Y en aura d’autres, plus jeunes, plus fous

Soixante-quatorze sièges

Une semaine après que la catalogne bleu clair ait recouvert le Québec, je me sens toujours un peu sonnée. J’ai reçu la flaque caquiste directement sur le plancher de mes illusions tenaces. Imaginez : mes amis avaient beau rire de moi, je restais persuadée que les Québécois formaient un peuple ouvert, accueillant, à la pensée environnementale plutôt bien développée, généreux avec les démunis…

Et puis voilà : au terme d’une élection qui ressemblait plus à une visite à l’épicerie qu’à un exercice citoyen, ce peuple sur lequel je projetais mes illusions a élu – que dis-je, il a couronné – un parti qui propose d’expulser de son territoire les migrants qui n’apprennent pas le français assez vite à son goût, au risque de précipiter le déclin économique des régions; un parti qui projette de construire des kilomètres d’autoroutes et de ponts et qui se dit favorable à la réouverture de l’exploration gazière à Anticosti; un parti dont le chef s’oppose à l’augmentation du salaire minimum.

Conclusion? Nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les autres peuples. Les colporteurs de promesses à courte vue nous séduisent toujours, pour peu que ces promesses montrent un vernis de « changement ».

–  Comment, Madame? Vous haïssez ça rester prise dans le trafic tous les jours que le Bon Dieu amène? Je vous promets une autoroute qui partira de votre entrée et mènera directement dans le stationnement de votre employeur. Non, ne tenez aucun compte des experts qui essaient de vous prouver que votre nouvelle autoroute sera de nouveau engorgée dans quelques mois… Merci de voter pour moi!

–  Monsieur, vous travaillez 40 heures par semaines et vous vivez quand même sous le seuil de la pauvreté? Je vous promets des jobs payantes un jour ou l’autre. Merci de voter pour moi demain!

Il reste les jeunes

Cette marée de gros bon sens est décourageante, mais je vois une lueur d’espoir. Les jeunes ont trouvé dans Québec solidaire un canal de mobilisation et ils l’ont investi avec enthousiasme. Ils voient large, ils n’ont pas peur, ils sont pleins d’énergie, ils sont l’avenir et ils sont déterminés.

Réussiront-ils à faire virer notre Titanic juste à temps pour éviter l’iceberg? Qui sait… Rappelons-nous tout ce qu’il y avait à faire en 1960 pour amener le Québec à la modernité. Rappelons-nous comment un parti de jeunes blancs-becs, élu en 1976, a réalisé en quelques années des changements profonds dans notre société.

Les chantiers qui nous attendent ne sont pas moins intimidants, mais si j’en crois leur programme électoral, les colporteurs que nous avons élus n’en seront pas les bâtisseurs. Ils sont vieux dans leurs idées, vieux dans leurs méthodes. Ils n’ont pas la vision large qu’il faut pour être à la hauteur de ce genre de défis.

Alors je me tasse, je passe le flambeau aux jeunes. Ils sont la flèche lancée par la vie dont parle Khalil Gibran. Je leur fais confiance pour changer le monde… nous, les adultes, on n’y arrive pas.

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...

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3 commentaires

  1. avatar Par : Michel Hudon

    Tu penses vraiment les Québécois écologistes ? Oui, mais uniquement si ça ne touche pas leur portefeuille. Regardes les belles initiatives écolos de ces dernières années : Combat contre Énergie Est, contre le pétrole à Anticosti, contre Kinder Morgan, contre le transport de pétrole par chemin de fer, mais jamais contre la consommation à outrance de pétrole et d’autres types d’énergie, et surtout jamais en faveur des hausses de taxes sur le pétrole et l’électricité.
    Autrement dit, rien d’autre que du Pas-dans-ma-cour ! Cachez ce pétrole que je ne saurais voir, mais j’en veux du pas cher près de chez moi.
    Parlant de « colporteurs de promesses à courte vue », Trudeau a empli plus d’un Québécois avec ses promesses vides et il fait quoi de mieux ? Legault, au moins, est honnête. On sait quelles politiques on aura à combattre et s’y préparer.
    Tu mets tes espoirs dans les jeunes. Ils sont en majorité blasés, fédéralistes et libéraux. Et je ne crois pas qu’ils soient écolos autrement que de façade.

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Je ne suis pas aussi désabusée que toi. Les jeunes que je vois ont des idées, de l’initiative et du sens pratique. Je ne les sens pas engagés envers une idéologie politique, mais plutôt envers des objectifs concrets. L’avenir me dira si je me berce encore d’illusions…

  2. Je crois beaucoup à la profondeur de Mme Hivon, mais mon parti depuis 50 ans, pour lequel j’ai encore travaillé à cette élection, a plutôt démontré une nouvelle fois son incapacité à donner le goût du Québec. À cet effet, le BQ de Qc a visé juste, le 27 septembre, en qualifiant les deux futurs élus de QS dans Qc de décomplexés et rafraîchissants. Parce qu’ils n’ont pas peur d’oser leurs idées. Au PQ, on a peur de froisser. Cette retenue semble dater de la décision de René Lévesque de faire un gouvernement provincial dès le lendemain de la victoire de novembre 1976, de sorte que le péquiste a fini par oublier comment parler d’indépendance. Vivant la même situation, heurtés par l’éventualité de promouvoir l’indépendance, les sept députés démissionnaires du Bloc n’ont pas eu d’autre choix que de faire scission. La direction et la plupart des députés du PQ souffrent du même manque d’audace. Je ne crois pas que ça va changer. Et me reste en mémoire les échanges lors du congrès national d’ON en janvier 2016 qui me rappelaient ceux d’avant la naissance du PQ : décomplexés et rafraîchissants. Le PQ, timoré, n’est plus là.

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