Le deuxième drame de Lac-Mégantic

 

Dans mon dernier billet de blogue, j’avais sélectionné des extraits de la première partie du livre Mégantic, de la journaliste et militante Anne-Marie Saint-Cerny. Malheureusement, les impacts de la tragédie sur les habitants ne se sont pas arrêtés après l’explosion… Sélection personnelle d’extraits de la section 2 et 3 du livre :

  • « Quarante-sept morts. Il n’y aura pas de détails. Ici. On se tait. Simplement honorer la mémoire des victimes. Rappeler les nuits tragiques des survivants. Rappeler aussi l’agonie de ceux et celles qui, le corps intact mais l’âme brûlée, ne survivront pas. Les suicidés. Respect et paix. Nos excuses aussi, pour n’avoir rien vu, rien prévu, rien prévenu… » (p. 195)
  • « Parmi ces intervenants (qui s’affairaient sur les lieux du drame aux premiers jours), une très petite poignée de jeunes Méganticois qui ont officiellement assisté les spécialistes de l’Identité judiciaire, offrant leur connaissance des lieux et des gens pour qu’aucun, aucune, ne soit oublié. Littéralement, ces jeunes cherchaient leurs ami.e.s. Il y aura des médailles, honneurs et autres reconnaissances qui seront rendus à certains et certaines au cours des années suivant la tragédie. Je n’en ai vu aucune pour ces jeunes Méganticois. Honneur leur est ici rendu. Ils auraient aussi bien mérité un suivi – au moins une visite minimale – de la part des spécialistes en choc post-traumatique de la Direction de la sécurité publique. » (p. 215)
  • « « Le matin du 7 juillet, on se dépêchait avec nos pelles (mécaniques) sur le bord de la rivière. On essayait d’ouvrir des tranchés pour que l’eau et le pétrole soient redirigés vers des bassins plutôt que de se jeter dans la rivière. En ouvrant une canalisation, tout s’est vidé dans la rivière d’un coup. La rivière a littéralement pris en feu. C’était effrayant. On s’acharnait avec nos pelles pour enrayer l’incendie. C’est là qu’est arrivé un petit monsieur avec ses souliers cirés pis son casque blanc tout neuf pour nous dire d’arrêter, qu’on n’avait pas le droit de couper des arbres à 30 pieds de la rivière. Je me suis énervé. Ça faisait 22 heures que j’étais dans le feu. On a perdu une heure avec ça. C’est comme ça que sont apparus soudain les gens de l’environnement pis leurs programmes », expliquera un travailleur de Mégantic, encore désabusé cinq ans plus tard. Un premier contact raté, donc, entre les gens de terrain et les responsables et spécialistes. Malheureusement, ceci n’est pas qu’une triste anecdote isolée. C’est le premier signe d’une crise de confiance et de crédibilité qui s’installera dès les premiers jours entres les autorités (provinciales et bientôt municipales), d’une part, et les sinistrés, d’autre part. » (p. 217)
  • « S’ajoute à cela l’abîme qui se forme très vite entre la réalité vue et vécue sur le terrain et l’image qu’en fournissent les autorités (…). D’abord, il y a ces premières données émises selon lesquelles 100 000 litres de pétrole se seraient déversés, alors que tous peuvent voir clairement que chacune des citernes éventrées contient quelque 100 000 litres. Et de ces citernes, on en compte une bonne quarantaine sur les premières photos. Le compte n’y est manifestement pas. Ensuite, et surtout, il y a cette obstination officielle, qui durera plus d’une semaine, à nier qu’il s’agisse de pétrole de Bakken (…) Qu’il s’agissait donc d’un produit de schiste explosif et très volatil. » (p. 210-220)
  • « Pour plusieurs travailleurs, surtout ceux de Mégantic qui s’acharnent à améliorer l’état de leur centre-ville au plus vite et le mieux possible, la situation se corse (avec la déclaration de la Loi d’urgence et la levée temporaire des contraintes d’appels d’offres et d’octrois de contrats) et la colère monte. La longue chaîne de commandement, souvent formée de décideurs extérieurs à Mégantic, fait perdre du temps précieux en décisions stériles. Décisions, selon plusieurs, qui on plus à voir avec la facturation bidon d’heures de travail inutiles qu’avec la décontamination de leur milieu de vie. (…) Cela dit et malgré tout, certaines entreprises privées venues de l’extérieur ont été efficaces. Ainsi en est-il de Golder, qui a produit de nombreux rapports très valables et complets, selon Daniel Green (de la Socitété pour vaincre la pollution). On trouvera d’autant plus inquiétante la disparition abrupte de l’entreprise, pour des motifs inconnus. » (p. 246-247)
