Le pacte pour la transition

Le mercredi 7 novembre dernier,  des centaines d’artistes et de personnalités publiques se sont mobilisées pour présenter aux médias une nouvelle initiative citoyenne nommée Le pacte pour la transition.

Vous avez peut-être été comme moi témoin, sur les réseaux sociaux, de virulentes critiques à l’égard de certaines de ces personnalités qui nous invitent à s’engager dans la lutte aux changements climatiques. Vous avez peut-être lu les critiques acerbes de plusieurs chroniqueurs du Journal de Montréal à l’encontre des artistes et de Dominic Champagne. Bien sûr, il est tentant de critiquer la crédibilité d’un Guy Laliberté en matière d’environnement. Mais à l’autre bout du spectre, parmi les signataires, on retrouve des personnes engagées depuis fort longtemps pour la cause environnementale tels Dominic Champagne, Hubert Reeves, Laure Waridel, Roy Dupuis ou Jean Lemire.

Et entre ces deux extrêmes, un Louis Morisset qui avouait bien humblement être le type même des banlieusards qui utilisent abondamment son automobile pour se déplacer, mais qui s’engageait tout de même à réfléchir sur son mode de vie et à essayer de changer ses comportements en faveur de l’environnement. Bref, il disait faire partie du problème, mais vouloir également prendre part à la solution.

À moins d’être un climatosceptique borné et aveugle, la preuve n’est plus à faire. Il y a un an, plus de 15 000 scientifiques lançaient un cri d’alarme. En septembre dernier, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, appelait à l’action en soulignant qu’il ne nous resterait plus que deux ans pour agir.

Ce pacte est une invitation à une prise de conscience de l’urgence d’agir et de s’engager à changer certains de nos comportements. En signant ce pacte, je me suis engagé à essayer de réduire mon empreinte écologique. Il y a belle lurette que j’ai dépassé le stade des lundis sans viande. Sans être végétarien, j’essaie de manger de la viande le moins souvent possible. Et quand je mange de la viande, je réduis mes portions et je privilégie le poulet ou le porc. Alors que puis-je faire de plus du côté de l’alimentation à moins de décider de devenir strictement végétarien ? Essayer de me procurer de la viande de producteurs locaux ? Organiser des ateliers sur la cuisine végétarienne ?

Un des pires secteurs pour la production des gaz à effet de serre est celui du transport. L’automobile individuelle est une catastrophe écologique. Et pourtant, il est difficile de s’en passer quand on demeure dans des régions où le transport collectif est pratiquement inexistant. Que faire comme individu dans notre région ? Du covoiturage ? Réduire sa vitesse sur les autoroutes ? Acheter une voiture électrique ?

Bref, ce pacte est une invitation à aller plus loin afin d’avoir un mode de vie compatible avec l’avenir de la planète.

Mais comme plusieurs l’ont souligné, l’action individuelle a ses limites et elle ne suffira pas à elle seule à sauver la planète. Tout d’abord, les actions à entreprendre dépassent souvent la capacité des personnes, particulièrement de ceux et celles dont les moyens financiers sont limités. Investir dans l’efficacité énergétique de son logement demande, d’une part, que l’on soit propriétaire et d’autre part, qu’on ait les moyens financiers. Les programmes Réno-Vert et Réno-Climat ont beau donner un bon coup de pouce, ils ne font pas de miracle pour bien des gens. Se procurer des légumes et des fruits biologiques cultivés localement supposent qu’on est prêt et capable d’investir un peu plus pour son panier d’épicerie. Ainsi la protection de l’environnement peut souvent apparaître comme une lubie de gens aisés. D’ailleurs, ce ne sont pas les pauvres qui se promènent en VUS en plein cœur des villes. Les pauvres, plus souvent qu’autrement, utilisent déjà le transport en commun.

Ensuite, bien des problématiques demandent des interventions gouvernementales : le transport en commun, le transport des marchandises, les programmes d’efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables, la protection du territoire agricole, de l’eau et de la biodiversité, etc.

C’est pourquoi le Pacte pour la transition vise également à faire pression sur l’actuel gouvernement du Québec et sur celui du Canada. Admettons qu’au niveau provincial, nous n’avons pas élu le premier de la classe en matière d’environnement. Quant au gouvernement fédéral, certaines de ces décisions nous questionnent sur son sérieux en matière d’environnement, notamment en ce qui a trait aux énergies fossiles. Les bottines ne semblent pas toujours suivre les babines. D’où l’importance de les interpeller et de les convaincre de l’importance d’avoir des politiques publiques et des programmes favorables à l’environnement.

Peut-être faudrait-il aller encore plus loin que ce pacte et questionner le capitalisme et le néo-libéralisme qui menacent à la fois notre avenir et la justice sociale. Il faut également se dire que le simple fait de signer le pacte ne produira pas les résultats souhaités. La transition écologique ne sera possible que lorsque des gestes concrets seront au rendez-vous et  que lorsque la volonté citoyenne sera suffisante pour infléchir les politiques gouvernementales. Or, force est de constater que nous n’y sommes pas encore même si une majorité de Canadiens et les trois quarts des Québécois se disent prêts à faire des sacrifices économiques pour que leurs gouvernements combattent les changements climatiques, d’après un sondage Mainstreet.

Mais signez ce pacte et le faire connaître est déjà un pas dans la bonne direction que je vous invite à faire. Et avec Yvon Deschamps, rêvons «d’un Noël blanc dans un Québec vert!»

Pour signer : Le Pacte pour la transition 

PS : Au moment d’écrire ces ligne, plus de 200 000 personnes avaient déjà signé le Pacte pour la transition.

 

 

 

 

 

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
Cet article a été publié sous le thème Environnement, Politique.
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Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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2 commentaires

  1. Merci de fournir votre épaule pour pousser à la roue de ce train immense qui peine à se mettre en branle. La résistance au changement est une caractéristique dominane de l’espèce humaine, et elle s’exprime à tous les paliers de nos activités.

    Du citoyen âgé qui répugne à utiliser son bac à compost, jusqu’au président de la multinationale qui met son bonus annuel bien au-dessus de l’urgence environnementale dans sa liste de priorités, la tâche de convaincre est la plus difficile pour les porteurs de changement.

    Je ne sais pas si nous aurons le temps de convaincre 7 milliards d’individus – j’en doute – mais je suis ccertaine que nous n’avons pas d’autre choix que d’essayer, en prêchant par l’exemple et en tâchant d’étouffer le cynisme dont nous abreuvent quotidiennement ces chroniqueurs qui ne voient pas plus loin que… leur bonus annuel.

  2. avatar Par : Raymond Cadrin

    Oui, il faut appuyer une telle initiative citoyenne, plutôt qu’y chercher des incohérences, et de discréditer celle-ci. Il faut voir dans ce pacte, un engagement personnel, une sensibilisation à l’urgence d’agir et une pression politique sur les gouvernements à utiliser de bons leviers pour contrer les changements climatiques! J’ai signé.

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