C’était un 28 septembre…

Admise à l’hôpital de Joliette pour y recevoir des soins liés à des problèmes respiratoires, madame Echaquan a plutôt reçu une pluie d’insultes racistes et dégradantes.  C’est donc dans un contexte de discrimination et de mauvais traitements que cette mère de sept enfants s’éteignait.  Depuis ce drame, une infirmière et une préposée ont été congédiées.  La ministre des Affaires autochtones, madame Sylvie D’Amours s’est vu montrer la porte et l’ancien policier responsable des communications au SPVM, monsieur Ian Lafrernière a été appelé en renfort. Une enquête du coroner est en cours. En fait, la coroner Géhane Kamel dirige l’enquête publique sur la mort de madame Echaquan.  Par conséquent, au moment d’écrire les présentes lignes, nous sommes toujours dans l’ignorance.  La famille ignore encore les causes du décès et cela plus d’un mois après les faits.

Que retenons-nous de ce triste événement?  Le gouvernement québécois refuse toujours d’admettre l’existence d’une forme de racisme systémique au sein de nos institutions.  De son côté, le gouvernement fédéral par la voix de son ministre des Services aux Autochtones, monsieur Marc Miller semble reconnaître l’existence de ce phénomène systémique.  La gestion des relations avec les peuples autochtones au Canada est compliquée.  D’abord parce qu’il s’agit d’une juridiction fédérale.  La Loi sur les Indiens (Indian Act) qui provient d’un passé colonial et où l’existence même des peuples autochtones, de leurs croyances, de leurs modes de vie, de leurs aspirations faisaient l’objet d’un grand mépris.  Il apparaît difficile pour la majorité d’entre nous de croire que cette pensée coloniale existe encore et surtout qu’elle est au centre de toute la problématique de l’existence des peuples autochtones.  D’ailleurs à ce sujet voici ce qu’en disait Bob Joseph, fier représentant des Kwakka’wakw, en Colombie-Britannique en entrevue à la radio de CBC.

La Loi sur les Indiens façonne l’existence des Autochtones depuis 142 ans, en donnant au gouvernement fédéral beaucoup trop de pouvoirs sur leur identité, leur gouvernance et leurs sources de revenus, déplore Bob Joseph, formateur en relations avec les Autochtones. Il estime que les Premières Nations doivent être davantage maîtresses de leur destinée.

Fier représentant des Kwakwaka’wakw, en Colombie-Britannique, M. Joseph est l’auteur des livres Working Effectively with Indigenous Peoples (ce qui peut se traduire par « Travailler de manière efficace avec les Autochtones ») et 21 Things You May Not Know About the Indian Act (« 21 choses que vous ne savez peut-être pas au sujet de la Loi sur les Indiens »).

Il pense qu’il est plus que temps de transformer en profondeur la loi régissant les affaires autochtones au Canada. Elle a besoin de bien plus qu’un petit amendement, d’après lui.

La Loi sur les Indiens a été créée pour faire disparaître les cultures et rendre tout le monde identique, avec cette idéologie du melting-pot.

 Bob Joseph, en entrevue à la radio de CBC

Des tentatives de refonte de la Loi sur les Indiens depuis au moins cinquante ans ont échoué.  Chaque fois les représentants autochtones étaient absents ou très peu présents.

La Cour suprême du Canada s’est prononcée à quelques reprises sur l’interprétation des droits autochtones issus des traités signés avec la Couronne britannique et dont la majorité remontent au XVIIIe siècle.  Elle s’est prononcée, notamment sur les droits ancestraux et sur la notion de droit de subsistance convenable.

Déclaration sur le droit de pêche et la « subsistance convenable » du peuple Sipekne’katik Mi’kmaw

Le 27 octobre, 2020

Rappelons que les droits ancestraux sont le fait de pouvoir pratiquer des activités de chasse, de pêche et de trappage de façon à subvenir à leurs besoins essentiels et à ceux de leur famille.  Le problème que pose l’interprétation du concept de subsistance demeure un point litigieux.  Nous en avons des exemples éloquents dans les événements survenus à Digby, Weymouth et Saulnierville en Nouvelle-Écosse.  Des bousculades, des insultes, des bagarres, une camionnette et un entrepôt incendiés.  Cette partie de bras de fer entre les pêcheurs autochtones et les pêcheurs commerciaux (non autochtones) nous ramène encore une fois en plein visage le fondement raciste de ces affrontements.  Rappelons que les pêcheurs autochtones disposent d’un total de 350 cages et que les pêcheurs commerciaux (non autochtones) de leur côté disposent de 39 000 cages.  Dans ce contexte, l’argument de la protection de la ressource demeure pour le moins boiteux pour ne pas dire illusoire…

Plus tôt cette année, nous avons vécu le blocage des chemins de fer, toujours en lien au non-respect des traités et de l’indépendance des nations autochtones.

Pour dénouer l’impasse qui persiste dans les relations entre les nations autochtones et les différents paliers de gouvernance, il faut réunir tout le monde et s’assoir autour d’une même table et négocier de bonne foi.  Le premier geste à poser est d’abolir la Loi sur les Indiens (Indian Act) qui est sans aucun doute la source de toutes ces injustices.

Rappelons que cette loi a rendu possible les pensionnats de la honte où des enfants autochtones furent victimes de tous les abus humainement inimaginables.  Une loi fédérale qui nie dans les faits la culture, la langue, la croyance, le mode de vie et même l’existence au sens propre comme au figuré est indigne d’un pays démocratique qui place la liberté au-dessus de tout.  En vertu des Chartes des droits et libertés canadienne et québécoise, cette loi est un poison.

Il est grand temps de traiter sur un pied d’égalité avec les nations autochtones au sein de l’ensemble de nos institutions et de faire d’eux des partenaires pour être en mesure, enfin, de comprendre et de profiter de leur vision du monde.

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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