Dieu merci, il y a les microbrasseries.

En ce début des journées de chaleur d’un été qui a un peu tardé à montrer le bout de son nez, je veux vous parler d’un sujet capital : la bière produite par les microbrasseries. Je vous le dis d’emblée, je suis un inconditionnel des microbrasseries et de leurs produits. Alors, qu’on se le dise, je ne serai pas neutre et je ne ferai pas semblant de l’être. Mon enthousiasme et ma joie seront ostentatoires.

Depuis les années 2000 jusqu’à nos jours, les micro-brasseries ont connu un développement spectaculaire sur le territoire québécois, passant d’une trentaine d’entreprises à plus de 220 en moins de 20 ans. La bière de microbrasserie occupe environ 12% du marché et une part encore plus grande dans le secteur de la restauration et des bars. Ceci dit, je me suis laissé dire qu’au Vermont c’est environ 50% de la bière consommée qui provient de microbrasseries. Il n’est pas étonnant de constater que les grandes brasseries industrielles éprouvent une certaine inquiétude et ont commencé à acheter certaines d’entre elles comme la Brasserie Archibald à Québec ou le Trou du diable à Shawinigan.

Je suis un inconditionnel des micro-brasseries et de leurs bières pour différentes raisons.

D’abord, disons que c’est une question de goût, de qualité et de variété. Je me rappelle qu’il y a plus d’une vingtaine d’année, mon épouse avait accueilli un stagiaire britannique dans sa classe pour quelques semaines. Un soir, alors que nous étions assis à écouter la télévision, nous entendons une publicité de bière vanter le produit en affirmant qu’elle ne laisse aucun arrière-goût. Le jeune homme me regarde stupéfait et me dit : «Si leur bière ne goûte rien, pourquoi ils s’en vantent ?» Quelques années plus tard, je lisais dans un guide de bières du Québec, une petite description ironique du brassage de certaines grandes bières industrielles : c’est l’art de prendre de l’eau, d’y ajouter du malt et du houblon et de faire en sorte qu’au bout d’un savant et long processus, le breuvage finisse par goûter l’eau. Bref, l’apparition des micro-brasseries nous a permis de déguster une grande variété de bières auxquelles les grandes brasseries ne nous avaient pas habitués.

Ensuite, l’apparition des microbrasseries a donné lieu à la naissance et à la diffusion d’un savoir brassicole qui n’existait pas auparavant. La production de bière de manière industrielle est tributaire d’un savoir que peu de personnes possèdent dans une immense entreprise. Aujourd’hui, il existe sur l’ensemble du territoire québécois des centaines de brasseurs qui connaissent le métier et qui développent et perpétuent un savoir brassicole fort intéressant que le mode de production industriel a tendance à faire disparaître. Et ce savoir artisanal se développe dans un milieu ouvert à l’imagination et à la créativité en plus d’être partagé par de plus nombreuses personnes.

Enfin, et ce n’est pas la moindre des raisons, le développement des micro-brasseries contribue au développement régional. Contrairement aux grandes brasseries industrielles qui sont essentiellement établies dans les grandes villes, notamment à Montréal, les micro-brasseries sont disséminées un peu partout sur le territoire. Au Bas-Saint-Laurent, en juin 2019, il y avait neuf microbrasseries. Selon l’association des microbrasseries du Québec, 20% d’entre elles sont établies dans des municipalités québécoises de moins de 5 000 habitants. Non seulement elles créent des emplois dans le domaine de la production et du service de la bière, mais il est fort probable qu’elles contribuent à l’attraction touristique dans nos régions. Et on peut même rêver qu’on verra de plus en plus  apparaître dans nos régions des malteries capables de transformer l’orge produite localement et, pourquoi pas, une production d’une grande variété de houblon.

Je me plais parfois à voir dans le développement des microbrasseries comme un exemple de ce que pourrait devenir un développement régional plus ancré dans un savoir artisanal et populaire et utilisant les ressources produites et transformées localement.

Sur ce, je m’en vais boire une pinte à votre santé.

Données sur les microbrasseries : https://ambq.ca/mod/file/ContentDoc/060ad92489947d410d897474079c1477.pdf

 

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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1 commentaire

  1. avatar Par : PIERRE LACHAINE

    Mon père fut travailleur chez Molson de 1951 à 1989, eh oui tout un bail mais tout au long de sa vie il a été toujours été très clair dans son esprit que le contenant valait plus que le contenu et tous ses collègues étaient du même avis… Très bon article Pierre j’en ai l’eau à la bouche!

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