J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous

Par laquelle dois-je commencer? Impossible de choisir, parce qu’il n’y en a en fait qu’une seule : la Banque du Canada constate depuis plusieurs mois un ralentissement de l’économie. Les investissements manufacturiers sont à la baisse, le prix des métaux et du pétrole aussi; bref, tout ça est de la haute voltige économique, mais le fait demeure qu’on craint en haut lieu que ce ralentissement puisse affecter à la baisse les dépenses des ménages.

Pas tout de suite, non, pour l’instant ça va encore, mais tout d’un coup, hein, tout d’un coup ça arriverait?

Ça, c’est ma nouvelle. Pour à peu près tout le monde, moi y compris, c’est une mauvaise nouvelle. Une nouvelle qui annonce des fermetures d’entreprises, des faillites commerciales et personnelles, et d’autres désagréments sérieux.

En même temps, puisque 500 000 d’entre nous ont marché pour le climat, pour réclamer une décroissance nécessaire à la perpétuation de notre civilisation; puisque sur de nombreuses tribunes, on démontre, preuves à l’appui, que la croissance infinie est insoutenable; alors, que la Banque du Canada constate un ralentissement de la croissance[1], ça devrait être une bonne nouvelle, non? Même que si je poussais ma pensée à fond, j’arriverais presque à conclure que ce ralentissement pourrait bien être causé par une réduction volontaire de leur mode de vie par les citoyens eux-mêmes, et me réjouir que nous ayons collectivement pris en main notre destin.

Eh ben non. Parce qu’en même temps, on apprend que les Québécois ont augmenté de 33 % leur consommation de carburants entre 1990 et 2017. Qu’ils achètent majoritairement des véhicules voraces – VUS, camionnettes et camions. Qu’ils achètent de plus grosses maisons pour loger des familles plus petites. Bref, nous ne sommes pas meilleurs qu’ailleurs, et l’annonce d’un ralentissement de l’économie reste pour nous une mauvaise nouvelle.

Quel beau paradoxe

Voilà donc où nous en sommes. Collectivement, nous sommes d’accord que la croissance sans fin de la consommation est une utopie insoutenable sur une planète fonctionnant en circuit fermé. Individuellement, nous sommes réticents à renoncer à un mode de vie confortable, conquis de haute lutte par des siècles de progrès techniques et sociaux.

Je crains que notre incapacité à résoudre ce paradoxe soit une source de souffrances encore plus grandes que celles engendrées par une récession économique. Les événements extrêmes qui se multiplient sur toute la surface du globe sont astronomiquement coûteux en détresse humaine autant qu’en argent.

Et pourtant, il y a de bonnes nouvelles. Des millions de cerveaux travaillent chaque jour à trouver des solutions au paradoxe. On parle de bactéries gobeuses de pétrole, de bouteilles d’eau comestibles, de procédés de recyclage révolutionnaires, de panneaux solaires imbriqués dans les routes. Les idées se multiplient et sont encourageantes. Parce que c’est vrai que nous sommes ingénieux, particulièrement lorsque nous sommes au pied du mur.

Mais franchement, il serait temps de s’y mettre, d’utiliser notre intelligence collective pour aller au-delà de nos peurs du changement, au-delà de notre attachement à ce que nous avons construit et qui est en train de nous tuer. De montrer de quoi nous sommes capables.

Greta Thunberg a dit aux grands de ce monde réunis à Davos qu’il est temps d’agir « comme si vous aimiez vos enfants par-dessus tout ». Ça demandera un peu de décroissance, et ça risque de nous égratigner le confort au passage.

À nous d’imaginer notre bonheur autrement.


[1] Notez qu’on ne parle pas ici de décroissance, mais simplement d’une croissance moins rapide.

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...

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8 commentaires

  1. avatar Par : Isabelle Éthier

    Quelle belle façon de demeurer dans l’axe de la mobilisation et de l’espérance et d’éviter de se laisser ronger par le découragement. «Aller au-delà de nos peurs du changement, au-delà de notre attachement à ce que nous avons construit et qui est en train de nous tuer. De montrer de quoi nous sommes capables.» Beau programme pour la décennie qui commence! Bravo madame Vincent!

