. Nous rappeler que rien ne change tout seul, qu’il faut pousser la roue. Nous rappeler que nous sommes les seuls à pouvoir la pousser, avec nos vrais bras, nos décisions de chaque instant, nos gestes concrets animés de la ferme volonté de ne plus faire comme avant, de ne plus faire comme tout le monde.

    Merci, cher monsieur, pour ce texte qui fait le tour de la question avec lucidité et avec cœur.

    • avatar Par : Pierre Jobin

      Un grand merci pour votre commentaire. Tout à fait exact : «Il faudra nous rappeler chaque jour que nous sommes le changement…»

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