Québec Ontario, des similitudes à en devenir frangines…

1 000 G de dollars c’est le PIB du tandem Québec-Ontario. Cette zone économique est la quatrième en importance en Amérique du Nord après celles de la Californie, du Texas et de New York. Le Québec et l’Ontario sont d’influents acteurs économiques au pays, représentant près des deux tiers de la population et près de 60 % de la production totale, ainsi que 70 % du secteur de la fabrication au Canada. Les Québécois et les Ontariens occupent près des trois quarts des emplois du secteur de la fabrication au Canada. Les échanges avec l’Ontario constituent plus de 60 % du commerce inter-provincial du Québec, alors que le commerce avec le Québec équivaut à près de 40 % des échanges de l’Ontario avec les autres provinces. (Source : Économie, science et innovations Québec et Mouvement Desjardins 2018)

Les liens qui unissent ces deux provinces sont connus depuis longtemps, tout comme un grand nombre de similitudes entre les deux sociétés. Nos voisins sont en pleine campagne électorale, le troisième et dernier débat des chefs s’étant soldé par un quasi match nul où le candidat conservateur Doug Ford et la première ministre sortante Kathleen Wynne se sont livrés à des attaques soutenues contre la candidate néo-démocrate Andrea Harwath en tête dans les derniers sondages. De toute évidence, cette stratégie n’a pas eu les effets escomptés puisqu’au moment d’écrire ces lignes, le NPD est toujours en tête avec 47 % des intentions de vote contre 33 % pour le PPC et 14 % pour le parti libéral. Ce même sondage prévoyant même que si l’élection avait lieu aujourd’hui, le NPD formerait un gouvernement majoritaire avec 79 sièges. Évidemment, nous le savons, le vrai sondage aura lieu le 7 juin prochain. Dans le paysage politique de l’Ontario, les conservateurs ont dirigé Queens’s Park plus souvent que les libéraux mais le principe de l’alternance entre les deux partis apparaît néanmoins comme une tendance forte. Dans cette optique, la majorité des spécialistes des grands quotidiens (Globe & Mail, Toronto Star, CBC) prévoyait et voit toujours les conservateurs de Doug Ford succéder aux libéraux de madame Wynne. Et cela en vertu de la «règle» de l’alternance sauf que Doug Ford pourrait trébucher. Il ne propose toujours pas de programme et il n’arrive pas à se défaire de son image de personnage instable sans doute en lien avec les frasques de feu son frère Rob à la mairie de Toronto. Les électeurs de l’Ontario ne veulent plus des libéraux au pouvoir depuis 2003. L’usure du pouvoir, les spectres de corruption, la très impopulaire privatisation de Hydro One et surtout une hausse inconsidérée et intolérable de la rémunération de ses dirigeants auront creusé la tombe des libéraux. Ajoutons la hausse fulgurante des tarifs d’électricité qui ont contribué à rendre la vie difficile à un grand nombre de citoyens et vous avez là une recette infaillible pour disparaître de la carte électorale. Le NPD fut porté au pouvoir une seule fois dans l’histoire de la province et ce fut sous la gouverne de Bob Rae élu majoritaire avec 74 sièges en 1990. Son gouvernement avait dû composer avec une récession longue et persistante et les tentatives toutes «keynésiennes» de relancer l’économie échouèrent lamentablement, ce qui eu pour effet de créer un déficit monstre qui encore aujourd’hui est considéré comme une catastrophe dans l’histoire économique de l’Ontario. Est-ce que madame Harwath pourra annihiler cette nébuleuse de mauvais souvenirs? Andrea Harwath propose une assurance médicaments étendue, l’assurance des soins dentaires pour tous, l’amélioration des soins en milieux hospitaliers et rien de moins que de convertir les prêts étudiants en bourses et d’annuler la privatisation d’Hydro One. C’est tout un programme qui pourrait même susciter de l’intérêt chez nous notamment pour Québec Solidaire! Au chapitre du chiffrier, bien qu’elle est admise une erreur de 1,4 G de dollars, madame Harwath promet que l’ensemble de son programme est bien ficelé et entièrement réalisable.