  • « Des 8 millions de litres de pétrole transportés par le train, 6 millions de litres se déverseront à Lac-Mégantic, imbibant les sols et les infrastructures souterraines, aboutissant dans le lac et la rivière Chaudière. Six millions de litres de pétrole, dopés aux agents cancérigènes, qui se mêleront aux substances toxiques déjà présentes au centre-ville, une zone industrielle et de triage aménagée au fil des décennies par le remblai des zones humides de la rivière Chaudière. À tous ces contaminants, dilués par l’eau de l’arrosage et des pluies, viendra s’ajouter l’énorme quantité de mousse ayant servi à éteindre le feu.  Ce sera plus de 40 compagnies, à un certain moment, qui travailleront au nettoyage environnemental de la ville et de la rivière Chaudière, « qui en portera des séquelles permanentes », dira le ministre de l’Environnement Yves-François Blanchet, responsable officiel du chantier environnemental. » (p. 215-216)
  • « Seul lieu du drame vraiment accessible, la Chaudière est devenue le symbole et le symptôme de ce qui se passe plus haut, en ville, en cachette. (…) Ce 11 juillet, donc, la rivière est couverte de pétrole, et, sous le pont, les estacades, ne parviennent pas dans le courant à retenir le pétrole qui passe en dessous. (…) Pour tout témoin sur le pont, aucun doute possible : la rivière est polluée, et le pétrole continue de couler à fond la caisse en provenance en provenance de Mégantic. Ce qui est, somme toute, assez normal si l’on pense aux dizaines de citernes éventrées un peu plus haut. (p. 221-222)
  • « D’après les échantillons de la SVP prélevés ce jour-là et rendus publics, le taux d’hydrocarbures chez monsieur R. est 34 fois plus élevé que la norme acceptable d’Environnement Québec. (…) Et pourtant, ce même jour, le 11 juillet, le site Web du ministère de l’Environnement indiquera que, encore plus près du lieu du déversement, à 2,5 km, on ne trouve plus de trace de pétrole dans la rivière. « DNQ (données non quantifiables) », quantité trop infirme pour être quantifiée. » (p. 223-224)
  • « Après une bataille épique avec les autorités, monsieur R. réussit finalement à attirer l’attention du ministère de l’Environnement sur sa rivière polluée. Après un appel d’offre public annulé au dernier moment, le Ministère donnera le mandat de décontaminer son bord de rivière à… World Fuel, qui n’a bien sûr aucune expertise en matière de décontamination de rivières. (…) En octobre 2014, les grandes manœuvres de nettoyage débutent chez monsieur R., alors que deux entrepreneurs américains, non-spécialistes de la décontamination et du pétrole, prennent d’assaut son paradis souillé. (…) Encore aujourd’hui, monsieur et madame R. sont déchirés, comme trop de Méganticois, entre vendre ou rester.» (p. 230-231)
  • « Quoi qu’il en soit, dès le 12 juillet 2013, la joute médiatique entre la SVP et le Ministère sur l’état de la rivière tourne au vinaigre. Une joute qui se corsera encore davantage lorsque la SVP découvrira que, mises à part les données échantillonnées à deux kilomètres du centre-ville, les seules autres données publiées par le Ministre se situent… 80 km plus loin, en aval. Rien entre les deux points d’échantillonnage. » (p. 225)
  • « Pire, la SVP prétend que le pétrole, libéré de ses composantes volatiles, a coulé au fond de la rivière, et réclame des actions immédiates. Or, le Ministère et le Ministre nient avec une persistance hargneuse. (…) Le sort de la question sera finalement scellé par un citoyen riverain qui, le 24 juillet, et à la demande de la SVP, ira vérifier le fond de sa rivière. Accompagnée de sa fille qui le filme, monsieur Laflamme tombe par inadvertance à l’eau. S’ensuit une réaction aquatique éloquente. « Ceux qui disent qu’en a pu de pétrole… ben non, y en a pu de pétrole, tout est au fond! » s’exclame-t-il sur le film, découragé et détrempé. Sa chute a délogé tout le pétrole tapi au fond, qui s’est déployé tout à coup en surface dans un magnifique arc-en-ciel très visible dans la vidéo publiée. » (p. 225-226)
  • « À terme, ce sera environ 126 300 m3 de terre contaminée qui seront excavés et transportés à l’extérieur de la zone rouge. (…) Quant à la rivière, les mesures prises pour assurer la sécurité des prises d’eau potable ont été efficaces. Le suivi des effets de la contamination, dont les rapports d’experts, reste cependant caviardé ou gardé secret au ministère de l’Environnement, encore en 2018. (…) Néanmoins, le pétrole a resurgi au printemps et était toujours déposé au fond à l’été 2014. (…)
