Taxer la viande ?

Dès le début de l’année, nous avons été témoins dans la Presse d’un débat qui opposait Sylvain Charlebois, doyen de la faculté de management et professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université de Dalhousie, à Florence Lavoie-Deraspe, fiscaliste, et François Delorme, économiste.

Le débat tournait autour d’une proposition du groupe « Farm Animal Investement Risk & Return » (FAIRR) qui mentionnait dans un rapport qu’une taxe sur la viande devenait inévitable tout comme on impose une taxe sur l’alcool ou le tabac comme outil de dissuasion.

Même Alain Dubuc dans sa chronique a fini par s’en mêler en soupçonnant les deux pro-taxes d’être des végétaliens : http://plus.lapresse.ca/screens/59406651-bb57-45f2-ac56-7700adec7a53%7C_0.html?utm_medium=Ulink&utm_campaign=Internal+Share&utm_content=Screen.

Tout comme le mentionnait Sylvain Charlebois, l’idée de taxer la nourriture a quelque chose de révoltant. Si on peut fort bien se passer d’alcool et surtout de tabac, on ne peut pas en dire autant de la nourriture. De plus, une taxe sur la nourriture risque fort d’affecter en tout premier lieu les familles à faible revenu.

Pourtant, comme le soulignaient Florence Lavoie-Deraspe et François Delorme, Sylvain Charlebois énonçait très bien les motifs qui pourraient justifier que l’on cherche à diminuer notre consommation de viande.

Le premier motif concerne la santé. Une trop grande consommation de viande, particulièrement de charcuterie et de viande rouge, est nocive pour la santé. La surconsommation de viande est notamment associée à un risque plus élevé de cancer.

Le deuxième motif, et ce n’est pas le moindre, notre surconsommation de viande menace sérieusement la planète. Pour nourrir le bétail, de vastes étendues de terre arable sont monopolisées afin de cultiver les céréales nécessaires à l’entretien de cette industrie. Ce besoin en pâturage conduit parfois des pays à faire de la déforestation excessive. Et cela sans compter les quantités faramineuses d’eau exigées par ces élevages ainsi que la production des gaz à effet de serre comme le méthane.

Enfin, le dernier motif, de nature éthique, concerne les conditions d’élevage des animaux. Nous sommes loin de l’époque où nous pouvions considérer à l’instar du philosophe René Descartes les animaux comme de simples machines. Sans prétendre que les animaux sont pourvus d’une conscience, il ne fait plus aucun doute qu’ils sont pourvus de sensibilité. Le moins que l’on puisse dire est que l’élevage industriel est fort peu attentif au bien-être des animaux.

Bref, ce ne sont pas les motifs sérieux en faveur d’une réduction très substantielle de notre consommation de viande qui manquent. Comme le soulignait un article du Devoir : « La production mondiale a déjà été multipliée par quatre depuis 50 ans, passant de 75 millions de tonnes à plus de 300 millions de tonnes. Résultat : un citoyen issu d’un pays industrialisé consomme aujourd’hui 76 kilogrammes de viande par année (167 livres), contre 43 kilogrammes en moyenne dans le monde. » https://www.ledevoir.com/societe/environnement/447718/consommation-de-viande

Donc taxer ou ne pas taxer ?

Il faudrait au moins être conscient de cet énorme problème et appliquer certaines solutions. Par exemple :

-          Réduire les portions de viande : une portion de viande, c’est 75 grammes. Beaucoup moins que ce qu’on consomme habituellement. On en profite pour augmenter notre portion de légumes et on complète avec une céréale (pain de blé entier, riz brun, etc.) ;

-          Réduire sa consommation de viande rouge, particulièrement le bœuf, et remplacer par de la viande blanche ou du poisson, encore que la surpêche et la pisciculture comportent aussi des inconvénients ;

-          Consommer de la viande produite localement, de façon soucieuse du bien-être des animaux et de manière biologique ;

-          Cuisiner des plats végétariens. Les légumineuses, les graines, les noix, le tofu, etc. sont d’excellentes alternatives à la viande. Soulignons le mouvement Lundi sans viande : https://www.lundisansviande.net/a_propos/.

