Le ruine babine

Une image forte issue de notre folklore ou d’une parlure d’antan par laquelle nous représentions l’harmonica. Classé dans la catégorie des instruments à vent, il fut aussi qualifié dans le langage populaire de «musique à bouche». C’est curieux à quel point des images du passé peuvent parfois venir jeter un clin d’œil tout en humour sur une situation très actuelle issue d’un débat embarrassant pour ne pas dire «emberlificoté» pour demeurer dans le paradigme de la parlure…

Elle fut riche en rebondissements dirons-nous à propos de cette dernière semaine. Combien «d’ingrédients» nous faut-il pour créer un pareil capharnaüm dans le paysage politique québécois? Langue française, valeurs québécoises, signes religieux, immigration, vous avez dit IMMIGRATION?! Ou!? Nicholas Sarkosy disait «l’immigration subie ou l’immigration choisie». C’est dans cette dichotomie réductrice que semble s’être empêtré le gouvernement caquiste. Malheureusement pour les démocrates tous azimuts, cette dernière semaine fut bien pire qu’elle n’y paraît de prime abord.

D’entrée de jeu, l’immigration devrait apparaître comme une planche de salut pour les êtres humains qui vivent l’impensable, l’inconcevable dans laquelle les changements climatiques, les régimes autoritaires ou les crises économiques sont venus les jeter. Ces femmes et ces hommes qui sont candidats à l’immigration ont tous un point en commun : ils veulent survivre.

Nous vivons actuellement au Québec une pénurie de main-d’œuvre qui semble ne pas avoir de précédent. Des commerces ferment faute de personnel, peu importe la direction vers laquelle nous portons notre regard, la situation est infernale. Voilà donc un problème qui se pose clairement. Nous avons du boulot à offrir. Nous avons de l’espace pour recevoir les gens. Nous avons de l’espoir à offrir à ceux et celles qui se cherchent un nouveau chez-soi et ils sont légion nous le savons.

Cette dernière semaine donc fut catastrophique sur plusieurs tableaux. D’abord nous sommes en face d’un problème qui a le mérite de comporter un lot de solutions. Ensuite, il existe déjà des avenues qui ont démontré leur efficacité. Le PEQ (programme de l’expérience québécoise) pour les travailleurs et les étudiants semble démontrer beaucoup de potentiel. Ce programme offre la possibilité de venir occuper un emploi ou de venir étudier au Québec et par la suite d’obtenir plus rapidement le statut de résident permanent. Plusieurs candidats à l’intérieur du programme sont en voie d’obtenir le statut de résident permanent, ce qui tend à démontrer son efficacité.

Le gouvernement a choisi d’y aller à fond la caisse du côté obscur pour ainsi se ruiner les babines. On a remis en question les bases du PEQ et ainsi menacé les acquis de ceux et celles qui avaient réussi à atteindre les exigences du programme. Pour les avocats spécialisés en droit de l’immigration, ce n’était rien de moins qu’un bris de contrat. De plus, ce gouvernement a imposé une nouvelle liste de postes à pourvoir en vertu des besoins soi-disant allégués du marché du travail. Une liste dans laquelle figurait un baccalauréat en sciences domestiques qui n’existe plus. Un travail non seulement brouillon mais qui ramène sur la table des questions concernant l’orientation dans la mission éducative des institutions post-secondaires et qui ont fait l’objet de nombreuses luttes dans les années soixante-dix. Est-ce le rôle de ces institutions de produire de la matière première pour les entreprises? Les sciences humaines, de toute évidence ne sont pas dans les cartons du gouvernement. Alors que la Coalition Avenir Québec était dans l’opposition, on reprochait au gouvernement libéral d’être un gouvernement de docteurs et bien nous voici avec un gouvernement de gens d’affaires et ses choix affairistes.

Les nouvelles réalités du marché du travail sont changeantes et peuvent évoluer très rapidement vers un pôle ou un autre des connaissances techniques et scientifiques. Dans ce contexte, l’établissement d’une liste des besoins est obsolète. Nous avons besoin de gens dans tous les secteurs et tous les aspects de la société québécoise, avons-nous le temps de tergiverser?

Ce gouvernement insiste beaucoup sur un soi-disant consensus de l’électorat autour de la Loi 21 et des «valeurs québécoises» dont on sait bien peu de choses. Nous savons qu’il s’agit d’un espèce d’amalgame de la question linguistique, des signes religieux et d’une certaine affirmation nationale mais serait-ce de façon plus profonde un relent de racines conservatrices? Les libéraux se sont maintenus au pouvoir très longtemps par manque d’alternative sérieuse du côté des partis de l’opposition. Il serait imprudent d’oublier la longue histoire du bipartisme dans la joute politique québécoise. La dualité bleu-rouge est peut-être revenue dans notre inconscient collectif. C’est peut-être là le génie de François Legault, celui d’avoir fait renaître en quelque sorte le bleu de l’Union nationale.

Un gouvernement fédéraliste mais néanmoins autonomiste centré sur les valeurs de la famille. Nous n’avons pas encore entendu que l’on s’attend des électeurs à ce qu’ils jugent les questions de la gouvernance en «bon père de famille» mais avouons tout de même qu’à bien des égards nous n’en sommes pas très loin.

Cette dernière semaine nous aura démontré que jouer du ruine babine populiste peut entraîner des problèmes de dissonances…

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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1 commentaire

  1. avatar Par : Raymond Cadrin

    Oui, le gouvernement de la CAQ a vraiment bafouillé dans les modifications du Programme pour les étudiants étrangers, et cela envoyait, de nouveau, un mauvais signal pour les personnes immigrantes. C’est l’image du Québec, à l’étranger qui en prend aussi un coup!
    Texte fort intéressant et que je partage.

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