  • on apprendra, trois ans plus tard, que les poissons ont subi une augmentation sans précédent de tumeurs, lésions, déformations et autres séquelles, de l’ordre de 35 à 47 %. Et que le nombre de poissons a baissé de 66 % dans la rivière Chaudière. Un impact qui est attribué avec certitude au déversement. » (p. 245 et 250)
  • « Qui contrôle officiellement les chantiers de décontamination, rivière et zone rouge? MMA, MMA, comme dans « les clés de la scène du crime ont été remises au coupable ». L’effet pervers du principe du pollueur-payeur : tu salis, tu nettoies. » (p. 231)
  • « (…) le 11 juillet, (…) la municipalité de Lac-Mégantic a déclaré l’état d’urgence. Cela permet de faire fi de plusieurs règlementations. Les premiers à en profiter sont les principales entreprises du parc industriel, dont l’importante Tafisa, qui sont autorisées à reprendre leurs opérations en rejetant leurs eaux usées directement dans la rivière. Une nécessité pour réembaucher les travailleurs en attendant le retour de la station d’épuration. L’état d’urgence permet aussi, ce qui aura des effets assez juteux pour certains, de passer des contrats sans appel d’offres. (…) Selon une compilation du quotidien La Presse, près de 50 millions de dollars de contrats ont été octroyés rapidement et sans regard du gouvernement. Dans les circonstances, personne ne s’étonnera, à Mégantic, de voir débarquer par la suite l’Unité permanente anticorruption (UPAC). » (p. 234 et 246)
  • « (…) le 17 juillet, coup de théâtre. Le chantier, rivière et zone rouge, ferme. (…) Le 18 juillet, la situation est toujours bloquée. (…) Le ministère apprendra qu’en fait, MMA n’est assurée que pour 25 millions de dollars, une somme largement insuffisante pour assumer les conséquences de la tragédie. (…) Sur le terrain, et bien qu’elle ne paie plus, MMA continue de régner, début août, sur les opérations. (…) MMA détient en effet un grand pan de terrain au cœur même de la zone sinistrée, par ses nombreuses voies ferrées, leurs embranchements et leurs larges emprises. L’entreprise possède également la partie des terrains de l’ancien triage et de la gare. Bref, une partie importante de la zone contaminée et à reconstruire lui appartient. Et elle tient mordicus à ce contrôle. On en apprendra la raison plus tard, alors que ses hommes sont déjà à l’œuvre pour reconstruire la voie ferrée au plus vite, avec le concours de plusieurs industriels de Mégantic et du gouvernement du Québec. »(p. 234-235-242-243-244)
  • « Dans le centre-ville ravagé, la première chose à avoir été reconstruite est la voie ferrée. Et 132 jours après la tragédie, le 20 décembre 2013, les trains étaient de retour au centre-ville de Mégantic. Le 12 février, 52 jours plus tard, les convois de matières dangereuses étaient aussi de retour. » (p. 208)
  •  « l’un (des) intérêts prioritaires (de la MMA), que personne ne devine encore, est de récupérer le pétrole intact dans les citernes non-explosées. (…) (le 19 juillet), se déroule une loufoque bataille de rue, lors d’une réunion où doivent pourtant se prendre des décisions urgentes touchant la survie même de Mégantic. Les représentants de la World Fuel, affrontant MMA avec virulence, affirment que « le pétrole (des citernes) leur appartenait, mais pas le pétrole contaminé, qu’il fallait seulement aller du côté de MMA pour la contamination ». (…) Le 22 juillet, les représentants de World Fuel récidivent lors d’une autre rencontre. Ils seront de nouveaux expulsés, cette fois par la police à la demande de MMA. (…) « C’est donc 740 000 litres de pétrole brut qui ont été récupérés et gérés uniquement par MMA (…), le tout avec l’accord évident du ministère de l’Environnement », écrira au Ministère un World Fuel frustré de s’être fait chiper son pétrole. » (p. 237)
  • « Dès le départ, des entreprises privées (parfois même liées aux pétrolières, comme SIMEC) occuperont une place centrale sur le chantier, tant en ce qui a trait au contrôle des opérations que de la gestion de l’information. Or, le contrôle et la prise de décisions doivent relever exclusivement du secteur public. L’intérêt des sociétés privées n’est pas l’intérêt public. La rentabilité est leur seule fonction, leur nature. Et elles ne peuvent représenter la source d’information principale sur le terrain : il y a là un conflit d’intérêt fondamental. Le secteur privé doit être régi, encadré par une fonction publique capable de démontrer l’expertise pertinente, et par des élus qui dénoncent le moindre dérapage, sans se laisser contraindre par des forces politiques, ou autres. (« Je me suis fait contraindre beaucoup plus que je n’aurais pensé. Je n’accepterais plus ça », dire l’ex-ministre Blanchet.) » (p. 247)
