Être né quelque part

Juillet. On sort la tête de la canicule, on regarde autour et l’été nous rentre dedans. Il y a des fleurs partout, les légumes grossissent à vue d’œil dans les jardins. Les touristes ont débarqué, tout le monde a la face dans les fraises, dans le melon d’eau et dans le rosé bien frais d’avant le barbecue.

Le fleuve charrie mille diamants sous le soleil. Vers cinq heures, la lumière est belle à pleurer. Les champs de blé sont comme éclairés de l’intérieur, la montagne fait la sieste, écrasée de douceur au soir qui penche.

À l’heure des nouvelles, on me montre la guerre, la famine, le désespoir migrant sur les sept mers. Jusque chez mon voisin, on s’entretue à coups de NRA et de Dow Jones, on ment, on se trahit, on vend son russe au rabais. Où que la caméra pose le regard sur le monde, les enfants pleurent, les grands ont le regard dur de ceux qui ne voient jamais les lendemains qui chantent.

Alors juste comme ça, au temps des vacances, sans morale, sans discours, je suis saisie par la conscience aiguë de ma chance immense. La chance d’être née ici, dans ce pays paisible et frais où je ne manque de rien, où il reste encore quelques morceaux de solidarité sociale, où on est encore capables de se parler sans se taper dessus. Dans ce pays de neige où les cataclysmes sont rares, où l’on ne meurt pas dans les ouragans ou les sous les coulées de lave.

Seul le hasard m’a fait arriver au monde du beau côté des choses. Je n’ai rien mérité, je n’ai rien choisi. Alors je dis merci et j’essaie de ne pas laisser trop de traîneries derrière moi.

Je vous laisse avec cette chanson de Maxime Leforestier qui dit tout ça bien mieux que moi, et qui en plus s’écoute très bien sur la terrasse avec le rosé…

Bonnes vacances à tous

 

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...

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2 commentaires

  1. avatar Par : Marie Marchand

    Bonnes vacances à toi aussi mon amie et à tous ceux qui ont la chance de te lire.

  2. avatar Par : Serge Gagnon

    Vous avez mille fois raison. Espérons juste que nous sommes près du bout du balancier de l’absurdité pour que l’on revienne enfin à un équilibre mondial plus convenable. Passe un bon été mon amie !!!

    Serge

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