Le chemin de fer de l’Union

Pour les pères de la Confédération, le chemin de fer représentait l’outil ultime pour convaincre les populations des territoires situés entre l’Atlantique et le Pacifique de s’unir pour leur assurer richesse et prospérité.  La Loi sur les indiens (Indian Act) fut adoptée en 1876 en vertu de l’article 91(24) de la loi constitutionnelle de 1867.  Rappelons que la Loi sur les indiens est la principale loi canadienne traitant des indiens enregistrés, de leurs conseils de bande et du système de réserves.  Cette loi permet au gouvernement fédéral d’administrer le statut d’Indiens, les gouvernements locaux des Premières Nations et la gestion des terres de réserve et des fonds communautaires.  Les droits des indiens et des autres tributs autochtones du Canada ont été sanctuarisés par l’article 35 de la loi constitutionnelle de 1982.  Sanctuarisés?  Sur le plan juridique, cela signifie de rendre permanent ou intangible.  La loi a été modifiée plusieurs fois, de manière notable, en 1951 et en 1985, les modifications consistant principalement à éliminer les articles particulièrement discriminatoires.  Cette loi ne concerne que les membres des Premières Nations et non pas les Métis ou les Inuits.  Ce petit rappel juridique est nécessaire pour démontrer la situation délicate pour ne pas dire invivable dans laquelle doivent évoluer les peuples autochtones.  Pourtant, leurs revendications sont bien connues et remontent loin.  Acquisition de plus d’autonomie politique, obtenir des territoires plus grands et préserver leur identité et leur culture : voilà les principaux axes.  Plus récemment, nous avions le mouvement Idle no more. Jamais plus l’inaction! En réaction à une loi omnibus adoptée par le gouvernement Harper et qui menaçait la souveraineté des droits des peuples autochtones par la dégradation de l’environnement et la croissance des inégalités sociales et économiques, nous assistions à la naissance de ce mouvement.  En fait, si nous devions énumérer ce que nous avons fait pour eux, il serait infiniment plus simple de commencer par les bons coups parce qu’il y a en a bien peu alors que, du côté de ce que nous leur avons fait endurer, la liste est interminable.

Nous ne leur imposons rien de moins que la misère, qu’il nous suffise de rappeler les orphelinats autochtones ou l’interdiction de s’instruire dans leurs langues.  Alors que j’étais membre de la Marine Royale Canadienne, je me suis rendu tout là-haut, dans les contrées du Nord canadien, et les conditions d’existence que j’y ai constatées m’ont semblé des plus difficiles.  Absence de réseau d’eau potable, habitations en nombre insuffisant, coûts exorbitants des matières de base essentielles à la vie, etc.

Alors, les barrages établis sur les chemins de fer qui ont pour effet de ralentir le rythme de l’économie du pays ne sont pas vraiment surprenants.  L’entreprise TC Énergie, dont le projet de gazoduc Costal GazLink est de relier Dawson Creek à Kitimat en passant à travers les Rocheuses, se retrouve en plein territoire Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique.  L’entreprise prétend avoir obtenu l’accord des conseils de bande, mais, comme le rappelait le grand chef mohawk de Kanesatake Serge Simon, « l’image de la pauvreté, c’est souvent un gun sur la tempe » c’est cru mais cela dit ce que ça veut dire.  Les dirigeants de l’entreprise TC Énergie auraient avantage à comprendre de quelle façon fonctionne les structures politiques des Premières Nations.  Les conseils de bande sont des créations de la Loi des indiens et, donc, du gouvernement fédéral. Ces créations sont issues d’un passé colonial raciste et n’ont rien à voir avec les traditions des peuples autochtones dont les chefs héréditaires sont issus.  Depuis quelques jours, des discussions entre les chefs héréditaires des Wet’suwet’en et des représentants des gouvernements fédéral et provincial de la Colombie-Britannique ont lieu à Smithers. Nous apprenons qu’il semble qu’un accord ait été négocié.  Cependant, nous en ignorons le contenu puisque celui-ci doit d’abord être présenté aux membres de la nation.

Pour éviter de nouvelles confrontations, il est grandement temps de revoir de fond en comble la Loi sur les indiens en traitant avec eux, de nation à nation de façon à leur permettre de se développer en harmonie avec leur culture et leur tradition.  Évidemment, tout projet de développement en matière de ressources naturelles devra, désormais, se faire avec eux.  Ces peuples possèdent une riche culture que nous aurions intérêt à mieux connaitre et leurs langues devraient faire partie de la Loi canadienne sur les langues officielles.  Voilà peut-être une façon de se faire pardonner l’impardonnable…  En Europe, il y a des pays où le nombre de langues officielles est de l’ordre de cinq.  Au Canada, nous avons l’avantage de pouvoir en compter bien plus, mais nous nous obstinons à ne pas reconnaitre la richesse de ces peuples qui habitent le territoire depuis plus de mille ans.  L’ensemble de leurs traditions et de leurs langues devraient être enseignées à nos enfants.  Il est inconcevable que leurs langues et leur culture ne soit pas partie prenante de l’identité canadienne.

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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