Le point de rupture – le partage… Croyez-vous encore au père Noël?

Le point de rupture – le partage… Croyez-vous encore au père Noël?

Le 25 décembre dernier, au large de Calais, une douzaine de personnes montées à bord d’un canot pneumatique équipé d’un moteur hors-bord ont été interceptées par la Marine nationale française. Leur intention était de traverser la Manche en navigant de Calais jusqu’à la rive de Douvres en Angleterre soit un trajet de 33 km. Une traversée des plus dangereuses voire suicidaire considérant l’importance du trafic maritime, la force des courants et surtout le fait qu’une telle embarcation ne soit pas conçue pour cela et de surcroît surchargée, le nombre de passagers dépassant le triple de la capacité nominale recommandée par le fabricant. Les autorités françaises et britanniques rapportent que le nombre de tentatives de traversée connaît une augmentation exponentielle depuis quelques mois. Les migrants sont majoritairement d’origine iranienne. Bien que cette situation soit déplorable, elle n’est en rien comparable à celle qui prévaut en Méditerranée où plus 2 260 migrants sont morts en 2018. Depuis 2014, nous parlons de plus 10 000 femmes, hommes et enfants morts en essayant de trouver un monde meilleur. Les tentatives de migration par la mer se sont multipliées dans la mesure où les frontières terrestres sont devenues plus étanches.

Plus près de chez nous, nous vous entretenions récemment de cette colonne de migrants venus d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud qui se sont retrouvés massés à proximité de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Bien que les chiffres fournis par les autorités mexicaines et états-uniennes différaient des évaluations des groupes humanitaires, le chiffre de 7 000 femmes, hommes et enfants semble un juste reflet de la réalité. Quelques centaines sont parvenues à fouler le sol des États-Unis mais à quel prix? Les hommes séparés de leurs femmes et souvent les femmes séparées de leurs enfants. Les médias ont rapporté le décès d’une fillette morte de soif et d’un petit garçon mort d’une infection pulmonaire passée sous le radar diagnostique. Ces enfants ne jouissaient pas de toute évidence des mêmes droits que vous et moi. Ils n’étaient pas de la même classe d’êtres humains? Ils ne méritaient pas de vivre?

Depuis déjà plusieurs décennies, les questions liées au flux migratoire d’êtres humains à la recherche de meilleures conditions de vie posent aux sociétés occidentales, dont nous sommes, un sérieux problème d’éthique. Nous refusons l’asile à des gens qui n’ont rien mais qui sont prêts à souder leur âme à toute communauté qui les accueillera. Le vieillissement de la population n’est pas une particularité québécoise, la majorité des pays occidentaux font face à ce défi. L’accueil devrait être au centre de nos préoccupations. Et pourtant, combien avons-nous de femmes et d’hommes qui vivent parmi nous et qui ne peuvent pratiquer leur métier ou leur profession pour des raisons obscures trop souvent liées à des corporatismes hautement discutables. Et pour les personnes qui veulent nous joindre oh combien leur faut-il de patience devant les délais administratifs, les formulaires et les procédures sans fin.

En fait, la question des migrants pose le problème du partage. Le refus de les accueillir trouve une grande part de justification dans le partage de la richesse. L’accueil représente un défi logistique pour l’organisation des services sociaux : le logement, l’éducation, l’emploi mais c’est précisément dans ce qui semble être l’écueil que se trouve la solution. L’intégration de ces gens nous permettrait non seulement de nous enrichir en terme de culture au sens large mais peut-être de trouver une piste pour désamorcer la pénurie de main-d’œuvre qui sévit actuellement dans bon nombre de sociétés occidentales. L’ouverture est infiniment préférable à la fermeture. Il peut apparaître réconfortant pour certains d’adopter un comportement qui nous ramène au Moyen Âge. Ériger des murs pour se protéger contre l’inconnu, contre les épidémies, contre les crève-la-faim.

Plus que jamais le partage des richesses est à l’ordre du jour. Les gilets jaunes en France réclament plus de justice en matière de fiscalité et de distribution de la richesse. En raison des changements climatiques, les conditions de vie deviennent insupportables pour des millions d’êtres humains sur la planète. À l’occasion de la COP21 en Pologne des représentants africains sont venus nous décrire les changements climatiques et surtout ce qu’ils ont entraîné dans leur quotidien, des saisons disparues, des signes de la nature très perceptibles il n’y pas si longtemps n’existent plus. Les conditions d’existence de plusieurs espèces animales sont menacées et cela entraîne la disparition du garde-manger pour plusieurs êtres humains.

Le nombre de pays qui jouissent d’un gouvernement démocratique n’est pas à la hausse en ce moment. Madame Merkel a payé chèrement son appui à la cause des migrants en Allemagne. L’avènement de bon nombre de politiciens d’extrême droite au pouvoir n’annonce rien de bon pour la suite puisque les migrants y sont vus comme l’ennemi à abattre. La multiplication d’épisodes météorologiques extrêmes, la présence importante et grandissante de gouvernements qui ont plus en commun avec la dictature qu’avec la démocratie, le fait que les grandes fortunes un peu partout dans le monde tentent par tous les moyens de se mettre à l’abri du partage laissent entrevoir un futur déprimant pour ne pas dire apocalyptique pour une majorité d’humains. Un petit rappel pour les sceptiques «18 janv. 2016 - C’est désormais une réalité : 1% de la population mondiale est plus riche que les 99%restants, révèle un rapport accablant de l’Oxfam. »

Pardonnez-moi ce saut dans le pessimisme en ce début d’année mais franchement il faut parfois se «mettre les yeux en face des trous»! Humains de bonne volonté de tous les pays unissez-vous!

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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2 commentaires

  1. Étant moi-même prompte à taxer d’égoïsme et de racisme ma propre société pour sa façon de réagir face à l’immigration, j’ai été ravie d’entendre Infoman me remettre les yeux en face des trous avec une courte capsule consacrée au nouveau billet de 10$ vertical : https://ici.radio-canada.ca/infoman/emission/2018/11/23/un-10-vertical/

    En gros, on y explique la résistance au changement par le bagage héréditaire de notre espèce, pour qui la stabilité est gage de survie. Il s’ensuit que tout ce qui bouleverse nos habitudes provoque une réaction d’inquiétude et un sentiment de menace. C’est la chimie du cerveau qui est ainsi faite : l’immigrant est l’équivalent d’un mammouth menaçant ma tribu.

    J’aimerais qu’on diffuse ce segment d’information en boucle, sur toutes les tribunes. Parce qu’une fois qu’on a compris l’archaïsme de ce mécanisme, on peut travailler consciemment à le modifier. Il serait temps q’on s’y mette!

  2. avatar Par : Pierre Jobin

    Tu as bien raison de souligner que nous sommes en très grande partie responsable de ces flux migratoires de réfugiés par nos politiques économiques. Le peu de souci que nous faisons de la démocratie et du respect des droits fondamentaux de la personne humaine ainsi que notre forte contribution aux changements climatiques sont deux des raisons majeurs du fait que ces personnes cherchent à fuir leur pays. Et cela sans compter nos interventions militaires qui ont eu pour effet de déstabiliser ces régions.

    Accueillir ses gens et faire preuve d’humanité serait la moindre de chose pour réparer nos dégâts.

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