Ah les jeunes

J’entends souvent des personnes dire qu’il est difficile de mobiliser les jeunes sur les enjeux politiques, notamment les enjeux qui nous ont interpellés il y a quelques décennies. Mais qu’en est-il au juste ?

Le vendredi 15 mars dernier, j’ai répondu à l’invitation des étudiantes et des étudiants du Cégep de La Pocatière et participé à une marche pour la planète et contre les changements climatiques. En fait, on pourrait dire à une marche de protestation contre l’inertie de nos dirigeants.

Durant la marche, un copain me rappelait que ses premières manifestations lorsqu’il était jeune, c’était pour la protection de notre langue française. En effet, le 31 octobre 1969, environ 50 000 personnes étaient venues manifester devant l’assemblée nationale du Québec pour protester contre l’adoption éventuel du « bill 63″ concocté par le gouvernement de l’Union nationale dirigé par Jean-Jacques Bertrand. Ce projet de loi se voulait une réponse à la crise de Saint-Léonard. Du point de vue francophone, ce projet de loi était tout à fait inacceptable puisqu’il laissait l’entière liberté aux parents dans le choix de la langue d’enseignement de leurs enfants. Or, les immigrants, notamment les Québécois d’origine italienne comme à Saint-Léonard, choisissaient l’anglais. En effet, pour la très grande majorité des immigrants la langue anglaise apparaissait comme la langue de la réussite. À l’époque, on pouvait comprendre ce raisonnement.

On connait la suite : la loi 101 a fait en sorte que presque tous les enfants d’immigrants fréquentent des écoles de langue française. De telle sorte qu’aujourd’hui, ces enfants connaissent la langue de Molière.

Il faut bien l’admettre : la loi 101 n’a pas réglé tous nos problèmes et assuré définitivement l’avenir du français au Québec. Mais elle a quand même réussi à atteindre plusieurs de ses objectifs, notamment la francisation des enfants d’immigrants.

Force nous est de constater que nous sommes rendus ailleurs. La jeunesse d’aujourd’hui a d’autres priorités.

J’étais présent le 22 avril 2012 lors de la manifestation pour le Jour de la terre qui a attiré plus de 200 000 personnes à Montréal. Le vendredi 15 mars dernier, plusieurs dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants ont manifesté dans les rues de Montréal et probablement quelques autres milliers à travers le Québec. Cette mobilisation est inspirée par les grèves de Greta Thunberg qui a décidé qu’elle n’irait pas à l’école les vendredis pour demander à son gouvernement des changements radicaux face à l’urgence climatique.

Lorsque l’on se plaint que les jeunes ne se mobilisent pas, c’est peut-être qu’on vit dans le passé. Des combats comme celui de la langue ont perdu de leur urgence. Non pas que certaines menaces ne pèsent pas sur notre langue et que l’anglais n’exerce pas une présence hégémonique partout dans le monde, mais on peut les comprendre. Pour eux, l’urgence est ailleurs. Il s’agit de sauver la planète. Il s’agit de donner un avenir à l’humanité.

Et pour citer une représentante de cette jeunesse, Léa Ilardo : «Nous, les jeunes, devrons porter le fardeau des impacts des changements climatiques, donc on ressent pleinement l’urgence d’agir. On comprend que le paradigme actuel n’est plus viable. Il est incapable d’apporter des solutions à la crise climatique, parce que la vision à court terme domine le discours politique. Les propositions ne sont donc pas à la hauteur de la crise »

https://www.ledevoir.com/societe/environnement/549989/les-etudiants-de-partout-manifestent-pour-le-climat

Bref, je crois qu’il est faux de dire que les jeunes sont difficilement mobilisables. C’est peut-être à nous de nous laisser interpeller par ce qui leur tient à cœur

 

 

 

avatar

À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
Cet article a été publié sous le thème Hors catégorie.
Ajouter le permalien à mes signets.
avatar

L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

Autres articles par le(la) même auteur(e)

1 commentaire

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    Merci de me rappeller que les jeunes sont aussi libres d’esprit et têtus aujourd’hui que nous l’étions hier. Ils vont trouver leur voie, et nous n’aurons pas un mot à dire parce que, comme Khalil Gibran l’a si bien écrit, «ils ont leurs propres pensées [et] ils habitent la maison de demain».

    Heureusement pour nous d’ailleurs, parce que ce que nous laissons derrière n’est pas jojo…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>