Deuxième chance

On aimerait tous avoir une deuxième chance. Pouvoir se la jouer à la Mario Bros. et sauter par-dessus le #$?&# de trou dans lequel on est tombé la première fois.

Certains ont poussé le concept de deuxième chance encore plus loin en se créant littéralement une deuxième vie (https://secondlife.com). Et il y a ceux qui veulent avoir tout à la fois et qui ont une double vie!

L’idée de rédemption, de réhabilitation, de pardon fait du sens pour la plupart d’entre nous, puisque personne n’est parfait (sauf peut-être Laurent Duvernay-Tardif!). Comme disait un autre barbu: que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre.

Notre capacité individuelle et collective à accorder une deuxième chance est toutefois très variable. Certains crimes sont considérés par la société comme étant impardonnables: infanticide, pédophilie, etc. D’autres sont souvent classés dans les erreurs de jeunesse, surtout lorsqu’ils sont commis par des mineurs: vol à l’étalage, voies de fait, etc.

Qu’en est-il des agressions sexuelles? Crime impardonnable ou erreur de jeunesse? La question se pose, à nouveau, avec la récente vague de dénonciations du mouvement #MoiAussi.

Une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans et près de 90% des agressions sexuelles ne sont pas déclarées à la police (http://www.rqcalacs.qc.ca/statistiques.php).

Ces chiffres sont inquiétants, révoltants et pourtant, la question des agressions sexuelles est reléguée très loin dans la liste des priorités de la société, la plupart du temps.

Si toutes les personnes qui ont été agressées sexuellement portaient plainte à la police, la situation problématique et préoccupante des agressions sexuelles nous sauterait carrément au visage.  

De multiples raisons expliquent que la majorité des victimes d’agressions sexuelles ne dénonce pas à la police. D’aussi multiples raisons expliquent que certaines des victimes aient décidé de dénoncer publiquement leur(s) agression(s) en utilisant les médias sociaux.

L’exemple de Safia Nolin et de Marie-Pier Morin peut servir de base de discussion et de compréhension, bien qu’il voile plusieurs enjeux.

Pour certaines personnes, les actes dénoncés par Safia Nolin n’étaient pas de l’ordre de l’agression sexuelle et, de ce fait, Marie-Pier Morin devrait avoir droit à une deuxième chance.

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’est une agression sexuelle? Nous convenons tous qu’un viol est une agression sexuelle, mais le viol n’est pas le seul acte qui entre dans cette catégorie. L’agression sexuelle peut inclure un ensemble de gestes et de paroles, à caractère sexuel, où la notion de consentement est centrale pour déterminer s’il y a oui ou non agression.

Pour faire un parallèle sportif, un boxeur ou un combattant de l’UFC aurait de la difficulté à dénoncer des voies de fait qui auraient été commises dans le cadre d’un combat réglementé et selon les règles établies. Toutefois, si le combattant qui a perdu attend son adversaire dans le stationnement à la fin du combat pour lui régler son compte, le contexte n’est pas le même.

En plus de la définition mal comprise de l’agression sexuelle, la notion de récidive prend également toute son importance. Le principe de donner une deuxième chance est de laisser la chance au contrevenant de réparer ses erreurs, de reprendre le droit chemin. Toutefois, si une personne commet de nombreuses agressions sexuelles, mais que celles-ci ne sont pas dénoncées, l’agresseur se voit accordé de multiples deuxièmes chances, des « vies gratuites » pour reprendre l’analogie des jeux vidéo.

Dès lors, si l’agresseur finit par être dénoncé à la police ou sur les médias sociaux, il pourrait arguer que l’agression qui lui est reprochée était une erreur de jeunesse et qu’il ne recommencera plus, même si en réalité, il a commis de nombreuses agressions sexuelles.

Je ne suis pas en train de dire que Marie-Pier Morin en était à sa première ou sa vingtième agression sexuelle. Je suis plutôt en train de dire que la notion de deuxième chance perd son sens quand on sait que près de 90% des agressions sexuelles ne sont pas déclarées à la police.

L’adolescent qui commet des dizaines de vols à l’étalage sans se faire prendre n’apprendra pas de ses erreurs et va finir par penser qu’il est légitime pour lui de voler. L’agresseur aux mains baladeuses qui est trop entreprenant et qui prend un non pour un oui, mais qui ne subit jamais de conséquences et n’est jamais dénoncé, va continuer à agir comme bon lui semble, comme si tout cela était normal.

L’affaire Marie-Pier Morin et Safia Nolin est l’arbre qui cache la forêt et rappelle la banalisation que nous faisons, comme société, des agressions sexuelles.

Il est plus que temps de dire non, collectivement, aux agressions sexuelles. Il est plus que temps d’en faire un enjeu de société, une priorité nationale.

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À propos de l'auteur : Samuel Saint-Denis-Lisée

Intervenant communautaire, citoyen politisé, père de 3 garçons. Ces 3 sphères de ma vie influenceront assurément mes publications sur le Blogue citoyen, mais pas uniquement. Je suis un amoureux des mots et l'inspiration me porte parfois dans des contrées inattendues. Vous êtes avertis!
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L'auteur(e) de cet article :

Intervenant communautaire, citoyen politisé, père de 3 garçons.

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2 commentaires

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    J’ai de fréquentes conversations à ce sujet, avec des féministes et des pas féministes, avec des jeunes femmes, avec des plus vieilles, avec des hommes aussi. Après chaque échange, je constate que cette question est d’une complexité inouïe, avec des nuances essentielles et des remises en question fondamentales.

    Votre tour d’horizon s’inscrit dans ces échanges et m’incite, si vous le voulez bien, à faire un peu de pouce sur le sujet dans mon propre billet qui paraîtra la semaine prochaine. Une conversation virtuelle de plus sur internet ne pourra qu’enrichir notre réflexion collective, et faire avancer notre évolution!

  2. avatar Par : Samuel Saint-Denis-Lisée

    Bien sûr! Il me fera plaisir de vous lire à mon tour dans cette conversation virtuelle!

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