S’l’a’me dit-tu

La semaine dernière, Rimouski a eu l’immense bonheur d’accueillir la finale du Grand Slam. Un grand honneur, puisqu’il s’agissait de la première fois en 11 ans que la finale se tenait à plus de 3 heures de Montréal.

Au cours des deux soirées, 24 slameurs de 6 régions du Québec ont présenté deux performances chacun. Les notes, données par des juges issus du public, ont ensuite permis de sélectionner les demi-finalistes et finalistes. Les slameurs ont alors disposé d’un seul texte par ronde pour tenter de remporter la médaille d’or garantissant une place à la Coupe du monde de Paris.

Je vous entends vous demander : ok… mais c’est quoi exactement un slam? En gros, il s’agit de poésie orale rythmée et urbaine. Pas de structures figées, pas de rimes obligées et pas de rythme imposé. Même les jeux de mots sont permis (à vos risques!). Même si les textes sont écrits à l’avance, ils sont bâtis pour être performés devant le public et non simplement récités. Bref, il s’agit d’une poésie où les sujets abordés sont aussi décomplexés que la forme.

Il faut toutefois respecter quelques règles: le texte doit être original (on ne peut pas prendre le slam de quelqu’un d’autre), l’utilisation de musique ou d’accessoire est interdite (il est cependant permis de chanter ou de rapper) et une pénalité est imposée aux textes qui dépassent 3 minutes. Il est permis d’avoir son texte sur scène pour ceux qui ne l’auraient pas mémorisé. Pour le reste, les slameurs ont pleine liberté.

Le choix des slameurs de l’équipe de l’Est-du-Québec se fait via les soirées de slam locale. Les participants doivent présenter deux textes par soirée et le gagnant de chaque soirée participe à la finale locale. Il est souvent aussi possible de présenter un texte hors-compétition.

Pour rejoindre votre ligne locale : à Rivière-du-Loup : https://www.facebook.com/slamrdl/  à Rimouski : https://www.facebook.com/slamrimouski/

Pour ceux qui voudraient des exemples, plusieurs slams sont disponibles en ligne.
Par exemple, voici l’un des textes du gagnant de l’année dernière : https://www.lafabriqueculturelle.tv/capsules/9684/leo-coupal-lafleur-slam-de-poesie-de-quebec-a-paris

Et question de démontrer que tout le monde peut le faire, je vous offre le texte de mon plus récent slam amateur (pour info, je dépasse le 3 minutes):

Énergie Est est mort!
TransCanada nous est arrivé avec tout un projet de conduite
Un tuyau de quatre mille km d’longueur pis d’un million d’capacité.
Un beau projet unificateur, de l’Alberta jusqu’au Nouveau-Brunswick.
Tout ça parce que la production de sables bitumineux devait tripler.

Ils nous ont dit de ne pas nous inquiéter,
de penser aux beaux emplois à la clé.
« Le pétrole canadien est bon pour vous, il est éthique
Le pétrole canadien travaille pour vous, pas pour les méchants terroristes »

Cette méthode publicitaire Heurtel vos idéaux, est-elle trop mercantiliste?
Cadeau de la firme Edelman, c’est tout comme pour la cigarette…
Entendez-vous les échos jusque dans les lobbys? Istes… Istes… Istes…
Nous les entendons même résonner jusque dans nos Charest(tes)…

Quand y a juste les Verts, le Bloc et quelques NPD pour nous défendre,
les compagnies n’ont Nulcair à avoir que leur projet va passer par la bande.
Alors les Peuples se mettent en Marche quand l’Huile menace de faire Tache,
Pour Stop(per) les oléoducs, c’est la bataille de David (Suzuki) contre Goliath.

Quand ils ont proposé d’ajouter un clou dans l’cercueil des bélugas,
Au nom de l’paix verte, nous avons visé en plein Centre du droit à l’environnement.
Nous avons fait résonner nos « Cé-t’as-cé » dans la vallée du Saint-Laurent.
Comme on dit : « Cacouna Matata, on aura moins de problème si tu port pas »

Infractions lors de levés sismiques, déficience du système de détection de fuites,
relations douteuses avec les municipalités ou chances de déversements trop peu réduites
De nombreux groupes ont émis des doutes: d’la défense nationale aux universitaires,
Des agriculteurs aux amateurs de plein air, des écolos d’Équiterre jusqu’aux maires.

Coule pas dans mes rivières, Coule pas chez nous,
Vous ne passerez pas, Vous n’entrerez pas chez nous,
Tout le monde en parle tandis que les huards englués affluent,
Pis pourquoi pas une p’tite bière pour nos rivières, une fois rendu?

Nous avons choisi notre camp et suivi la rivière
Nous avons posé nos barricades devant les intérêts des actionnaires
Nous avons saisi notre courage et notre cartable argumentaire
Pis l’avons garroché dans l’face de leurs consultations arbitraires!

Nous avons exigé de comptabiliser chaque tonne d’émission précédant le passage dans l’tuyau
Nous avons appuyé les autochtones en cour pour faire reconnaitre leurs droits ancestraux
Nous avons refusé qu’on cross notre Fleuve sans même savoir comment ne pas se planter
Parce que ça prend ben Just’un d’Trou d’eau pour réussir là où l’Harpeur a échouée…

Puis, nous nous sommes régalés du fruit de nos efforts: Énergie Est est enfin mort!
Vive la mobilisation citoyenne, véritable armée de Dumbledore face à Voldemort!
Vive les manières cavalières des pétrolière! Pis fuck les péréquations de l’Alberta!
Vive la chute du baril d’pétrole… Vive l’approbation du Keystone de TransCanada…

Ouais, parce que… ça finit jamais, hein? Ou en tout cas, ça finit pas comme ça…
Il reste encore un projet de loi sur les hydrocarbures à faire voler en éclat
Il reste encore à refuser de Gaspé(ller) notre peu de Pétrolia aux mains des pétrolières
Il reste encore d’la Chaleur explosive dans l’Terminal des villes ferroviaires

Le Bien commun mérite qu’on se battre pour des projets plus opportuns.
Ayons encore le Front d’oser mettre nos énergies en commun!
Qu’importe que notre gouvernement garde l’industrie en vie au bouche-à-bouche,
nous, il en faudra beaucoup plus pour que nous fermions nos Restigouches!

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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Arts, culture et patrimoine.
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