L’arbre qui cache la forêt

L’histoire se répète, une fois de plus. Le scénario est le même, il n’y a que les acteurs et le décor qui changent.

Chaque fois, nous sommes les spectateurs impuissants de cette tragédie. Nous n’y sommes jamais préparés, malgré les répétitions, les récurrences.

Certains diront qu’il n’y a pas moyen de prévenir, de prévoir à l’avance ce genre d’évènements. Que tous les moyens possibles ont déjà été mis en place, pour la sécurité de tous.

À chaque fois, on parle de l’arbre qui cache la forêt.

Certains commentateurs et politiciens abordent à l’occasion cette forêt, cette problématique globale. Mais sitôt la prochaine manchette, la forêt est oubliée et on ne se rappelle plus que de l’arbre.

Il n’y aura pas de croisade ou de djihad au nom de la santé mentale. Ce n’est pas un sujet qui attise généralement les passions. Mais pourrions-nous au moins avoir autant de considération pour les maux de l’âme que pour les maux physiques?

S’il fallait attendre de 6 à 24 mois pour être traité suite à une blessure comme une fracture ou une luxation, le Québec entier se lèverait d’indignation.1

Il faut dire qu’une fracture ouverte est plus apparente qu’une âme brisée. Jusqu’à ce que la tragédie frappe. Pour chaque tueur, il y a des milliers (des millions?) d’humains qui souffrent en silence.

En tant qu’intervenant social, je n’ai pas eu à attendre bien longtemps pour voir les failles du système.

Je me rappelle encore de mon sentiment d’indignation quand j’avais compris que si un adolescent était en crise dans la maison d’hébergement dans laquelle je travaillais, automutilation et pensées suicidaires en prime, il ne fallait pas compter sur le système de santé et de services sociaux pour assurer un suivi. Après 24 heures à l’hôpital, plus ou moins, l’adolescent était généralement retourné à son point de départ, comme si rien ne s’était passé.  

Cette inaction collective face à ce fléau de société ne date pas d’hier. Mais il est facile de se voiler les yeux tant que nous ne sommes pas directement touchés.

Malgré les campagnes d’information et de sensibilisation au cours des années2, il faut admettre que la dépression et autres troubles de santé mentale restent un tabou. Ce qui n’aide pas à améliorer la situation, en général et en particulier.

Ce manque d’engagement sociétal se reflète aussi dans les approches privilégiées pour les troubles de santé mentale. Une pilule est plus facile et plus rapide à obtenir qu’un psychologue et un suivi. Les troubles de santé mentale ont pourtant de multiples causes et l’approche biomédicale ne peut se targuer d’avoir la réponse à tout3.

À quand un grand mouvement collectif et concerté pour la santé mentale ?

À quand un : « Je suis dépressif » ?

1 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1738617/temps-attente-psychologue-reseau-public-quebec-covid19

2 https://journalmetro.com/art-de-vivre/38706/une-nouvelle-campagne-de-sensibilisation-a-la-depression/

3 https://www.lesoleil.com/archives/le-modele-biomedical-est-perime-783acfc79b25c5023f243dc31e3d8853

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À propos de l'auteur : Samuel Saint-Denis-Lisée

Intervenant communautaire, citoyen politisé, père de 3 garçons. Ces 3 sphères de ma vie influenceront assurément mes publications sur le Blogue citoyen, mais pas uniquement. Je suis un amoureux des mots et l'inspiration me porte parfois dans des contrées inattendues. Vous êtes avertis!
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Intervenant communautaire, citoyen politisé, père de 3 garçons.

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1 commentaire

  1. avatar Par : Pierre Jobin

    C’est malheureusement trop vrai. La santé mentale est le parent pauvre de notre système de santé. Il y a comme une espèce de honte à parlé de sa santé mentale. Il y a aussi comme une difficulté également à reconnaître les douleurs et les méfaits liés aux problèmes de santé mentale.

    Il y a plusieurs années, un psychologue scolaire me disait ceci : «Si un jeune arrive à l’école avec une énorme ecchymose, on va l’envoyer immédiatement voir l’infirmière. Si un jeune arrive bouleversé parce que ses parents se sont disputés et en sont même arrivé au coup, on va simplement l’envoyé en classe.»

    Il y a comme une double difficulté. La première est de se rendre compte de la souffrance de ce jeune. la deuxième est d’être capable de la traiter.

    Ceci dit, et je pense qu’on en est conscient, tous les problèmes de santé mentale ne conduisent pas à la violence. Loin de là. Mais tous les problèmes de santé mentale sont une source de souffrance pour ceux et celles qui la subissent ainsi que pour l’entourage.

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