Et la mort…

Après mon premier billet sur le sujet, cela fait plusieurs semaines que je me demande comment traiter de nouveau de cette pandémie. La Covid 19 occupe pratiquement tout l’espace médiatique. Encore aujourd’hui, le sujet est omniprésent dans la Presse Plus.

J’ai pensé aborder les effets négatifs de la centralisation, de la privatisation et du désinvestissement sur notre système de santé. J’ai pensé évoquer l’alourdissement de la clientèle dans nos CHSLD et le manque de ressources humaines qui ne datent pas d’hier. J’aurais pu dénoncer le sort des personnes, majoritairement des femmes, qui prennent soin du monde, que cela soient des enfants dans les services de garde ou des personnes âgées dans les CHSLD, qui sont mal rémunérées et dont le travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. Et j’aurai probablement l’occasion de le faire.

Mais en cette période particulière de notre histoire, je crois qu’il faut parler de la mort. Je pense que j’ai pris cette décision hier soir quand ma femme m’a annoncé le décès d’un ancien concitoyen de Sainte-Hélène. On annonçait ses funérailles dans la paroisse pour un moment encore indéterminé. Comme vous toutes et tous, j’ignore quand et comment nous pourrons recommencer à célébrer des funérailles, quelles soient religieuses ou non.

Cela fait plusieurs jours que je pense aux conditions particulières dans lesquelles les personnes décèdent en cette ère de pandémie. Je pense également aux deuils que doivent vivre leur famille et leurs proches.

Mon père est décédé à la maison. Je le veillais dans le salon alors qu’il était dans sa chambre. Lors du décès de ma mère, j’étais à côté d’elle dans sa chambre d’hôpital et je lui tenais la main. L’un comme l’autre ne sont pas morts seuls.

Même si nous ne déplorons qu’une seule personne morte de la Covid 19 dans notre région, il n’en demeure pas moins que les règles sanitaires exigent que bien des personnes décèdent sans la présence de leurs proches et sans même un dernier adieu. Et, comme si cette épreuve n’était pas suffisante, les familles devront attendre encore longtemps avant de pouvoir célébrer les funérailles de leur proche et compléter leur deuil. Et bien sûr, c’est sans présumer des morts que pourrait éventuellement faire une deuxième vague.

L’annonce du décès de ce concitoyen de Sainte-Hélène m’a interpellé. Je fais partie de ces quelques laïcs mandatés par l’évêque du diocèse de Sainte-Anne pour célébrer des funérailles ou animer des célébrations de la Parole en l’absence du prêtre. J’appréhende le jour où les autorités vont redonner la permission de célébrer des funérailles : le nombre de célébrations risque d’être tel que je serai sollicité plus souvent que je ne le voudrais.

Célébrer des funérailles n’est jamais une partie de plaisir. Nous ne pourrons pas faire comme si rien ne s’était passé. Plus que jamais, il va être important d’être à l’écoute de ce que les familles et les proches vont avoir vécu. Que dire à des époux, des épouses, des filles, des fils, des petits-enfants qui n’ont pas pu dire adieu à leurs proches? Il est possible que nous devions célébrer des funérailles alors que le corps est déjà en terre. Comment faire le rite du dernier adieu ?

L’accompagnement des personnes dans leurs derniers instants ainsi que le soutien des familles dans les étapes du deuil devront aussi faire partie des réflexions essentielles auxquelles il faudra se livrer à la suite de cette pandémie.

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
Cet article a été publié sous le thème Hors catégorie, Sociales et communautaires.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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1 commentaire

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    Ce refus d’accompagnement aux mourants aura peut-être été la plus inhumaine des mesures prises par le gouvernement pendant cette crise.

    Compte tenu que le mourant n’a cure des risques de contagion, et que les vivants autour de lui auraient pu être adéquantement protégés, ce maintien de l’isolement même à l’agonie est cruel et – me semble-t-il – sans fondement scientifique.

    Souhaitons que nous aurons appris de cette erreur, ne serait-ce que pour ne pas la répéter quand le virus suivant pointera le bout de son nez.

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