Je serai pas partie pour longtemps¹

Je pars en voyage. Ceux qui me connaissent savent à quel point c’est improbable. Je suis d’un naturel v-r-a-i-m-e-n-t sédentaire. Mais là, on m’a offert sur un plateau un montant substantiel pour aller où je voulais. Comment refuser? L’occasion était bonne de voir un peu plus loin que le bout de mon nez et de découvrir mon pays. Les sédentaires ont des lacunes en expériences directes, et je ne fais pas exception à la règle!

Après quelques tergiversations, j’ai choisi les Îles-de-la-Madeleine. C’est la destination la plus exotique que j’ai pu imaginer, compte tenu de restrictions aussi farfelues que mon refus systématique de prendre un passeport ou de prendre l’avion. On fera le voyage en train et en bateau! « On », parce que la générosité de mon donateur me permet d’embarquer aussi une partie de la famille. C’est donc en famille que je découvrirai durant une petite semaine l’air salin, le ciel infini et la solitude océanique.

Me voilà donc au bord de mes valises, et la seule pensée qui me vient est : mais que vais-je donc faire dans cette galère? Mon cœur se réjouit de cette expérience nouvelle, des gens que je rencontrerai, de la beauté qui m’attend. Mais mon cerveau, lui, est tout empêtré dans ce changement majeur de ma bienheureuse routine. Il y a tant de choses à faire chez moi, et tant d’inconnu devant… Je me sens comme un bernard-l’ermite expulsé de sa coquille, comme un morceau de casse-tête dépareillé, bref, vous l’aurez compris : l’état de voyageuse ne m’est pas naturel et je serai pas partie pour longtemps.

Ça me rappelle un reportage de Jean-René Dufort présenté dans l’émission d’Infoman du 22 novembre 2018. L’animateur profitait de l’introduction au Canada d’un nouveau billet de 10 $ vertical pour faire un court exposé sur la résistance au changement. De manière concise et avec la précision qu’on lui connaît, il a mis l’accent sur le fait que notre cerveau est un organe d’habitudes. L’automatisme des tâches qu’il connaît bien le sécurise; la nouveauté le force à sortir de ces automatismes et réveille le stress; et le stress induit la résistance.

Ben voilà : ce magnifique cadeau, qui m’offre l’occasion de m’aérer les habitudes, est aussi une source d’anxiété light que je dois gérer. Ce n’est pas grand-chose, c’est même insignifiant, mais ça me donne un peu d’indulgence pour nous tous, pauvres humains, qui devons affronter des changements autrement plus sérieux et dont les conséquences pourraient être pas mal plus lourdes sur nos vies quotidiennes. Je mesure mieux notre anxiété collective devant les bouleversements qui nous pendent au bout du nez.

Le changement, c’est le bonheur

Le reportage d’Infoman se concluait par l’intervention du psychologue Pierre Faubert, qui rappelait qu’une fois que le changement est accepté, la nouveauté devient une source de plaisir, alors que le cerveau sécrète des endorphines qui apaisent le stress.

Dans mon cas, ça a l’air vrai. Plus le jour du départ approche, et plus l’appréhension se transforme en fébrilité. On verra au retour si j’ai attrapé la piqûre du voyage, mais pour l’instant, les avantages prennent le dessus sur les inconvénients et j’ai beaucoup de reconnaissance pour mon généreux donateur.

Alors si ça marche, que diriez-vous de lancer une campagne internationale pour clamer sur toutes les tribunes que le changement, c’est le bonheur?

Je compte rapporter quelques photos des Îles pour le prouver.


¹ Merci à Manon Vincent pour ce titre que j’ai subtilisé à l’une de ses plus belles chansons…

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...

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8 commentaires

  1. avatar Par : Gaétan Godbout

    Chère Éliane,
    Je ne sais pas si tu seras frappée par la piqûre du voyage mais je sais que tu vas certainement apprécier les îles. J’ai eu le plaisir d’y séjourner une semaine (il y a déjà trop longtemps) mais j’ai beaucoup apprécié les plages de sable blond et les dunes où je pouvais aller flâner à ma guise, seul avec moi-même… Car vois-tu, je suis d’un naturel solitaire mais j’apprécie toujours le dépaysement. Bref, profite bien de ton passage aux îles… Il y a tant de choses à y voir.

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Je ne serai pas seule avec moi-même, mais la gestion d’un petit bout de deux ans et demi devrait me fournir quelques sujets de méditation… tard le soir!

  2. avatar Par : Roméo Bouchard

    Les Ïles: le pays à la fois le plus loin et le plus proche de tout Québécois. La route pour y arriver est longue mais merveilleuse. La vie sur les Ïles est comme nulle part ailleurs et pourtant c’est chez nous. Il te faut quand même un moyen de déplacement, car ça se marche pas d’un bout à l’autre. Il y a des kilomètres de plage, assez pour y être seuls avec la mer et les dunes. Ce n’est pas un voyage: c’est une plongée dans un autre monde rêvé. Le monde du peuple de la mer.

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Tes mots me font déjà voyager… merci Méo! Et ne t’inquiète pas, nous aurons une auto là-bas. Faudra planter quelques arbres au retour, mais ça vaut la peine!

  3. avatar Par : Christian Paturel

    Ça alors !! L’an dernier traverser la rivière des Trois-Pistoles, maintenant s’attaquer à la quasi Haute-Mer !!! C’est bin pour dire !

    Tu salueras mon chum Peta. Parait qu’il habite voisin de la micro-brasserie. Tu devrais être en mesure de trouver ça… ;-)

    Amuses toi bien….et conseil toujours pratique parait-il : n’accepte pas de bonbon des zinconnus ;-)

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Tout le monde se connaît aux Îles, tous les bonbons doivent être bons!

  4. avatar Par : Raymond Cadrin

    Quel plaisir de voyager…de se dépayser, de découvrir de nouveaux espaces, de rencontrer au hasard de nouvelles personnes et de nouvelles cultures.
    Profites bien Éliane de ce voyage, de belles découvertes aux
    Iles…si tu peux t’arrêter aussi à l’Ile du Prince Édouard, c’est de toute beauté!
    Tu prendras sûrement un goût nouveau…

    • avatar Par : Éliane Vincent

      L’Île-du-Prince-Édouard, je l’ai faite en 1990. Nous sommes en 2019, je me demande si vais l’attraper un jour, cette belle piqûre du voyage!!!

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