Sois gentille et tais-toi ?

Dernièrement, j’ai critiqué l’idée de donner un rabais aux femmes lors de la journée des droits des Femmes. On m’a alors répondu que je devrais apprécier le geste au lieu de chialer et que je pouvais venir en parler avec le gentil propriétaire… J’ai donc eu envie de réfléchir sur la place réelle de la gentillesse et de l’empathie sur les médias sociaux.

J’écris aux autres ce que j’aimerais lire sur ma propre page

La règle d’or s’applique sur les médias sociaux. On peut même y ajouter : n’écris pas sur Internet ce que tu n’aimerais pas qu’on te dise en pleine face devant des dizaines de personnes.

À l’inverse, pour améliorer nos discutions en ligne, il peut être pertinent de réfléchir à comment on aimerait que quelqu’un qui ne partage pas notre opinion discute avec nous.

Je critique les actions et non les personnes

Ce ne sont bien sûr pas des concepts binaires. Il n’y a pas de gens parfaits d’un bord et de gros méchants discriminateurs de l’autre. Les gens ont des préjugés, qu’ils soient généralement gentils ou généralement méchants. Être une personne gentille ne protège pas contre l’influence des préjugés. Dans les faits, presque personne ne se définit comme méchant.

Il faut faire l’effort de reconnaître que les préjugés peuvent causer des dommages, même si on n’est pas nécessairement informés de ces situations. Il y a des conséquences plus graves que d’autres. Être critiqué, c’est plate, mais vivre constamment avec les conséquences des préjugés des autres peut être encore plus dommageable. Considérer les conséquences d’exprimer une opinion, ce n’est pas réduire la liberté d’expression, c’est simplement être conséquent.

En ciblant une action ou un geste plutôt que la personne, on évite que les gens se braquent. Il est bien plus facile de modifier un comportement (même si ça demeure difficile) qu’une identité ou une personnalité. Cette façon de penser nous redonne du pouvoir et de l’espoir de pouvoir changer.

Je prends le temps de réfléchir et de relire avant de répondre

Je sais, on vit dans un monde où tout semble devoir aller si vite… Mais, au fond, est-ce vraiment si grave si on ne donnait pas immédiatement notre opinion ?

Il peut être utile de se demander pourquoi on écrit un commentaire avant de le faire. Trouver le pourquoi aide à éliminer le superflu et à formuler plus efficacement le message.

Il faut reconnaître qu’on a la responsabilité d’essayer de s’exprimer pour être compris, même s’il est impossible d’être compris par tous tout le temps. Est-ce qu’on a bien compris ce que l’autre personne a dit ? Est-ce qu’on comprend bien ce qu’on a écrit ? Est-ce que le ton et le choix de mots sont appropriés ? Est-ce que notre contribution est vraiment pertinente à conversation ?

Se relire permet de réduire les chances d’être mal compris parce qu’on a mal structuré nos idées, mais c’est aussi l’occasion d’essayer de se mettre dans la peau de l’autre et d’éviter des éléments qui pourraient inutilement choquer et détourner la conversation.

Quand on part sur une discussion parallèle sur la définition d’un mot ou d’une tournure de phrases, on ne parle plus du sujet. Se relire aide à réduire les chances que ça se produise. Ce n’est pas infaillible, bien sûr, mais c’est un bon point de départ.

J’essaie d’être constructif et de choisir mes batailles

Un argument ne sera pas toujours accepté, mais il sera toujours mieux reçu qu’une insulte. Si la discussion porte sur les faits et les arguments plutôt que sur des attaques personnelles, il y a moins de risque de dérapage.

Il faut aussi se rappeler qu’on ne peut pas mener toutes les batailles sans s’épuiser. Il vaut parfois mieux se retirer que de s’énerver inutilement. On ne sait jamais si notre argumentaire fera réfléchir ou pas notre interlocuteur ou d’autres lecteurs, mais si on n’a plus rien à ajouter, vaut mieux quitter.

Je me rappelle que l’endroit où j’écris est aussi important que ce que j’écris

C’est comme pour les réunions au travail. Si on a des éléments d’informations, des questions pertinentes ou des pistes de solution, c’est utile de les partager avec le groupe. Si on a juste l’intention de ventiler sur la voix fatigante de l’animateur, on se garde une petite gêne et on se plaint en privé ou dans sa tête. Se défouler, ça fait du bien, mais les médias sociaux, c’est public!

Je lis en essayant de comprendre l’autre

Relire « à froid » me permet parfois de comprendre ce que l’autre a voulu dire, au-delà d’un choix de mots que je trouve parfois discutables. User d’empathie parfois de ramener la discussion sur des questions ou réflexions intéressantes au lieu de partir sur une discussion sur la forme du message.

Ne jamais accepter de se taire ou faire taire quelqu’un

Refuser d’écouter le point de vue d’une personne sous prétexte que son ton est trop agressif ou critique s’appelle le « tone policing ».

Être gentil ou poli ne signifie pas qu’on ait raison ou qu’on ne puisse pas faire des gestes ou avoir des raisonnements discutables. À l’inverse, exprimer de la colère, même maladroitement, ne rend pas l’objet de la colère moins légitime.

Bref, si la gentillesse est essentielle pour avoir des débats sains, l’incitation à rester poli et empathique ne devrait jamais servi de moyen détourné pour faire taire quelqu’un.

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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Sociales et communautaires.
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2 commentaires

  1. Bonjour, je suis la personne qui a répondu a votre commentaire en vous invitant à discuter avec le gentil propriétaire. Quelle belle surprise de tomber sur votre texte pendant mon flanage virtuel.

    Je tiens premièrement à vous féliciter pour l’écriture de ce texte, il s’agit d’une belle piste réflective. Je souhaite également vous assurer que je n’ai jamais écris un tel commentaire dans l’optique de vous faire taire. Je ne suis pas certaine si vous l’avez pris ainsi, le cas échéant désolé c’était loin d’être mon intention. Je voulais vous encourager à faire entendre votre opinion à la personne visée dans un contexte favorable à un débat sain. Connaissant le « gentil propriétaire », il n’est pas très à l’aise avec les réseaux sociaux. Il fait partie de la catégorie de gens qu’on gagne à connaître en échangeant de vive voix. Même si vos opinions peuvent s’avérer divergentes, je suis convaincu qu’il aurait adoré débattre avec vous dans le plus grand respect. Pour ma part, ce fût un plaisir de vous lire !

    • avatar Par : Geneviève Malenfant

      Non je n’ai pas été offusquée. Ça a juste été le déclencheur de cette reflexion. Je critiquais le type de commentaires, pas le type de personne qui l’a émis. J’ai moi-même déjà émis ce type de commentaires et j’aurai probablement encore le réflexe de le faire. C’était minuscule pour moi, mais certaines personnes ou groupes se font régulièrement répondre ainsi. Ce n’est pas mal intentionné, bien sûr. Je crois qu’il est important d’en être concient.e. Ce n’était pas contre vous ou le commerce.

      Cela dit, vous êtes la deuxième à me dire que mes titres sont parfois déconnectés du ton du texte. Je ne suis pas la meilleure avec les titres, je vais travailler ça.

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