Fait chaud…

 

Juillet. Dans mon temps, c’était synonyme de Pays d’en Haut, de lacs et de guimauves calcinées. Si d’aventure on alignait trois jours à 80 °F[1], notre été était fait. L’eau du lac était fraîche la plupart du temps, glacée avant le 20 juillet et frette après le 15 août. C’était l’été au Québec, la petite laine n’était jamais bien loin.

Vous me voyez venir. En 2019, nos étés ressemblent à l’introduction des épisodes de Dans une galaxie près de chez vous. L’Europe n’en finit plus de cuire et chez nous, le mot canicule est passé dans le vocabulaire courant. Pas sûre que mon grand-père connaissait ce mot-là. Ces longues journées tropicales sont nouvelles pour nous, et on peine à s’adapter.

Notre solution? Brancher l’air climatisé partout. Dans le bureau, dans la maison, dans l’auto, dans la roulotte, dans le bateau… alouette! Alouette rôtie ou cuite à l’étuvée bien sûr. On réchauffe l’extérieur pour rafraîchir l’intérieur. Que voulez-vous, il fait trop chaud, on ne s’endure plus.

C’est curieux parce qu’en même temps, on part à Cuba au mois de mai pour profiter de ces 30 degrés humides qu’on fuit ici. Escapades en avion qui ajoutent encore quelques tonnes de gaz à effet de serre dans la soupe de ce climat qui ne se ressemble plus.

Je m’arrête ici, on ne va quand même pas se gâcher l’été! Si on m’avait dit en 1970 que l’eau du lac atteindrait 25 degrés durant presque tout le mois de juillet, j’aurais sauté de joie. Aujourd’hui qu’on a réussi cet exploit à grand renfort de pick-ups et d’usines de plastique, on n’arrive même pas à s’en réjouir. Nos corps ne sont pas habitués à ça, et puis… on se demande si on n’a quand même pas un peu foiré quelque part.

On se demande aussi si l’an prochain va être encore plus chaud que cette année, sans être tout à fait certains que la réponse est une bonne nouvelle. Mais ça ne nous empêche pas d’acheter d’autres pick-ups, de faire venir nos bébelles de Chine et de manger des fraises de Californie en plein hiver. C’est difficile de changer. Alors on ferme les yeux et on branche la clim.

 Finale optimiste

À ceux qui ont les pieds dans un lac, mes salutations un peu envieuses. Pour ma part, je vais savourer cette canicule si peu québécoise jusqu’à ce que le sous-sol m’appelle, ou la douche froide.

Personne ne peut dire jusqu’à quel point nous sommes responsables de ce qui nous arrive. Mais si nos désirs de bébelles en plastique y sont pour quelque chose, je souhaite que nous retrouvions l’art de vivre sans elles.

Je nous souhaite des étés tempérés, de l’eau claire dans nos rivières, et rien d’autre à désirer que l’air qu’on respire et l’amour de nos proches.

Bonnes vacances à tous!


[1] Oui, je sais… que voulez-vous j’ai 55 ans. pour les plus jeunes, on parle de 27 °C.

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...

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2 commentaires

  1. Très beau text Eliane… Avec ces thèmes à la fois sensibles et si importants, toujours avec un fin équilibre qui me protège de la grisaille et surtout avec ton humilité et ton intelligence, tu me touche à chaque fois que je te lis… merci! Ça nous aide à garder le cap!

    Sans vraiment avoir pris un engagement formel, nous avons fait ce choix naturel de ne plus aller nul part en avion pour les vacances familiales depuis quelques années… Depuis nous sommes aller partout! Le Québec, L’Ontario, Le Vermont, Le Maine… sont vastes et remplie de beau…

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Merci pour ces beaux compliments qui ajoutent encore un peu plus de rouge à mes joues!
      Et pour les voyages, il y a en effet des choix à faire… et des compensations possibles, comme planter des arbres! À tout hasard, pour ceux que ça pourrait intéresser, une entreprise du coin peut donner un coup de main : https://www.arbre-evolution.org/

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