  • Il faut cesser cette politesse envers ceux qui nous bernent – politiciens, pollueurs et leurs lobbies. Les pollueurs ne paient jamais en totalité les dégâts, et souvent, comme ce fut le cas ici, même pas en partie. Leur responsabilité, ce n’est pas de contrôler la réponse, mais de de payer entièrement pour les dommages causés. Ils apprendront ainsi à les prévenir. Les prétendus outils juridiques visant à contraindre les pollueurs, contestés à l’infini en Cour, sont de simples amusements facturables d’avocats. Il faut agir directement au cœur des activités de l’entreprise coupable, par exemple par des saisies, des gels d’actifs ou de biens, et ce tant et aussi longtemps que les factures ne sont pas payées entièrement. » (p. 248)
  •  « (la voie ferrée) sera reconstruite si vite qu’elle comprend aujourd’hui une courbe de 8 degrés, beaucoup plus dangereuse que la précédente, confirmera le BAPE à l’automne 2017. Et elle passe encore à quelques centaines de mètres à peine du nouveau Musi-Café. » (p. 269-270)
  •  « Depuis le début, Robert, Gilles, Gilbert, Richard, Jacques et d’autres ont formé la Coalition des citoyens engagés pour une sécurité ferroviaire à Lac-Mégantic et se battent avec une persévérance remarquable pour obtenir enfin ces 15 kilomètres de rails (…), cette voie de contournement (qui) est obligatoire. Parce que rien n’a changé ou presque, en matière de sécurité ferroviaire depuis la tragédie. Ni à Mégantic. Ni ailleurs. La preuve? La preuve, Robert Bellefleur l’a photographiée le 3 février 2018, à Nantes, à l’endroit exact d’où est parti le train mortel. Une opération de triage d’une quarantaine de wagons, dont 30 citernes de gaz propane, effectuée dans la pente. Pas de freins à mains appliqués sur les wagons et citernes, seuls des freins à air, aucun dérailleur. Dès le lendemain, Bellefleur a fait un signalement à Transports Canada, au préfet de la MRC et aux maires des municipalités de Nantes, de Frontenac et de Lac-Mégantic. Cette dernière a transféré le signalement à CMQR, successeur de MMA et nouveau propriétaire du train. CMQR n’a répondu que deux semaines plus tard, affirmant que non, il n’y avait pas de problème, que l’observateur avait mal vu la scène, et que les opérateurs du train avaient bel et bien serré plusieurs freins à main sur le convoi stationné temporairement dans la pente à Nantes. Robert Bellefleur, devenu habile en ces matières, n’a pas mal vu. Et il a revérifié la semaine suivante. Depuis sa plainte, les conducteurs de CMQR actionnent effectivement, et de façon visible, des freins à main en haut de la pente. En 2018, c’est donc encore aux citoyens de vérifier les opérations des trains, parfois chargés comme des bombes, qui traversent leur communauté. » (p.323)
  • « Le procès est à l’image de l’enquête de police. Le policier Bouchard, qui a tenté de mener une enquête plus large, s’est fait constamment rétrécir son champ d’investigation par ses supérieurs, aux dires des avocats de Harding (le conducteur). À la fin, on a même abruptement remplacé Bouchard à la tête de l’enquête. Même chose pour l’expert retenu par la SQ, Stephen Callaghan, un ex-enquêteur du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST). On a aussi réduit son mandat, le confinant presque uniquement au moment précis du déraillement. Bien sûr, aucun Américain, aucun patron de MMA ne viendra témoigner au procès, tous confortablement planqués derrière la frontière américaine. La plupart des grands patrons ont même refusé de rencontrer Bouchard et son équipe lorsque ceux-ci ont pu se rendre, après avoir obtenu les diverses autorisations préalables, aux États-Unis. » (p. 316, 317)
  • « Lors d’une perquisition chez MMA, les spécialistes en information de la SQ, cherchant à récupérer les données, courriels et conversations, ont dû demander le de passe aux patrons de MMA dans le Maine. Ils l’ont obtenu. Mais devant les yeux ébahis des policiers, le curseur de l’ordinateur s’est soudain mis à se promener seul sur l’écran, effaçant et/ou modifiant les données du disque dur. » (p. 317)
