Une campagne sale…

 

Plusieurs journalistes qui couvrent habituellement les campagnes électorales nous prédisaient un exercice «sale», riche en attaques personnelles où les belligérants allaient rivaliser dans le maniement des «coups bas». Pourtant, nous ne sommes pas à court de sujets ayant le potentiel de devenir une question de l’urne. L’urgence climatique et la pénurie de personnel sont des incontournables. La misère humaine engendrée par ces épisodes de météo extrême n’est plus à démontrer. Le gouvernement du Manitoba a déclaré l’état d’urgence à la suite d’une tempête de neige hâtive ayant laissé sur son passage plus de 70 cm de neige par endroits ainsi que du verglas. En plus de nombreux bris associés à la lourdeur de la neige, plus de 100 000 personnes se retrouvent sans électricité. Par ailleurs, le contexte dans lequel nous nous retrouvons suite au sommet sur les changements climatiques tenu par l’Organisation des Nations-Unis (ONU) il y a tout juste quelques semaines nous place dans une situation où l’immobilisme en matière de réduction significative des émissions de gaz à effet de serre (GES) apparaît plus injustifiable que jamais. Le discours très émotif et surtout marqué par la colère de Greta Thunberg ne nous a rien appris que nous ne savions déjà sauf peut-être que les opposants face à l’incurie de nos gouvernements sont de plus en plus jeunes. Elle nous a également rappelé que le compteur tourne et que nous nous rapprochons du point de non retour, huit années et demie selon elle, un peu plus de dix ans selon le GIEC (Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) Ces jeunes, et ils sont nombreux de par le monde, refusent l’héritage empoisonné que nous nous préparons à leur laisser. Ils nous présentent un miroir devant lequel nous devrions fondre de honte. Saviez-vous que cette jeune militante recevait chaque jour des lettres d’insultes provenant de climato-sceptiques enragés?

Mais revenons dans notre beau pays et à cette foutue campagne électorale. Les libéraux de Justin Trudeau ont sans contredit fait beaucoup plus en matière de lutte aux changements climatiques que tous les gouvernements précédents réunis. Cependant, l’urgence en la demeure était telle que ses actions s’apparentent davantage à du sparadrap qu’au remède de cheval dont nous avons besoin. Selon le FMI (Fonds Monétaire International), la taxe sur le carbone est le meilleur moyen pour atteindre les cibles fixées lors des accords de Paris en 2015. Rappelons que la taxe canadienne sur le carbone est actuellement fixée à 20 $ la tonne et que les libéraux prévoit l’augmenter de 10 $ par année pour atteindre 50 $ la tonne en 2022. Toujours selon le FMI, cette taxe devrait être de 75 $ la tonne dès maintenant et cela pour l’ensemble des pays qui ont signé la COP21 (accords de Paris 2015).

Dans notre beau pays, le Premier ministre de l’Ontario, Doug Ford a fait installer des affiches dans toutes les stations services de sa province ainsi que sur les pompes pour dire aux citoyens combien l’essence leur coûtera désormais en raison de la taxe sur le carbone. Le Premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney a travaillé dans le même sens allant même jusqu’à tenir des propos menaçants à l’égard du Québec, «si vous voulez continuer à recevoir l’argent de la péréquation et bien vous devrez accepter que le pétrole de l’Alberta passe sur votre territoire». Selon le Guide de l’auto, il s’est vendu au Québec en 2018 presque 80 000 camionnettes de type pick-up toutes marques confondues. Ces véhicules sont généralement équipés de grosses cylindrées et plus souvent qu’autrement très énergivores. Nous savons que les petits gestes liés à la protection de l’environnement sont utiles d’un point de vue pédagogique pour l’exemple qu’il donnent. Mais le recyclage, le compostage, la réutilisation des contenants en fréquentant des commerces offrant des produits en vrac, l’abandon de l’achat de contenants de plastique de tous genres et de toutes formes, tout cela est utile mais malheureusement infiniment insuffisant pour entraîner un changement profond dans la production de GES. Évidemment, nous l’avons mentionné précédemment, nous n’en sommes plus au sparadrap, il nous faut un remède costaud qui entraînera des sacrifices puisqu’il est devenu impératif de revoir notre utilisation des combustibles fossiles, de revoir notre consommation à la baisse, très à la baisse…

Est-ce que nous y croyons? Heu…Non. L’image qui nous vient à l’esprit est celle de bons citoyens qui vivent à proximité d’un volcan en éruption, oui bien sûr c’est épeurant mais il y a des années que c’est comme cela et puis nous sommes toujours là. Et puis arriva Pompéi et tout le monde se fit ensevelir sous la lave…

Les résultats qui nous seront dévoilés le soir du 21 octobre prochain risquent de ne pas être très encourageants pour ceux et celles qui croient qu’un coup de barre à 180 degrés est nécessaire pour espérer un futur moins menaçant pour nos enfants et nos petits-enfants.

Imaginer un peu, nous n’avons même pas parlé d’aide médicale à mourir dignement, d’avortement et du droit des femmes à disposer de leurs corps, de la pauvreté chez les enfants, de l’éducation et des soins de santé. Ouf et re-ouf…En terminant, un petit regard sur la pénurie de main-d’œuvre. L’immigration ciblée et des mesures fiscales incitant les gens à la retraite à faire un retour sur le marché du travail sont des avenues de solution. Pourtant, peu de propositions en ce sens n’ont été mentionnées durant les débats des chefs et ne sont pas plus présentes dans les plates-formes des partis. Au Québec, le Bloc Québécois surfe sur la vague caquiste et la Loi 21 en ayant l’air de se dire oui ce n’est pas dans l’orthodoxie souverainiste mais nous verrons bien où cela nous mènera, avons-nous quelque chose à perdre?

Je suis à bout de qualificatifs pour parler des conservateurs dans cette campagne. Ils sont égaux à eux-mêmes, disons cela comme ça… Le pire c’est que le 22 octobre au matin il faudra être encore capable de se parler en se regardant dans les yeux. Oh que non il n’y en aura pas de facile… Une petite consolation en terminant, en date du 31 mars 2019, un peu plus de 42 000 voitures électriques et hybrides roulaient sur les routes du Québec.

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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