Village à vendre…

Village à vendre…

Comme plusieurs parmi vous sans doutes, j’habite dans un très joli petit village situé à mi-chemin entre le littoral et le haut-pays. Un endroit magnifique où coule une rivière qui chante pour nous rappeler parfois que la nature peut reprendre ses droits à tout moment. On a parfois utilisé l’expression «petite Suisse» pour décrire le paysage sinueux et très pittoresque que nous offre les différents panoramas de cet endroit paradisiaque. Cependant, ce village, comme tant d’autres, souffre de nombreux déficits. Tout d’abord, sur le plan financier, la dette à long terme dépasse de manière importante le niveau que l’on est en mesure d’observer chez les autres municipalités qui comptent deux milles habitants ou moins. Cette dette provient en grande partie des installations sanitaires (aqueduc et égouts). Les petites municipalités ne possèdent pas les ressources humaines ni l’expertise nécessaires pour gérer efficacement ce genre de défi. Conséquemment, elles deviennent malheureusement des proies faciles pour les grands bureaux d’ingénieurs et autres légions d’experts qui débarquent chez vous le moment venu. Les dépassements de coûts, les imprévus tant du point de vue de la nature des sols que du choix des équipements requis représentent des écueils difficiles à gérer pour de petites organisations municipales qui, souvent, ne disposent que d’une ou deux personnes à la direction générale et qui ne possèdent, en général, qu’une formation en administration. Donc, cette dette importante représentait un défi pour un nouveau Conseil. Un défi pour toute organisation confondue au demeurant. Un autre déficit de nature démocratique celui-là est également à prendre très au sérieux. Une conseillère a démissionné dans la première année de son mandat et un conseiller en a fait autant après une année et demie de son mandat. Le résultat est que, malgré deux périodes de mises en candidature, le Conseil est toujours en déficit de deux conseillers.

L’orientation affairiste

Face au défi de la dette accumulée, la majorité du Conseil s’est tournée vers une approche affairiste. Dans un premier temps, on coupe, on coupe quoi? Et bien, dans un contexte ou populisme et affairisme foisonnent, la culture est toujours un bouc émissaire de choix. Alors, les coupures tous azimuts dans la culture sous toutes les formes sont devenues une sorte de sport de défoulement : la réduction voire l’annihilation de l’achat de nouveaux livres à la bibliothèque et la désaffiliation au groupe «Fil rouge» même si nous sommes un des deux villages fondateurs. Dans ce contexte, le projet de vouloir centraliser les activités sportives et culturelles vers l’ancien chalet de ski relève d’un tour de passe-passe où illusion et fumisterie sont mises en paire. Un chalet délabré qui a été fermé pendant deux hivers consécutifs et dans lequel il faudrait investir quelques centaines de milliers de dollars pour espérer voir naître un lieu un tant soit peu accueillant et vivable. Pour créer l’illusion que ce projet est sérieux, on a déjà passé une résolution pour déménager la patinoire actuelle située sur le Parc de l’Action pour la reconstruire à proximité du chalet à l’emplacement où se trouvent des espaces de stationnement. Une patinoire avait déjà occupé ce site et on l’avait déplacée vers le site actuel en raison des eaux s’écoulant de la montagne. En vertu d’une étude réalisée conjointement par la MRC et une équipe régionale pour l’étude des parcs municipaux, l’actuel Parc de l’Action s’était vu remettre une note exceptionnelle pour la qualité de ses installations et les avantages offerts à la population. Ce parc est multi-fonctionnel et offre une très grande variété d’activités sportives estivales et hivernales. Le Conseil actuel veut l’éradiquer de la carte, couper des arbres matures (plus de 23) et lotir le lot en quatre ou cinq terrains pour la construction de résidences. De plus, l’existence du chalet des loisirs situé sur le terrain du parc est également menacé sauf que l’on ignore ce que l’on en fera, le vendre au plus offrant… Comme si cette agression à l’égard des biens publics ne suffisait pas, le Conseil se propose de vendre le bâtiment qui abrite l’actuelle bibliothèque. Des négociations ont débuté dès le début de 2018 et cela, sans mandat. Une action pour laquelle le Conseil ne s’est jamais prononcé officiellement. Le terrain sur lequel repose le bâtiment offre une vue exceptionnelle sur la rivière Ouelle et ce panorama change pratiquement chaque jour. Où relocaliser la bibliothèque? Ce n’est pas clair, tantôt à l’ancien chalet de ski, tantôt au centre municipal qui était son emplacement original, mais la bibliothèque a acquis un nombre considérable de volumes depuis, surtout considérant son imposante et très enviée collection de romans policiers. Bref, sa relocalisation est hautement discutable d’un point de vue logistique, mais surtout du point de vue de la qualité des services offerts aux citoyens. Peu importe le choix d’un nouvel emplacement, cela se fera au détriment des citoyens en général et des utilisateurs et membres de la bibliothèque en particulier.

Ce Conseil dont je suis membre minoritaire n’aura de cesse que quand il aura tout bousillé ce que les administrations précédentes ont édifié. Où deux conseillers sur quatre avec l’appui du maire puisent-ils leur motivation? Officiellement, ils vous diront qu’ils veulent redresser les finances publics en créant des occasions d’affaires. Oui, je sais, nous sommes dans le «déjà-vu»… Je terminerai en vous rappelant que cette municipalité ne compte pas beaucoup d’espaces verts aménagés pour permettre la pratique de sports différents convenant à tous les groupes d’âges qui composent notre population. Voilà pourquoi la destruction de ce parc est une infamie qu’il faut empêcher à tout prix.

Au début de mon mandat, j’ai flirté dangereusement avec l’idée du centre sportif et culturel situé au chalet de ski et qui centralisait tout en un seul lieu. Mais voilà, je n’ai pas fait le saut en politique municipale pour imposer quoi que ce soit à mes concitoyens. Et, après avoir discuté avec nombre de ces femmes et de ces hommes provenant de tous les groupes d’âge, j’en suis arrivé à l’évidence que cette idée de centraliser les activités sportives et culturelles en un seul lieu était non seulement farfelue, mais surtout qu’elle ne convenait pas aux aspirations de nos gens. En politique, croire que nous sommes les seuls à détenir la vérité pose toujours un sérieux problème, pour l’exercice de la démocratie du moins. Un de mes vieux professeurs de philosophie disait souvent : «répondre à une question c’est facile, mais y répondre de manière à la laisser ouverte, c’est autre chose». Quand on se retrouve dans le «champ» il faut trouver le courage de refaire ses devoirs. J’entends de plus en plus souvent des citoyens affirmer qu’ils ont mal à leur village. Une pétition circule sur Facebook ainsi que dans les commerces de la municipalité pour stopper ce projet insensé.

Pierre Lachaine

blogueur

Conseiller au siège no 3

Municipalité de Saint-Pacôme

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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1 commentaire

  1. avatar Par : Raymond Cadrin

    Un texte bien senti et convaincu!
    Je ne connais pas la réalité et dynamique particulière du village de Saint-Pacôme, mais cela est de de valeur de mettre ainsi de côté le volet culturel de la municipalité… et de vouloir tout centraliser dans un lieu moins significatif et moins central dans la municipalité. Cela me déçoit encore que St-Pacôme ait perdue sa station de ski qui servait sûrement pour l’ensemble du Kamouraska, mais qui aurait nécessité un investissement aussi de l’ensemble de la MRC, comme dans les Basques. Il n’est pas facile d’avoir une
    vision commune d’avenir dans une communauté….

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