Parlons-en

Pendant les vacances, nous avons fait quelque chose que nous n’avions pas fait depuis très longtemps : retour aux sources, saucette de quelques heures dans la grand’ville de Montréal. Le pépé, la mémé, la fille, le gendre et la nouvelle-venue, nous voilà en route pour le Biodôme. Inquiets de l’épidémie de la terrible espèce envahissante qui sévit à Montréal1, et soucieux de contribuer à la réduction des gaz à effet de serre, nous nous sommes mis d’accord pour voyager en métro.

1 Non, pas l’agrile du frêne, le cône orange.

Nous arrivons au terminus Longueuil de l’Agence métropolitaine de transport. Il y a de l’asphalte partout. On voulait de la ville, en v’là. Un homme est debout au milieu du stationnement, le cellulaire à la main. Il discute ferme avec un préposé virtuel, à propos de je ne sais quel malentendu. Devant notre air compatissant, il sourit et nous échangeons quelques mots sur la fatalité administrative. L’homme prend la chose avec un grain de sel et la conversation se fait dans la bonne humeur.

Nous entrons dans la gare, direction métro. Le hall est aménagé comme il se doit, boutiques de toutes les couleurs et restos de tous les parfums. Avant la visite qui promet d’être assez longue, il est voté à l’unanimité de casser une petite croûte sur place, vite fait, bien fait. Personne n’a les mêmes goûts, on se choisit chacun un comptoir et on commande pizza, sushis et shish-taouk. Ensuite, on s’extasie quelques minutes devant une boutique d’artisanat haute en couleurs. À chacun des comptoirs, c’est le même accueil : de la bonne humeur, de la courtoisie, de la joie de vivre.

Puis, direction métro et stade olympique. De l’achat des tickets de métro jusqu’à notre retour en campagne, partout des gens ont pris le temps de déborder du strict cadre de leurs fonctions pour ajouter le sourire, la phrase aimable ou le clin d’œil qui ont rendu notre bain de ville ma foi très agréable.

Je vous parle de ça, parce que parmi tous ces gens heureux, il y avait fort peu de Québécois de souche, pure laine, terroir. Forcément, on était en ville. Mais pas un instant je ne me suis sentie dépaysée. Peu importe l’accent ou la couleur, l’accueil était franchement québécois, comme nous seuls savons le faire, avec juste assez de familiarité pour se sentir en pays ami, et ces bras grands ouverts qui font chaud au cœur.

Si on en parlait?

Alors en ces temps bizarres où nous recherchons la diversité par mille festivals de musique et de cinéma, où nous volons vers elle dans mille voyages, où nous la mangeons dans mille restos exotiques, mais où nous nous méfions d’elle quand elle vit dans nos rues, je trouve important de dire que ce jour-là, la diversité était tout sourire à Montréal.

J’aimerais entendre plus souvent nos histoires de contacts chaleureux avec des gens de toutes les couleurs. On pourrait s’en souvenir ensuite, au moment de voter pour le zonage d’un cimetière, ou de coller des affiches mesquines sur nos poteaux. On pourrait se les rappeler chaque fois que les médias se feront l’écho de nos peurs, chaque fois qu’un chroniqueur essaiera de nous scandaliser avec des statistiques tordues ou tronquées.

C’est vrai qu’on est tous un peu pissous devant l’inconnu. Animaux de meute, nous montrons un peu les crocs devant les p’tits nouveaux. Mais quand on prend le temps de se connaître, c’est pas long qu’on se reconnaît. La meute, c’est nous qui la formons, on peut y accueillir qui on veut. Et les p’tits nouveaux ont vu plein de choses dans le vaste monde, ils ont des rythmes, des saveurs, des idées à partager. Faut pas avoir peur, les idées neuves, ça rend plus fort.

Si le cœur vous en dit, partagez vos histoires de rencontres agréables avec tous les lecteurs, pour se bâtir un monde sans peur.

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...

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5 commentaires

  1. avatar Par : Norbert Spehner

    Un beau sourire dans la grisaille ambiante de cet été pourri (du moins ici à Longueuil) ! Merci !

  2. avatar Par : Ronald Vincnt

    Paroles de sagesse qu’aurait pu prononcer papa Diouf, un vieux chef autochtone ou même Jésus si jamais il avait l’idée de revenir dans notre siècle.
    Paroles simples qui ont le mérite d’ouvrir les yeux sur l’évidence.
    Paroles qui devraient rejoindre le plus d’oreilles possibles. Je pense à un chroniqueur de La Presse, par exemple…

    Ton Papi

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Il y a un certain chroniqueur de La Presse sur ma liste de contacts, mais sa messagerie m’annonce qu’il est en vacances… Tant pis pour lui. Heureusement, je n’ai pas l’adresse d’un certain chroniqueur du JdM; qui sait ce que j’aurais reçu comme réponse!

      Quant à l’évidence, nous avons assez d’expérience pour savoir qu’elle varie en fonction du lecteur, n’est-ce pas?

  3. avatar Par : Éliane Vincent

    J’ai reçu par courriel une réponse de Marie Parent, que je vous transmets avec sa permission :

    Je vis ce genre d’expérience à chaque fois que je vais en ville et comme tu dis, c’est notre perception qui fait qu’on voit tout en noir, en blanc ou en gris.

    Je continue de répandre la bonne nouvelle et surtout de rassurer ceux qui craignent ce monde bigarré et s’envolent parfois très loin pour voir autre chose alors que tout près de nous, et dans un rayon souvent très restreint, il nous est permis de découvrir tout cela.

    Merci de partager tes expériences avec nous.

  4. avatar Par : gaétan Godbout

    Merci Éliane,
    Le problème ne vient pas des autres; il vient de nous. Collectivement, nous sommes de plus en plus intolérants. Et moi, je commence à être «intolérant» aux intolérants. Merci me mettre un sourire dans ma journée.

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