  2. avatar Par : André Bonsang

    Merci Éliane pour ce beau et vrai commentaire. Tout est dit, mais rien ne se fait … ou si peu, hein mon Donald ! On continue à foncer vers le mur et on est toujours dans le train, même s’il a un peu (ai peu) réduit sa vitesse, hein, mon Donald…
    Salut Élianeke
    l’ab

    • avatar Par : Éliane Vincent

      C’est pourquoi il faut en parler, taper encore sur le clou, pour que peu à peu, on en vienne à voir la déroissance comme un objectif raisonnable, et plus comme une menace. Une fois notre attitude modifiée, nous pourrons envisager les façons de faire face à notre destin.

  3. « Méfiez vous de la fin de vos rêves » avait déclaré le grand chef bourlingeur Anthony Bourdain. (1956-2018). Il devait craindre cette éventualité, car au terme d’une vie remplie, sans compromis, foisonnant d’expériences, de défis relevés sans trop d’égratignures, il s’est suicidé entouré entouré de l’historique splendeur du vignoble Kayserberg dans le Colmar. Se pourrait-il que l’envahissement « multimédiatique » que nous subissons nous soit difficile à comprendre, à cerner et représente un virage, une des formes de discontinuité dont plusieurs se sentent affligés aujourd’hui? Peut on assimiler la fin des rêves de Bourdain à ce proverbial mur dont on parle qui pourrait représenter un événement de vie catastrophique.
    « Nous nous berçons d’illusions toute notre vie, lorsqu’elles se brisent, nous nous brisons avec elles et cherchons à en attribuer la responsabilité ». Sans épouser totalement la pensée et le cheminement de Caroline David, force nous est de constater que l’aveuglement volontaire a laissé et laisse encore des écorchures qu’il nous est parfois difficile d’assimiler. Elles peuvent être ce lourd bagage à porter ou l’atlas routier, ou maritime nous indiquant les écueils à éviter.  » Non, tout n’est pas toujours la faute des autres ». Pas toujours facile à admettre.

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Merci pour cette réflexion qui nous renvoie à nous-mêmes. Entretenir l’espoir tout en restant conscient des enjeux est une tâche difficile. En ces temps de facilité et de bonheur instantané, je nous souhaite le courage de la lucidité sereine et la volonté des rêveurs invétérés.

  4. avatar Par : Pierre Jobin

    Pour ménager la planète et consommer moins de ses ressources, sans pour autant plonger des milliers de familles dans l’indigence économique, peut être vaut-il mieux viser au delà de la décroissance, une autre façon de produire et de consommer. Nous avons mis beaucoup d’accents sur une production de masse en série réduisant de façon substantielle pour ne pas dire drastique la main d’oeuvre. Et pour faire rouler cette machine sans fin à produire des profits pour les actionnaires, nous avons inventer des concepts comme l’obsolescence programmée qui est à la fois une source de gaspillage monétaire pour les consommateurs et de matières premières et d’énergie pour la planète.

    Nous avons de la difficulté à concevoir l’efficacité d’une technologie autrement qu’en gain de productivité et trop souvent sans tenir compte des externalités, c’est-à-dire des coûts cachés de nos méthode de production. Il est peut-être temps dévaluer nos modes de productions et nos technologies avec des critères plus respectueux de l’être humain et de la planète.

    C’est probablement de cette manière que nous pourrons déjouer le paradoxe entre une nécessaire décroissance dans notre consommation de matières premières et d’énergie et la prospérité pour toutes et tous.

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Ce serait en effet une avenue fort intéressante à explorer. Cela resterait un changement de paradigme immense à avaler pour notre espèce si parfaitement imprégnée du capitalisme spéculatif, un phénomène pourtant assez récent dans notre histoire. Il y a là matière à réflexion, merci de la partager avec nous!

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