Changer le monde encore une fois

Notre bon gouvernement libéral, en pleine distribution de cadeaux préélectoraux, a annoncé le 6 avril dernier sa Politique bioalimentaire 2018-2025, intitulée Alimenter notre monde. Bon, que mon gouvernement veuille m’alimenter plutôt que me nourrir ou même – rêvons – me régaler, ça me laisse un petit arrière-goût. Mais passons.

Le gouvernement a l’intention d’investir 15 milliards de dollars dans le secteur bioalimentaire entre 2018 et 2025. C’est en réalité un effort de trois milliard$, si on compare les sommes consacrées au même dossier entre 2006 et 2015. Trois milliard$ de plus en 10 ans pour révolutionner la production, la transformation et la distribution des denrées alimentaires au Québec. Vaste programme.

J’ai consacré 17 années à faire la promotion de l’agriculture biologique à travers le défunt magazine Bio-bulle. J’ai entendu dès 1996 des producteurs, bio ou pas, désireux de participer à l’aventure d’« alimenter notre monde ». Des gens avec des idées neuves et prometteuses, des jeunes souvent, qui se sont cogné le nez sur les murs de l’establishment agricole. Déjà  les coûts de la relève étaient décourageants, déjà les quotas étaient hors de prix, déjà le modèle productiviste empêchait l’implantation de modèles de fermes à l’échelle humaine. Déjà on protestait contre le monopole syndical incongru accordé à l’UPA sur le secteur agricole.

En 2018, ces obstacles sont toujours là. S’y est ajouté l’accaparement des terres qui vient encore nuire à l’établissement de fermes de plus petite taille. Pourtant, les idées neuves de 1996 se sont raffinées, on les a mises à l’épreuve et on a prouvé qu’elles sont parfaitement valables pour atteindre les objectifs du gouvernement sur l’art d’alimenter le monde. Jean-Martin Fortier passe à Tout le monde en parle, vous vous rendez compte?

Après les nombreuses commissions, les rapports, les enquêtes, les visions, les orientations, les consultations, les politiques que le Québec a vu défiler depuis la Révolution tranquille, nous voici une fois de plus devant une occasion en or de re-re-révolutionner l’agroalimentaire, de l’équilibrer enfin.

Est-ce que la nouvelle politique présentée vendredi dernier va nous permettre de le faire? Est-ce que nous aurons le courage collectif de nous réorganiser pour se bâtir un pays où il est à la fois possible de connaître personnellement la poule qui a pondu notre œuf matinal et d’exporter notre porc industriel sur les marchés mondiaux? Un territoire où tous les modèles seraient possibles et valorisés?

Les réactions des acteurs du milieu au dépôt de la nouvelle politique me disent de ne pas retenir mon souffle. À l’UPA comme à l’Union paysanne, c’est tiède. D’un côté comme de l’autre on salue telle intention, on déplore telle omission, mais on trouve peu d’ancrages où arrimer un projet collectif enthousiasmant.

Pourtant, sur la place publique, manger est le sujet de l’heure. Tout le monde veut le meilleur, le local, l’abondant, le généreux, le partage. La recherche en agriculture responsable est en pleine expansion. On sait maintenant qu’il est possible de produire de la nourriture saine pour le corps et pour la planète. Rarement le terreau aura-t-il été aussi fertile pour que nous puissions transformer le paysage agricole, pour le mieux de tout le monde.

Saisirons-nous l’occasion?

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...

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2 commentaires

  1. avatar Par : Malenfant

    Ça fait en effet très longtemps qu’on y croît.
    Mais diantre que ça prend du temps.
    Si enfin on peut croire qu’il y a des $$$$ a faire les mentalités pourraient évoluer.

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Voilà une attitude pragmatique. D’autant plus qu’ils sont nombreux à prouver par l’exemple, saison après saison, qu’elle est réaliste!

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