À la recherche du puit perdu

J’alimente deux pages d’actualité environnementale sur Facebook depuis plusieurs années. Comme je me fais un devoir de lire les articles avant de les poster, j’en ai lu de toutes les couleurs.

Mais il y a de ces articles me font sincèrement grincer des dents… Bref, la rumeur circulait depuis un moment, mais fut confirmée cette semaine : les inspections des puits d’hydrocarbures du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles laissent vraiment à désirer !

Inspections ministérielles

Il faut savoir que lorsqu’un puit devient inactif ou est abandonné par la compagnie qui l’exploitait, il revient au ministère « d’assurer la sécurité des personnes et des biens et la protection de l’environnement ». Des inspections ont donc été menées l’an dernier sur plus de 200 puits.

Le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec et Environnement Vert Plus en Gaspésie ont pris le temps de vérifier le rapport et vérifier par eux-mêmes certains sites. Leurs conclusions sont troublantes : certaines pratiques sont inquiétantes et les inspections semblent plutôt sommaires. Le biophysicien Marc Brullemans estime que les inspecteurs ne passent en moyenne que 2 heures par site, ce qui serait insuffisant pour une évaluation adéquate à son avis.

Ce que « conforme » signifie en langage fonctionnaire

On serait porté à croire que « conforme » signifie « aucun danger ». Or, il faut plutôt comprendre que ces puits auraient été signalés « conformes », car aucune trace de contamination n’a été trouvée à la surface lors de l’inspection.

Or, parmi les 191 puits marqués comme ne présentant pas de risque de fuites d’hydrocarbures, seulement 32 auraient été localisés !

Plusieurs de ces puits datent de plusieurs années. Il n’est donc pas surprenant que plusieurs soient désormais recouverts de végétations ou même de bâtiments. Sans compter que les données sur leurs localisations peuvent être erronées ou absentes.

Dans plusieurs cas, les inspecteurs n’auraient pas jugé nécessaire de « rependre la recherche » avant de recommander de « clore le dossier », bien que certains sites auraient tout de même été visités plus d’une fois.

La question se pose : pourquoi alors ne pas créer une sous-catégorie pour les puits introuvables ?

Conformes, mais introuvables

Dans les MRC de Rimouski-Neigette, de La Mitis et de La Matapédia, 18 des 19 puits inspectés ont été déclarés « conformes ». Pourtant, 1 seul a été repéré ! Les dossiers furent néanmoins clos dans 12 de ces cas. Pire encore, certains avaient été forés après 2010 !

Comment peut-on considérer acceptable de marquer « conforme » un puit dont on ignore l’emplacement ? Feriez-vous confiance à un médecin qui vous diagnostique un cancer au téléphone sans que personne ne vous ait jamais vu ? Bien sûr que non !

La question n’est pas de demander aux inspecteurs de faire des miracles avec des données inexistantes ! La question est de comprendre pourquoi on se permet ce manque de rigueur dans un rapport ministériel aussi important !

Heureusement que le ridicule ne tue pas !

Parmi les puits inscrits comme « conformes » bien « qu’introuvables », on en retrouve :

  • dans le sous-sol de la cafétéria de l’École nationale de police de Nicolet
  • quelque part sous l’asphalte près de l’aéroport de Saint-Hubert
  • sous une maison à Brossard et une de l’Assomption
  • dans une gare de triage à Farnham

Comment fait-on pour évaluer les émanations d’hydrocarbures sous une route asphaltée sans connaître l’endroit exact de l’ancien puit ? Bonne question !

Puits non conformes

Évidemment, les sites n’étaient pas tout impeccables. Une vingtaine ont été jugés « non conformes ».

Parmi ceux-ci :

  • un fuit dans un ruisseau de Gaspésie
  • un fuit dans un boisé à quelques mètres des maisons à Gaspé
  • un, dans La Matapédia, fuit même si l’équipement de forage est toujours sur place
  • un fuit depuis des années à Bécancour
  • une tête de puit, censée empêcher les émanations, est complètement arrachée en Gaspésie
  • 2 puits récents ont été inscrits comme problématiques, et ce, même s’ils sont partiellement détenus par une compagnie toujours active (Gastem).

Qu’arrive-t-il aux puits jugés « non conformes » ? Je n’en ai sincèrement aucune idée !

Nouvelle loi sur la protection de l’environnement

Considérant que 750 visites seraient prévues par le ministère cette année, il a lieu de se demander s’ils s’ajusteront… Surtout considérant que la nouvelle loi pourrait rouvrir la porte à des forages (sous conditions)….

Source : Puits non conformes, la pointe de l’iceberg? Par Michel-Félix Tremblay, Radio-Canada, jeudi 15 février 2018 (consulté en ligne)

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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Environnement.
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