  • Décrire en détail la situation, qui a entraîné la démolition de bâtiment appartement à de nombreux citoyens lors des mois de reconstruction, des bâtiments pourtant épargnés par le drame, serait trop long pour le précédent article, mais il faut savoir que :
    • « Les trois étapes enclenchées dès les premières semaines de la catastrophe ont finalement été assez simples et révélatrices : d’abord la Ville rachète tout, puis modifie le zonage pour empêcher le retour des anciens occupants, et enfin rase tout, ce qui permet la construction de nouveaux bâtiments. Et désormais seule propriétaire, la Ville distribue ensuite les terrains ainsi libérés à ceux qu’elle a choisis. Ou à ceux qui sont assez bien placés pour les réclamer. » (p. 303)
    •  « Le feu du 6 juillet a détruit 41 bâtiments. La Mairie en a détruit plus encore. Près d’une soixantaine, y compris dans Fatima, le quartier avoisinant le drame. Plus de 100 bâtiments, dans une petite ville qui compte un peu plus de 6000 habitants. » (p. 304)
    • « Fatima possède de beaux terrains pour d’éventuels promoteurs de condos, de jolies boutiques et d’entreprises (…) Ce n’est pas la première fois que l’on tentait de revitaliser le quartier en ayant recours à des expropriations. En 2012, déjà, la Mairie avait présenté un premier plan. Mais la population l’avait repoussé. » (p. 264)
    •  « (…) dans les faits, dans les rapports d’experts produits à la suite des forages et des analyses, on a déterminé que la majorité des maisons et bâtiments n’est pas contaminée. (…) 10 bâtiments seulement sur 41 dans la zone rouge sont effectivement contaminés (…) » (p. 284)
    • « Techniquement, les bâtiments ne peuvent être démolis en vertu de la loi 57. Ils ne sont pas impropres à leurs usages en raison de la contamination, contrairement à ce qu’affirment les autorités. À la fin 2014, toutefois, ils seront effectivement devenus impropres à leurs usages : avant même l’annonce de la démolition, la Mairie a en effet décidé de ne pas hiverniser les bâtiments épargnés. Portes et fenêtres béantes dans l’hiver, chauffage et électricité coupés, le centre-ville épargné est abandonné au froid. « Ils se sont assurés qu’on ne pouvait plus y retourner, que les bâtiments étaient finis », me diront plusieurs Méganticois. » (p. 301)
  •  « le règlement adopté le 9 septembre contient en effet une illustration révélatrice. Datée du 29 août 2013, soit un mois avant l’éviction, le dessin illustre le futur Jean Coutu, conforme à celui qui existe aujourd’hui, sur l’emplacement même de la maison de madame M. Dès août 2013, donc, la maison de madame M. était condamnée et remplacée. Et elle n’en savait rien. Sa piscine et son terrain sont aujourd’hui un stationnement. Tout comme l’église de Fatima, remplacée par le stationnement du Métro. » (p. 267)
  • « Madame M. a reçu 992$ (du fonds Avenir Mégantic pour les sinistrés) pour sa peine et ses frais. Le Groupe Jean Coutu, qui l’a évincée, avait bénéficié, en 2015, de 241 000 $ du Fonds d’aide. De nos dons aux sinistrés. » (p. 268)
  • « Le deuxième deuil de Mégantic est plus dévastateur que le premier, le choc initial. Parce qu’il a été provoqué artificiellement par « nos gens, nos propres concitoyens, ceux en qui on avait confiance », selon les réactions qui circulent. Un deuil persistant encore aujourd’hui, comme une tache qui ne s’efface pas. » (p. 259)
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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Environnement, Sociales et communautaires.
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1 commentaire

  1. Avidité, magouilles, égoïsme et incompétence sont inhérents à la nature humaine et sont libérés en situation de stress, alors que les balises sociales qui y mettent un frein sont rendues dysfonctionnelles par l’urgence de la situation. Heureusement que la générosité, l’altruisme, l’empathie et la solidarité y trouvent simultanément un terrain fertile.

    Capables du pire comme du meilleur, tels nous sommes. Cultivons le meilleur chez les enfants, avec détermination et opiniâtreté, pour nos communautés évoluent enfin.

    Et si, au passage, on pouvait en profiter pour enfermer pour longtemps, et en confisquant leur fortune, les minables qui profitent sans honte de la misère humaine, on aurait vraiment fait un pas en avant.

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