De quoi avons-nous besoin en matière d’environnement ?

De nombreuses personnes ont affiché sur Facebook leur désir d’entendre les candidats parler davantage d’environnement durant l’élection québécoise. La démission du ministre français de l’Environnement et des changements climatiques, la sortie médiatique de nombreuses vedettes et les manifestations citoyennes ont aussi fait beaucoup fait jaser récemment. Mais est-ce suffisant ?

Nous le savons tout, un gros coup de barre est nécessaire si nous voulons atteindre nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Sans compter les autres dossiers de pollution. Du côté québécois, la nouvelle loi sur les hydrocarbures est en voie d’être finalisée et la nouvelle loi sur la qualité de l’environnement est en vigueur depuis peu. Difficile donc d’évaluer l’impact sur le terrain des changements apportés par le gouvernement sortant.

Néanmoins, quelques incidents impliquant le Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques ou le Ministère des Ressources naturelles et de la Faune ont été recensés. Citons par exemple :

  • En février, les rapports d’inspection de plus de 200 puits d’hydrocarbures étaient publiés par le Ministère des Ressources naturelles. On y apprenait qu’une vingtaine de puits avaient été jugés non conformes. Le plus surprenant était cependant le fait que plusieurs puits avaient été déclarés conformes… sans avoir été localisés ! Comment peut-on inspecter un objet qu’on n’a jamais vu ? Bonne question…
  • En septembre, le gouvernement a encore changé d’idée dans le dossier de la protection des milieux humides. Après avoir exempté les producteurs de canneberges puis être revenu sur cette décision, le milieu de l’atoca bénéficie à nouveau d’une exemption pour éviter des conséquences économiques importantes. L’article du Devoir rappelle également que les compensations pour destruction du milieu naturel ont aussi été diminuées afin de moins pénaliser les régions où ce type de milieu est abondant.
  •  Au cours de l’été, nous avons eu droit à la saga des forages en milieu hydrique. Après que le ministre des Ressources naturelles eut affirmé que ce type d’activité serait désormais interdit, le Devoir a appris qu’il s’agissait d’une autorisation restreinte (sous condition et hors des voies navigables, zone urbanisée, aires protégées ou parcs nationaux). Étrangement, cette confirmation fut obtenue seulement à la dernière journée des consultations publiques sur le projet de Loi sur les hydrocarbures… Le premier ministre en a rajouté en septembre en expliquant qu’il faut bien se laisser une petite marge de manœuvre pour des projets spécifiques dans des endroits spécifiques…

L’objectif ici n’est pas de blâmer les employés. Comme nous l’apprenait Le Devoir en février 2017, le nombre d’inspections a diminué de 4000 par année depuis 2010. On ne peut espérer de miracle dans un tel contexte. Simplement, il y a lieu de réfléchir à ce que nous attendons de notre gouvernement en matière de protection de l’environnement et du climat.

Comment s’assurer d’avoir un chien de garde indépendant et avec du mordant ? Comment pouvons-nous garantir des inspections efficaces ? Comment garantir qu’une non-conformité aux règlements se solde réellement par une conséquence et entraîne un changement de comportement ?

Si l’industrie était réellement capable de s’autoréguler, ça se saura… Si on n’arrive même pas à conserver un stationnement de Tim Hortons sans déchet malgré les poubelles, il ne faut pas s’étonner qu’on doive surveiller l’industrie… Dans l’alternative, nous n’avons pas le choix de mettre en place des barèmes pour éviter qu’une poignée d’individus ne sacrifie le bien commun au profit des profits. Le gouvernement devrait être au service de l’ensemble de ses citoyens. Il est temps de le rappeler à nos élus !

Petite note légèrement hors-sujet : pour poursuivre sur le sujet de l’exploitation des hydrocarbures au Québec, je vous conseille le super 4 pages de Coule pas chez nous sur le gaz naturel : https://www.coulepascheznous.com/wp-content/uploads/2018/08/Feuillet_scientifique_CPCN_WEB-References.pdf

Références :

Radio-Canada, Michel-Félix Tremblay, 15 février 2018, Puits non conformes : la pointe de l’iceberg ? https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1083653/puits-petrole-hydrocarbures-non-conformes-inspection-haldimand

Le Devoir, Isabelle Porter, 7 septembre 2018, Autre recul de Québec sur la protection des milieux humides, https://www.ledevoir.com/societe/environnement/536166/milieux-humides-nouveau-recul-du-gouvernement

Le Devoir, Alexander Shields, 4 août 2018, Des forages permis dans les lacs et rivières, https://www.ledevoir.com/societe/environnement/533835/exploration-petroliere-et-gaziere-dans-les-cours-d-eau-le-mern-confirme-la-porte-ouverte

Le Devoir, Alexander Shields et Marco Bélair-Cirino, 7 septembre, Hydrocarbures : « Il faut se laisser une petite marge », https://www.ledevoir.com/societe/environnement/536121/philippe-couillard-se-dit-ouvert-aux-forages-petroliers-dans-les-cours-d-eau

Le Devoir, Alexander Shields, 21 février 2017, Recul important des inspections environnementales au Québec, https://www.ledevoir.com/societe/environnement/492223/recul-important-des-inspections-environnementales-au-quebec

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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Environnement, Politique.
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1 commentaire

  1. Et pourtant, les partis en haut de la liste des sondeurs sont la CAQ et le parti Libéral.

    Merci Geneviève, de ce vibrant et solide rappel à l’ordre. Le vote de chacun est plus important qu’il n’a jamais été. C’est tout de suite qu’il faut arrêter d’avoir peur. Tout de suite qu’il faut au moins montrer aux politiciens que nous sommes sérieux. S’il reste encore une chance de préserver ce qui nous reste d’écosystèmes, il faut la saisir tout de suite.

    Si nos votes ne parlent pas pour nous, qui le fera?

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