Une année de livres québécois

Petite parenthèse avant de commencer pour vous rappeler que l’opération « Lecture en cadeau » est en cours. Pour développer le goût de la lecture, il suffit d’acheter un livre neuf intéressant puis de demander le sac à votre librairie indépendante. Vous complétez ensuite la petite fiche (et la carte postale avec un timbre si vous voulez que l’enfant puisse vous écrire un remerciement) et placez le sac dans la boite. Les livres seront redistribués au printemps par la Fondation pour l’alphabétisation à des enfants défavorisés de votre secteur.

 

Depuis 2015, je participe à « En (insérer année), je lis un livre québécois par mois » du blogue Le fil Rouge. Le Défi consiste simplement à lire un livre québécois appartenant à 12 catégories prédéterminée. Je vous partage mes coups de cœur annuels!

Janvier : autoficiton ou biographie

Putain de Nelly Arcan : J’ai eu l’occasion de voir l’étrange film sur sa vie alors que je n’avais qu’une idée vague de qui elle était. Je ne peux pas dire que le film m’ait aidé à comprendre, mais il m’a donné l’envie de la lire. J’ai donc commencé par le commencement avec Putain. Ce fût une expérience très particulière dans laquelle j’ai eu l’impression de lire la biographie d’une femme d’une autre culture que la mienne. La ligne floue entre le réel et la fiction et l’écriture parfois presque onirique y sont sûrement pour quelque chose. Ce fût aussi éprouvant de lire les états d’âme du personnage tout en connaissant l’issue de la vie de l’auteure…

Néanmoins, j’ai aimé cette incursion dans le monde des femmes qui se vendent sans y être forcées. Le passage où elle explique que les hommes ne couchent jamais réellement avec elle, mais toujours avec l’image d’une autre (celle qu’ils ont perdue, celle qu’ils n’ont pas eu, celle qu’ils m’imaginent) me paraît être la parfaite définition de la dématérialisation des femmes.

Même si je ne suis pas encore certaine de vouloir lire le reste de son œuvre, je suis contente d’avoir osé. Il est utile de se laisser déstabiliser par moment et la littérature se doit de choquer avec doigté lorsque nécessaire. Nelly Arcan avait le talent pour le faire.

Février : œuvre jeunesse

La princesse qui voulait devenir générale de Sophie Bienvenu, illustrations de Camille Pomerlo : Je triche un peu puisqu’il est sorti en août, mais ça méritait l’attente. Dans un royaume où « les choses qui ne se font pas » sont punies à coup de bâton et poivre dans les yeux, les héritiers royaux ne partagent pas l’opinion de leur père. Tandis que l’aîné revêtit l’identité de la chanteuse Gigi l’Amour dès que leur père est parti, Emma, elle, rêve de devenir générale! Ne laissant personne la priver de ses rêves, elle tentera de convaincre les nains, les elfes ou les nomades de partir en guerre contre eux. Trouvera-t-elle ce qu’elle cherche? Un conte habile sur les préjugés et l’acceptation de la différence. Le petit roman est accessible et abondamment illustré.

Mention aussi à l’étonnant roman pour adolescents Nous sommes tous faits de molécules de l’auteure anglophone canadienne (tant qu’à tricher!), Susin Nielsen. Le scénario du « nerd » et de la fille populaire forcés de vivre ensemble après la rencontre de leurs parents aurait pu donner lieu à une mauvaise « sit-com », nous avons plutôt en main une réflexion réaliste sur la famille, la force de la diversité et la violence ordinaire.

Mars : roman écrit par une femme

Jean    ne de Sophie Bouchard : Derrière son image de bon père de famille fiable et aimant, Jean cache un secret. Elle a toujours su qu’elle était en réalité une femme. Le livre suit son périple vers sa vraie identité, affrontant les mauvais souvenirs, les préjugés d’une mère contrôlante, la colère d’une ex-femme amère, les difficultés d’adaptation de l’un de ses fils, le malaise des amis et la difficile quête de soi-même. L’auteure, qui a travaillé auprès de cette clientèle comme intervenante sociale, nous livre un récit puissant et éclairant qui continue à nous suivre une fois le livre terminé. Mon coup de cœur de l’année.

Mentions aussi aux émouvants La ballade de Baby d’Heather O’Neil, Chercher Sam de Sophie Bienvenu et Je voudrais qu’on m’efface d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

Avril : littérature migrante

Le sourire de la petite juive d’Abla Farhoud : Une rue, la rue Hutchison à Montréal. Une auteure (fictive) qui décide de s’inspirer de ses voisins et d’écrire leurs histoires. Le tout entremêlé du journal de la fameuse fille du titre. À mi-chemin entre roman et recueil de nouvelles, j’ai eu envie de lire à voix haute dans un parc juste pour partager mon plaisir.

