Small is Beautiful

Le 9 novembre dernier, nous apprenions que la microbrasserie Le trou du diable à Shawinigan avait été achetée par Molson-Coors. Dans les médias comme sur les réseaux sociaux, nous avons eu droit à toutes sortes de réactions.

Pour moi qui suis un passionné des microbrasseries, cette nouvelle me laisse fort perplexe. J’ai une affection particulière pour Le trou du diable à Shawinigan. J’ai eu l’occasion d’y aller à quelques reprises. Cette microbrasserie produit non seulement une des meilleures bières du Québec, mais, en plus, elle sert une excellente cuisine dans son brew-pub, qui d’ailleurs ne fait pas partie de la vente.

On nous garantit non seulement la même qualité de bière, mais également la conservation et probablement même une croissance des emplois à Shawinigan, ce qui n’est pas sans importance en région.

Pour un amateur de bière, le phénomène des microbrasseries est une vraie bénédiction : enfin de la bière qui goûte quelque chose et qui répond à une variété de styles et de goûts. Mais pour moi, c’est encore plus que cela : les microbrasseries sont comme un symbole important de ce que pourrait devenir notre économie et notre mode de production dans le futur.

Ce sont des petites entreprises locales, parfois même sous forme de coopératives. Contrairement à une grosse brasserie comme Molson, elles sont bien réparties sur le territoire québécois et non uniquement dans les grands centres. Elles utilisent de plus en plus les ressources locales (eau, malt et parfois même houblon). Elles perpétuent et développent un savoir, celui du brasseur, contrairement aux grosses entreprises où ce savoir n’est le fait que de quelques personnes et encore. Une grand part des produits sont vendus localement ou régionalement, évitant ainsi le transport sur de longues distances. Elles créent des emplois localement. Bref, sans être une panacée, les microbrasseries représentent une certaine réponse aux problèmes économiques des régions en produisant localement, parfois en transformant la production agricole locale avec un certain souci de l’environnement et en créant de l’emploi.

Or, cette vente à Molson-Coors est peut-être ce qui met en danger ce modèle économique.

Pour me consoler, je vais aller boire une bonne pinte à la Tête d’allumette à Saint-André de Kamouraska et manger un bon fromage local en relisant Small is Beautiful d’E.F. Schumacher.

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À propos de l'auteur : Pierre Jobin

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.
Cet article a été publié sous le thème Économie, Environnement, Sociales et communautaires.
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L'auteur(e) de cet article :

Après des études en théologie et en philosophie à l'université Laval, je me suis installé dans le Bas-Saint-Laurent en 1984 pour travailler comme animateur de pastorale, puis animateur de vie spirituelle et d'engagement communautaire dans les écoles du Témiscouata. Ayant été longtemps impliqué dans mon syndicat, j'ai terminé ma carrière comme vice-président de la Centrale des syndicats du Québec, ce qui m'a conduit de 2009 à 2015 à résider à Montréal, mais également à parcourir le Québec. Aujourd'hui à la retraite, je suis de retour à Sainte-Hélène de Kamouraska où j'essaie de me rendre un peu utile dans ma communauté.

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    1 commentaire

    1. avatar Par : Éliane Vincent

      Small is beautiful est un des aphorismes les plus vrais que je connaisse.

      Chaque fois qu’un petite entreprise florissante ramasse ses billes et se vend à un géant, mon cœur se serre en pensant que consacrer sa vie à peaufiner son art et à rendre sa clientèle heureuse est un choix de vie d’un autre temps. Le principe du startup se généralise : on conçoit, on réalise, on vend… et on recommence. Ou bien on s’asseoit sur ses millions et on écrit un best-seller sur l’art de prendre sa retraite à 37 ans.

      À tous ceux qui ont remplacé la passion du savoir-faire par celle de l’argent, je souhaite une belle vie. Pour les autres, les amants du small is beautiful, qui se contentent bêtement d’être heureux sans être riches, ben coudonc… tant pis pour nous!

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