Le masque de la honte

Après avoir mis le pays sur pause, nos gouvernements ont cherché les moyens de revenir vers un niveau d’activités qui soit susceptible d’encourager, voire de secouer la torpeur dans laquelle nous nous sommes retrouvés bien malgré nous.  On ne vit pas des semaines de confinement sans inconvénients.  L’Antropos physi politikon zoon (1) ne peut se transformer en ermite sans dommages collatéraux sur à peu près tous les tableaux.  L’ensemble de l’effort sanitaire réclamé n’était pourtant pas si contraignant. Se laver les mains pendant vingt secondes le plus souvent possible, tousser ou éternuer dans le creux de son coude et respecter la distanciation sociale de deux mètres.

Pourtant, malgré ces mesures d’hygiène de base somme toute plutôt simples à appliquer et surtout à respecter, nous avons vu apparaître sur les réseaux sociaux une panoplie de complaintes.  Essentiellement de longues ritournelles visant les gouvernements et les pouvoirs publics et particulièrement la direction de la santé publique sur des attaques contre les libertés individuelles.  Dans la majorité des cas, les argumentaires se développent autour de théories conspirationnistes émanant directement d’une logique populiste.  Dans certains autres cas, nous sommes en mesure d’observer le retour de la vieille rengaine du libertarisme pour qui l’individu est toujours victime de toute forme d’entreprise collective même justifiée par une urgence sanitaire.

Si dans l’ensemble ces théories aussi fantaisistes que ridicules n’ont pas entraîné d’événements fâcheux, il n’en demeure pas moins que dans certains cas des conséquences fâcheuses auraient pu arriver.  D’abord la théorie que le virus fut créé en laboratoire.  Une arme créée par des humains pour nuire à d’autres humains.  Un problème embarrassant mais simple à désamorcer pour les scientifiques qui ont identifié la source de ce virus.  Un autre cas aurait pu entraîner de lourdes conséquences.  Certains ont cru à tort que la technologie 5G était la cause de la maladie et de sa propagation.  Certaines personnes ont été interpellées et mises en état d’arrestation après s’en être prises à des antennes cellulaires.  Outre le fait qu’elles auraient pu subir de graves blessures et causer des dommages au réseau de communication, c’est d’abord à leur propre personne qu’elles ont créé le plus de problèmes.

Enfin, les groupes qui sont davantage enlignés sur le libertarisme.  Hier en Beauce, environ 500 personnes se sont mobilisées pour dénoncer l’autoritarisme et les attaques contre les libertés individuelles.  Le port obligatoire du couvre-visage fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de l’indignation…

C’est quand même curieux que la nature humaine puisse être entraînée dans des élucubrations paranoïaques dans des moments aussi mal choisis.

Les autorités publiques ont été forcées de constater que le respect de la distanciation sociale de deux mètres n’était pas fortiche.  L’utilisation du creux de son coude pour tousser ou éternuer n’est pas un très grand succès non plus.  Par contre, le lavage de mains, ça marche plutôt bien.  Alors, revenons au confinement.  Cette période fut un long carême.  Et le pire scénario serait un re-confinement à la suite d’une deuxième vague.  Les conséquences seraient terriblement néfastes pour l’ensemble des secteurs de l’économie, de la culture et des arts, de l’activité humaine en entier.  Par conséquent, devant l’impossibilité d’assurer l’efficacité de la distanciation, avouons tout de même qu’elle n’est pas toujours évidente, le couvre-visage représente le moyen le plus simple, le moins couteux et sans doute le plus facile à contrôler.

Il est pour le moins désarçonnant de constater, qu’en général, les mesures sanitaires de base dont nous avons parlé précédemment ne sont pas comprises pour ce qu’elles sont.  En fait, elles ne sont rien d’autre et ne servent à rien d’autre que sa plus simple expression : le respect de l’autre…Alors le refus de porter un simple masque qui pourrait nous permettre de poursuivre nos activités en réduisant le danger de propagation au minimum est une honte.

  • Du grec ancien – De part la nature l’homme est un être (animal) qui vit en société.

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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