Mai : bande dessinée ou roman graphique

Hiver nucléaire (2 tomes) de Cab: Une bande dessinée post-apocalyptique sur la vie qui continue à Montréal malgré la neige qui envahit tout à longueur d’année. La coursière Flavie n’a heureusement pas peur du froid. Il faut dire que, grâce aux radiations qui ont suivi l’incident à Gentilly-3, elle bénéficie d’un système de chauffage intérieur. Une simple livraison de bagels puis la recherche de sirop pour la toux se retrouvent au centre de chacun des tomes de cette bande dessinée enlevante. De beaux décors remplis de clins d’œil, des personnages attachants, une histoire crédible et de l’humour. Que demander de plus?

Mentions au très connu Paul dans le nord de Paul Rabagliati et au très d’actualité 3 carrés de chocolat de Mélodie Vachon Boucher.

Juin : littérature autochtone

Amun : nouvelles d’un collectif : L’idée de réunir des nouvelles inédites d’auteurs de différents horizons est très bonne. Malheureusement, je n’ai pas réussi à accrocher et je n’en garde qu’un souvenir très flou. Je m’étais promis de lire autre chose et je ne l’ai finalement pas fait.

Juillet : poésie

Géolocaliser l’amour de Simon Boulerice : un long poème urbain sur l’utilisation des applications pour trouver l’amour. Comme toujours avec Boulerice, l’authenticité et l’humour sont au rendez-vous… à défaut souvent de l’amour!

Août : livre acheté pour la journée « Achetez un livre québécois »

La bête à sa mère de David Goudreault : S’il y a un moment où il serait adéquat d’utiliser l’expression « livre coup de poing », c’est bien ici. L’auteur nous livre un récit aussi cru que la vie de son personnage. On se surprend à se désoler (un peu) pour cet être qui nous serait présenté comme le méchant dans la plupart des autres œuvres. J’avais choisi de l’amener avec moi dans mon séjour pour assister au Grand Slam à Rimouski. J’ai dû passer à la librairie acheter autre chose puisque je l’ai dévoré en une seule journée pluvieuse! L’écriture et le rythme y sont impeccables.

Septembre : rentrée littéraire

Le monde est à toi de Martine Delvaux : Une mère s’adresse à sa fille dans de courts paragraphes de réflexions écrits au « tu ». Une ode à la transmission des valeurs, au féminisme et à l’amour parental. Juste beau et inspirant.

Octobre : première parution

La réparation de Katie Gagnon : Celui-là traînait dans ma liseuse. Ici, deux récits s’entrechoquent : celui d’une journaliste à qui on a demandé d’enquêter sur le suicide d’une adolescente victime d’intimidation et celui d’une petite fille enfermée par une femme.  Un livre qui m’est resté en tête longtemps.

Novembre : essai québécois

Le Pharmachien 3 : La bible des arguments qui n’ont pas d’allure d’Olivier Bernard : véritable hybride entre la bande dessinée caricaturale et l’outil de vulgarisation, il s’agit d’une bonne lecture pour quiconque veut mieux comprendre la science ou du moins, garder une attitude critique face aux fausses nouvelles.

Le livre prend le temps d’identifier les différents sophismes et d’expliquer les raisons pour lesquelles une opinion personnelle ne vaudra jamais une analyse méticuleuse des données scientifiques. L’idée ici n’est pas de clamer la suprématie de la science, mais de simplement expliquer comment nous sommes tous influencés par nos perceptions et comment la méthode scientifique permet, lorsque bien utilisée, de contourner ces biais. Il y a aussi un souci de présenter autant les avantages de la science et de la pensée critique que ses limites ou dérapages.

J’ai deux petits bémols, par contre. Premièrement, le changement de style entre les sections est parfois confondant. Deuxièmement, je ne peux m’empêcher de me demander comment ce livre est reçu par les adeptes des méthodes alternatives. Le Pharmachien a beau frapper sur tous ceux qui le méritent, il faut avouer que la caricature est toujours plus baveuse envers ces derniers…

Décembre : roman conseillé par une fileuse (chezlefilrouge.co)

Le cri des oies de Joanne Gauthier : Reçu en achetant le coffret littéraire d’octobre (avec un délicieux thé et un joli carnet de notes), le site promettait un livre à lire avec une boîte de mouchoirs. J’ai été touchée mais pas au point d’en pleurer. Il a de ces livres qui croissent simplement notre chemin au mauvais moment. Cela dit, magnifique autopsie d’un deuil survenu trop tôt. L’auteure ne paraît rien nous cacher de son expérience, mais l’habile d’une habile prose presque poétique.

avatar

À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Arts, culture et patrimoine.
Ajouter le permalien à mes signets.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>