Si l’idée de taxer la viande a quelque chose d’inconfortable en ce qu’elle risquerait d’imposer une contrainte financière aux familles à faible revenu, il faut également convenir que les changements d’habitudes alimentaires ci-haut mentionnées pourraient avoir un impact positif non seulement sur la santé, mais également sur les finances de ces mêmes familles. Car disons-le : une portion de légumineuses, même biologiques, a un coût très inférieur à celui de la viande. D’ailleurs, il y a de plus en plus de restaurants qui servent des plats végétariens ou végétaliens et une véritable gastronomie se développe autour d’une cuisine sans viande. Se passer de viande n’est pas synonyme de disette ou de sacrifice.

Notre consommation de viande en plus de menacer notre santé menace l’avenir de notre planète. Si nous ne trouvons pas à court et à moyen terme des moyens efficaces pour réduire la consommation planétaire de viande, il est fort possible que le groupe « Farm Animal Investement Risk & Return » ait raison et qu’une taxe sur la viande devienne inévitable afin de réduire sa consommation.

Référence au débat dans la Presse :

Sylvain Charlebois :  http://plus.lapresse.ca/screens/81de32b1-7b66-40d2-95c7-322f0f25a5b4%7C_0.html?utm_medium=Email&utm_campaign=Internal+Share&utm_content=Screen

Florence Lavoie-Deraspe et François Delorme : http://plus.lapresse.ca/screens/ee5e8a5e-22d8-4d60-8fb1-9cfa96e6106c%7C_0.html?utm_medium=Twitter&utm_campaign=Internal+Share&utm_content=Screen

Autres références :

http://plus.lapresse.ca/screens/f8338ef3-13b8-4979-bc9b-5ccab61ea8f5__7C__IZ7Krmz3zc39.html

https://www.ledevoir.com/societe/environnement/447718/consommation-de-viande

https://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/ArticleComplementaire.aspx?doc=cancer_viande_rouge_et_transformee_do

https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/aliments-nutrition/guide-alimentaire-canadien/comment-choisir-vos-aliments/viandes-substituts/quoi-correspond-portion-guide-alimentaire-viande-substituts.html

 

 

 

 

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
Cet article a été publié sous le thème Environnement, Politique, Santé et mieux-être.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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2 commentaires

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    Merci pour ce tour d’horizon bien documenté d’un sujet complexe. Si les chiffres énoncés dans vos sources sont exacts, la consommation de viande au Québec a plutôt tendance à diminuer, et le nouveau Guide alimentaire canadien à paraître favorisera cette tendance en insistant sur les sources alternatives de protéines.

    Mais taxer la viande? Les riches s’en soucieront fort peu et les pauvres se tourneront vers des aliments pauvres en valeur nutritive, qui eux resteront fort abordables.

    Je préférerais de loin qu’on mette enfin en application le rapport Pronovost, en soutenant activement la production locale, diversifiée, à petite échelle, biologique de préférence et distribuée dans un rayon court. Ainsi, l’environnement y gagnerait sur tous les plans : des animaux moins stressés, des parcs à bestiaux plus petits, donc moins dévastateurs, moins d’intrants dans l’écosystème et de la viande plus saine pour les consommateurs.

    • avatar Par : Pierre Jobin

      Je suis également d’avis que l’éducation et la sensibilisation sont des moyens préférables à la coercition et à la taxation. Il est également vrai que notre consommation de viande au Québec après avoir connu une très forte augmentation au cours des décennies connaît actuellement une baisse. Ce qui n’est pas nécessairement le cas au niveau mondial.

      En dernier recours, peut-être faudrait-il avoir recours à une taxe sélective sur la viande rouge et les charcuteries qui sont les plus nocives pour la santé. Mais nous ne sommes pas rendu là. Il y a encore beaucoup de travail de sensibilisation et d’éducation à faire. Les cuisines végétarienne et végétalienne sont encore fort méconnues de la population en générale.

      Dans un autre ordre d’idée, mon fils qui fait un doctorat à l’université de Washington à Seattle, université réputée dans le domaine de la pêche, me faisait remarquer que la pêche quand elle est exercée correctement demeure une des sources de protéines les moins dommageables pour l’environnement. D’où l’importance de protéger à la fois les océans et nos cours d’eau.

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