Nous ne sommes pas tous égaux devant cette pandémie

Bien sûr le fait d’attraper la maladie causée par le coronavirus peut avoir des effets très variables selon notre âge ou notre état de santé. mais ce n’est pas vraiment à cela que je pensais en écrivant le titre de ce billet.

Il est certain que nous sommes toutes et tous soumis aux mêmes règles sanitaires, nous sommes toutes et tous plus ou moins confinés à la maison, contraints à des mesures de distanciation sociale. On nous répète à chacun et à chacune d’entre nous les consignes de sécurité en cette période de contagion : sortir le moins possible, se tenir à distance les uns des autres, tousser dans notre coude et se laver régulièrement les mains.

Tous et toutes nous sommes inquiets pour notre santé, la santé de nos proches et de nos amies et amis. Nous sommes particulièrement inquiets pour nos parents plus âgés. L’idée de les voir mourir sans même que nous pussions les accompagner me semble particulièrement intolérable.

Mais nous ne sommes définitivement pas tous égaux devant cette pandémie

Mon épouse et moi sommes à la retraite. Nous profitons même de ce temps d’isolement pour faire des petits travaux dans notre maison. Nos revenus ne seront pas sensiblement touchés par cette crise sanitaire qui est également pour beaucoup de nos concitoyens et concitoyennes aussi une crise financière.

Je recevais cette semaine un courriel de l’organisme communautaire L’Itinéraire, basé à Montréal. À la suite de la fermeture de plusieurs établissements et de la diminution de l’achalandage dans les transports en commun, les ventes du magazine ont considérablement diminué depuis quelques jours. Cette diminution affecte profondément les camelots qui tirent leurs revenus de cette activité. L’Itinéraire lance un appel à l’aide. (1)

Le Chic Resto Pop sur la rue Adam à Montréal annonce qu’il va fermer ses portes dès le lundi 23 mars à cause de la contagion. Il maintient toutefois quelques services comme le service au comptoir qui demeure un service essentiel pour bien des gens du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Mais Le Chic Resto Pop pour les personnes itinérantes est aussi un endroit pour se réchauffer quelques heures tout en mangeant un repas. (2) Et comme le s’interrogeait Rima Elkouri dans une de ses chroniques : «Comment rester chez soi quand on a pas de chez soi ?» (3)

Je ne peux m’empêcher de penser aux travailleurs et travailleuses autonomes et aux propriétaires de certaines petites entreprises qui risquent d’en arracher durant cette crise. Et cela sans compter les milliers de travailleuses et travailleurs à faible revenus qui ont rarement un coussin confortable pour faire face aux imprévus.

En attendant des jours meilleurs

Ce qui est particulièrement troublant, c’est de réaliser notre relative impuissance devant ce qui arrive. D’une certaine façon, le confinement réduit considérablement notre capacité d’aider nos proches et les personnes dans le besoin. Il reste pour ceux et celles qui en ont les moyens le fait de pouvoir contribuer à certaines levées de fonds en faveur des plus démunis. Pour certains d’entre nous, nous pouvons offrir de faire des courses pour ceux et celles qui sont cloîtrés dans leur résidence. Il nous reste aussi la possibilité de téléphoner régulièrement aux personnes qui nous sont chères pour maintenir le contact. Pour l’instant, nous sommes relativement chanceux dans le Bas-St-Laurent puisqu’il n’y a qu’un seul cas avéré. Mais pour combien de temps encore ?

Il nous reste surtout l’espoir en des jours meilleurs qui arriveront tôt ou tard. Oserons-nous rêver aussi, non seulement à des jours meilleurs, mais également à un monde meilleur ? Oserons-nous espérer, non seulement un retour à la normale, mais une société plus solidaire, plus égalitaire et plus respectueuse de l’environnement ?

Dans une de ses chroniques, Rima Elkouri nous invitait, en plus de soigner les gens, de soigner également la société et, en évoquant les propos de Ryoa Chung, elle nous invitait aux deux réflexions suivantes :

« La première ? « En temps de crise sanitaire, les inégalités socioéconomiques ne feront qu’exacerber les risques pour toute la société. Il faudra à tout prix chercher à atténuer l’impact des inégalités sociales par des mesures politiques. Toutes les formes d’inégalités économiques et de discriminations sociales, dont la xénophobie et le racisme, ne feront qu’ajouter au chaos qui permet la propagation des épidémies et des crises sociales. »

La deuxième ? « En dépit des pages obscures de l’histoire des civilisations, la survie de l’humanité a toujours été rendue possible par la coopération et la solidarité, les progrès de la rationalité et par l’expansion des multiples visages de l’amitié civique. Les sociétés qui sont dotées des institutions les plus équitables – régime public de santé, d’éducation et de sécurité sociale – et qui reposent sur les solidarités les plus robustes entre les générations, les groupes sociaux et les groupes ethniques sont celles qui surmonteront toujours toutes les épreuves avec patience et dignité. » (4)

En attendant, je souhaite à toutes et tous bon courage, de la patience et la sagesse de prendre soin de vous et des autres en respectant les consignes sanitaires du docteur Arruda.

(1) https://itineraire.ca/96/covid-19?mc_cid=25c3ec9799&mc_eid=03fdf661a6

(2) http://www.chicrestopop.com/2020/03/19/covid-19-activites-supendues-et-livraison-de-chics-plats/

(3) https://plus.lapresse.ca/screens/f49d4e37-f978-4e30-9402-dc91c70300e2__7C___0.html?utm_medium=Facebook&utm_campaign=Internal+Share&utm_content=Screen&fbclid=IwAR1Xi7jjQdzJ1sa-0RxBwXntT6SE3SVX5lAOwVW2XWV3nppoXO2w8kvPtM0

(4) https://plus.lapresse.ca/screens/e840dc26-920d-4d73-a6c7-a94edd3fd07a__7C___0.html?utm_medium=Facebook&utm_campaign=Internal+Share&utm_content=Screen&fbclid=IwAR2-swhRv_AkQ-EEhe5nfBXkddt-XfFg1hv_IjHJMsIQZuCh5rywIXEo5Ug

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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3 commentaires

  1. avatar Par : Raymond Cadrin

    Texte fort intéressant et pertinent sur le difficile contexte actuel. Malgré les mesures gouvernementales annoncées qui seront nécessaires pour les travailleurs/euses, pour les entreprises, quand celles-ci seront-elles vraiment accessibles pour assurer une certaine sécurité financière…Le système administratif semble déborder, si l’on prend l’exemple de l’assurance emploi.
    Oui, la solidarité doit prendre une forme différente actuellement, mais elle est toujours essentielle. Oui, il faut garder l’espoir de jours meilleurs, avec des apprentissages de cette crise.

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