Ne sors pas comme ça !

Je me souviens, dans les années 70,en pleine révolution sexuelle, des scientifiques tels que William Masters et Virginia Johnson, les pionniers dans la recherche sur la sexualité humaine, ont publié bon nombre d’ouvrage sur la question. Lu par toute une génération, cela a eu pour effet de casser plusieurs tabous et stimuler le militantisme envers la libération sexuelle.
Un des symboles les plus marquants fut sans contredit l’usage des minijupes qui s’est étendu comme une traînée de poudre. Accompagnées de hauts moulants avec des décolletés assez prolongés, les mini-jupes ont fait tourner bien des têtes.

Ce moment a jeté les bases pour que les nouvelles générations – et surtout les filles- commencent à penser de plus en plus à leur propre liberté. Aussi, je me rappelle qu’on se voyait libre de prendre nos propres décisions de vie, d’études et libre de nous habiller comme mieux nous paraissait. À cette époque, on voyait le futur radieux pour la condition féminine.

Cependant, dans les foyers familiaux, le cri « Tu ne sors pas comme ça ! » était monnaie courante avec la chicane qui suivait. Nos parents sans doute préoccupés par le regard des hommes et le jugement qui pouvaient en découler voulaient probablement nous protéger. Il faut dire qu’en pleine révolution sexuelle tout cela était complètement nouveau pour les parents et il était difficile pour eux de trouver l’équilibre. On ne pourrait leur reprocher d’avoir voulu nous protéger des abus et des harcèlements que notre insouciance ne pouvait prévoir en sortant à la discothèque.

Malheureusement, ce qui me semble injustifiable est qu’à quelques jours de 2018, nous (les parents) soyons encore craintifs et habités par les mêmes peurs qu’il y a un demi-siècle. D’ailleurs comme parents, je nous comprends, nous sommes encore dans une société où il nous semble légitime qu’une femme se fasse abuser verbalement ou physiquement sur la simple base des vêtements qu’elle porte.

Après cette réflexion, je me suis prêté à un petit exercice de recherche Internet non scientifique. J’ai « googlé » les termes suivants : « harcèlement sexuel dans… »,                      « Amérique latine », « Canada », « États-Unis », « Europe », « Afrique », « Asie ». En consultant différentes pages, j’en suis venue à un constat assez accablant : toutes les statistiques que j’ai vues, toutes les informations que j’ai trouvées dressent des bilans négatifs de la condition des femmes.

Le constat que je peux faire, en ce qui a trait à l’habillement est que nous continuons à pointer encore et encore du doigt la mauvaise personne : la femme elle-même…
Comme si la femme était la grande responsable de son malheur et des violences qu’elle subit, que ce qui lui arrive est de sa faute, qu’elle se devait de se vêtir « convenablement ».
Les réseaux sociaux n’aident pas la cause, on peut constater à chaque fois qu’une fille est victime d’un acte dégradant, il y a cette tendance à parler, à commenter et à la détruire, et surtout la rendre responsable. Ce comportement social à la veille de l’année 2018, je le trouve déplorable, insensé et violent envers les femmes.
Presque 50 ans se sont écoulés entre les publications de Masters & Johnson et malgré tout, ces problématiques sont encore présentes. Avec le surplace que nous avons fait comme société, un examen de conscience s’impose. Est-ce que le jour arrivera que toutes les femmes de ce monde pourront s’habiller comme bon leur semble sans avoir à vivre avec    « les conséquences » ? J’ose espérer, mais pour l’instant, on a encore les années 80, 90 et 2000 à rattraper.

Entre-temps, ma fille, ne sors pas comme ça !

Cet article a été publié sous le thème Hors catégorie.
Ajouter le permalien à mes signets.
avatar

L'auteur(e) de cet article :

Autres articles par le(la) même auteur(e)

2 commentaires

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    J’ai souvent réfléchi à cette question, et je n’arrive pas à sortir de l’impasse : dans une société démocratique, moderne et qui garantit les libertés fondamentales de ses citoyens, où finit la liberté et où commence la séduction? Comme un gars est-il sensé faire la différence entre les deux?
    Ça nous a menés à considérer désormais une relation sexuelle comme un contrat qui doit être signé et resigné à chaque caresse… «Es-tu toujours d’accord?» «T’es sûre, là?» Bonjour le romantisme..
    En même temps, rien ne justifie une agression sexuelle et il faut les dénoncer. Comment départager alors ce qui procède de l’hypersexualisation ambiante, où tout est sexe partout dans l’espace public, tout le temps, et ce qui procède de nos pudeurs, de notre romantisme, de notre respect de l’autre, toutes choses qui sentent le vieux coffre en cèdre de nos trousseaux blancs?
    Nous n’avons pas encore digéré la révolution sexuelle. Les gars n’en sont pas encore revenus de nous voir aller, la provoc’ dans le tapis mais la main sur le «break à bras». Les filles veulent encore le beurre et l’argent du beurre, porter la liberté bien haut sur les talons aiguilles mais le cœur encore bien emmitouflé autour de «mon prince viendra».
    Comment ne pas être mêlé[e]s…

    • avatar Par : Lucia Abaunza

      Éliane ta pensée et la mienne. Ça va prendre quelqu’un qui va inventer un « harcelomètre ».
      Au présent, cela doit être très difficile à s’approcher d’une personne avec le but de le proposer une amitié, peut-être une relation romantique. Quel sera le signal qui va faire déclencher l’avis de danger chez elle? Est-ce que les roses envoyées par celui qui l’on n’aime pas seront un mauvais signal ? Allons-nous –par contre- accepter une blague de mauvais gout, mais qui vient de celui ou celle qui nous plaît ? Donc, cela peut s’accepter davantage ? Où est elle la limite ? Quel sujet, si délicat ! Impossible d’être en faveur de ce qui est indéfendable, et en même temps c’est triste de penser qu’à cause de certains qui font partie d’une tranche de la société et qui ne sont pas majorité, la spontanéité va se perdre, petit à petit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>