Poursuivre la lutte

Que dire en ces lendemains de marche historique pour le climat sinon « merci d’avoir pris le temps, gang » et « on lâche pas » ?

Quoi qu’en disent les mauvaises langues, ç’a été un succès. 500 personnes pour Rivière-du-Loup, quelques 2000 à Rimouski, près d’un demi-million à Montréal et pleins d’autres beaux chiffres ailleurs au Québec et au Canada, dont à La Pocatière et Trois-Pistoles. Même la température était de notre bord (à ne pas confondre avec le climat !).

Évidemment, une marche, ça reste une marche. C’est un outil important de toute lutte, même si ça ne semble pas très concret. C’est une action facile et accessible qui permet à des gens qui ne militent pas activement de manifester et de se manifester. C’est une (parfois trop rare) bouffée d’encouragement pour ceux qui montent au front. C’est parfois le premier pas vers l’implication pour certaines personnes (blague assumée !). C’est un message aux dirigeants pour signifier qu’une cause a de l’importance pour une proportion importante de la population. C’est une force qui impose le sujet dans la campagne électorale pour une semaine.

Mais, bon, personne ne croit réellement que l’univers sera radicalement modifié à la suite d’une marche. Ce n’est pas faux de dire que c’est plus symbolique que concret. Mais le symbolique a son importance. On ne perdrait pas autant de temps et d’argent à organiser d’autres événements symboliques comme des campagnes électorales si ce n’était pas le cas (connaissez-vous vraiment plus les plateformes électorales des partis à la fin de la campagne ?).

Les débuts des mouvements sont toujours lents. Les transformations sociales sont toujours un drôle de mélange entre les changements de comportements de la population qui passent plus facilement inaperçus et les grandes actions symboliques, civiles et politiques. Par contre, le changement débute toujours par des citoyens ordinaires qui font des actions ordinaires. Et un jour, ce qui était toléré hier devient critiqué puis inacceptable.

Ça n’a rien de magique ou de rapide. On ne voit simplement jamais tout le travail qui a été fait par des inconnus.es dans l’ombre. C’est une chaine invisible et un peu chaotique qui se crée. D’abord, il y a ceux et celles qui osent lever leurs voix en premier. Ceux et celles-là feront face à un mur d’incompréhension et de refus d’écouter. Surtout s’ils et elles font partie des gens que la société n’avait pas l’habitude d’écouter. Mais quelques personnes entendent. Quelques-unes prennent le relai. Le message fait son chemin et rejoint différents groupes, mais ça reste marginal. Les manières de présenter le message et les tactiques commencent à varier. La présence du sujet dans l’espace public augmente. La couverture médiatique augmente. Il y a des unions et des désaccords entre la population et les groupes et entre les groupes eux-mêmes. Il y a des succès et des erreurs. On commence à nommer le phénomène, on commence aussi à le ridiculiser bien souvent. Ceux et celles qui sont contre commencent à sortir les insultes, voire les menaces dans certains cas.

Puis arrive le truc viral. Parfois c’est une action si simple et porteuse qu’une masse critique de gens décident de l’imiter. Parfois c’est l’appui par une personne connue et influente. Parfois c’est un discours frappant. Parfois c’est une combinaison. Parfois quelqu’un devient le visage d’une cause simplement parce que leur parole a parlé plus fort que leurs détracteurs.

Ce fut le cas pour Rosa Parks. Son action s’inscrivait dans un mouvement déjà existant. Le problème était qu’on avait trouvé à redire sur toutes les autres personnes qui s’était essayé avant elle. On leur reprochait leur manque de moralité (« c’est une mère célibataire » ou « il n’a même pas d’emploi stable »). Rosa Parks était irréprochable : elle travaillait, avait une belle apparence, mais pas trop, elle était sérieuse et articulée, elle n’avait pas de secret évident. Elle n’était probablement pas parfaite, mais on n’a rien trouvé pour la dénigrer et éviter de parler de son message. Elle est donc passée à l’histoire. Mais elle n’est pas objectivement plus importante que n’importe quel autre militant. e pour les droits des Noirs.es. Elle a simplement été élevée au rang de symbole. Greta relève de la même mythologie. Elle est admirable, mais elle est aussi une simple adolescente qui a voulu agir à son échelle et qui s’est retrouvée à être portée par une vague d’attention.

Aucun porte-porte n’est un mouvement à lui ou elle seul. e. Il ou elle n’est que la partie visible. Leurs discours servent à inspirer et à concrétiser le mouvement. Ils donnent un visage humain à la lutte, la personnalisent. Plusieurs militants n’ont eu besoin que des faits pour se mettre en branle, mais tous les sympathisants n’ont pas été rejoints. Certaines personnes ont besoin de sentir un attachement émotionnel à la cause ou au groupe pour l’appuyer. Tout le monde n’est pas motivé par la logique pure. La personnification joue un rôle. Si ce n’était pas le cas, on ne perdrait pas autant de temps et d’argent à lisser l’image des chefs de parti pendant une élection…

Mais il est essentiel de se rappeler que ce sont aussi des humains. Essentiel quand on formule une critique (il y a une différence entre être constructif et être insultant ou trop exigeant). Essentiel quand on essaie de reposer un peu trop de fardeaux sur leurs épaules (ils doivent être des catalyseurs, pas des sauveurs). Essentiel quand on écrit des insultes et des menaces plutôt que des arguments (parce que tirer le messager n’a jamais empêché le message de se propager et que les messagers sont humains aussi).

Néanmoins, la force de notre porte-parole actuelle est de combiner l’émotivité et la rationalité. Greta est en colère, mais le message qu’elle apporte, lui, est indépendant et objectif. Il faut être bien ignorant des principes de base en science pour douter qu’il soit essentiel d’apporter des changements majeurs. Bien sûr, les études peuvent (et vont possiblement) se tromper sur les détails précis. Mais ça change quoi que le niveau d’eau moyen monte un peu moins ou un peu plus vite que prévu si le moindre changement a des conséquences sur nos vies ? L’incertitude n’est pas sur le fait que le climat soit déréglé ou non, elle est sur le « quand », le « jusqu’à où », et le « qu’allons-nous faire ».

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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Environnement.
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