Si nos voisins sont à quelques jours du jour J, nous sommes à quelques semaines du déclenchement d’une campagne qui devrait débuter le 29 août 2018 au Québec. Existe-t-il des similitudes entre nos réalités politiques? Évidemment, il y en a et plus que l’on pourrait le croire à première vue. D’abord, l’usure du pouvoir, les libéraux de Philippe Couillard présentent à peu de choses près des symptômes identiques retrouvés chez leurs collègues ontariens. Le spectre de corruption en toile de fond, la valse des coupures qui auront fait très mal en éducation, en santé et dans le monde du travail. Rappelons que la Loi des normes du travail n’a plus de dents et que des milliers de travailleurs en souffrent au quotidien. Malgré l’usure, les libéraux ont pu conserver le pouvoir en raison de l’incapacité des autres partis (CAQ et PQ) à présenter une véritable option de changement aux électeurs. Le PQ traîne son option souverainiste comme un boulet, incapable de la renouveler et surtout de l’adapter à la réalité des jeunes électeurs. La question sans doute la plus difficile d’un point de vue existentiel : cette option est-elle renouvelable? Peut-on arriver à la rendre compatible avec la nouvelle réalité cosmopolite et sans frontières des nouvelles générations? L’identité culturelle québécoise semble avoir bien peu de prise sur la réalité du «téléphone intelligent». Les enjeux linguistiques, l’identité religieuse en passant par une charte des valeurs sont devenus des étendards qui ne lèvent pas.

Donc, la «règle» de l’alternance ne fonctionne pas dans le paysage politique québécois depuis 2003. Sauf l’épisode du gouvernement minoritaire de madame Marois, les libéraux semblent indélogeables. Le taux d’insatisfaction ne cesse de croître mais rien n’y fait. Un nombre record de députés et ministres démissionnaires ne semble pas annoncer de lendemain qui déchante. La CAQ mène dans les sondages depuis environ quatorze mois mais voilà un scénario de «déjà vu». Il existe peut-être une fenêtre qui pourrait constituer une porte de sortie pour les libéraux. Le chef de la CAQ, François Legault a la main sur cette fenêtre mais saura-t-il en gérer l’amplitude? Pour le chef caquiste le défi est de taille puisqu’il s’agit de créer une alternative qui soit à la fois en ligne avec un certain passé nationaliste sur fond bleu et une bonne dose de nouveauté offrant, même de manière illusoire mais néanmoins crédible, le choix qui mettra un terme au pouvoir libéral. En fait, il tente de créer le parti de ce que nous ne sommes pas. Nous ne sommes pas fédéralistes quoique un peu quand même mais juste un peu. Nous ne sommes pas souverainistes donc pas de référendum et évidemment nous ne sommes ni de droite ni de gauche. Est-ce qu’un parti de forme ni-ni pourrait avoir la faveur des électeurs et chasser les libéraux? Les solidaires seront-ils en mesure d’effectuer de nouvelles percées et surtout de conserver leurs acquis? Ce qui nous apparaît très probable, c’est que les chefs des partis devront faire preuve de beaucoup de talent et devront puiser jusqu’à plus soif dans l’illusionnisme et la prestidigitation. Voilà la triste réalité qui s’offre à nous pauvres électeurs. L’exercice de cirer les pompes du suffrage universel devient sans cesse plus souffrant, nous devons avoir un bon fond de masochisme puisque nous y souscrivons encore…

Si l’Ontario et le Québec optent pour l’aventure, nous aurons une première ministre néo-démocrate et un premier ministre caquiste. Si au contraire la prudence prévaut, Philippe Couillard et Doug Ford s’échangeront des félicitations. Le pire dans tout cela c’est que peu importe les résultats, je suis prêt à vous parier une ronde de golf que les lendemains risquent d’être tout sauf emballants!

Les sœurs pour ne pas oublier que nous avons bien plus à gagner en identifiant nos points communs que nos différences!

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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